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Jean-Claude Juncker contraint à la démission

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Le Point.fr - Publié le <time datetime="2013-07-10T22:43" itemprop="datePublished" pubdate=""> 10/07/2013 à 22:43</time>

Une motion déposée par les socialistes a poussé l'ex-président de l'Eurogroupe a quitter la tête du gouvernement luxembourgeois.

<figure class="media_article panoramique" itemprop="associatedMedia" itemscope="" itemtype="http://schema.org/ImageObject"> Jean-Claude Juncker, ex-président de l'Eurogroupe et Premier ministre de Luxembourg durant 18 ans a été contraint à la démission. <figcaption>Jean-Claude Juncker, ex-président de l'Eurogroupe et Premier ministre de Luxembourg durant 18 ans a été contraint à la démission. © POL EMILE / SIPA </figcaption> </figure>
 
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L'inamovible Premier ministre du Luxembourg a dû démissionner. "Je convoque un conseil de gouvernement demain à 10H00, et je présenterai la démission du gouvernement au Grand duc", a déclaré ce mercredi Jean-Claude Juncker, chef du gouvernement depuis 18 ans et doyen des dirigeants européens. En cause : un scandale touchant le service des renseignements. "Je constate qu'une majorité de la Chambre veut des élections anticipées", a-t-il déclaré après sept heures de débat. Les socialistes, les partenaires de son parti chrétien social au sein de la coalition, avaient un peu plus tôt déposé une motion demandant des élections anticipées, parallèlement à une autre motion de l'opposition. "Le Premier ministre doit prendre ses responsabilités non pas parce qu'il est malhonnête ou incompétent mais parce qu'il a fait les mauvais choix", avait déclaré au cours du débat le président du parti socialiste, Alex Bodry. "Il y a eu de graves dysfonctionnements. La responsabilité du Premier ministre est engagée", avait-il ajouté. "Il n'y avait pas d'autre choix que de présenter la démission du gouvernement", a constaté l'ancien président de l'Eurogroupe. Une commission d'enquête parlementaire avait été créée en décembre 2012 après les révélations d'irrégularités et de malversations commises dans les années 2004-2009 par le service de renseignement, placé sous l'autorité du Premier ministre.

A seulement 58 ans, Jean-Claude Juncker détient le record de longévité à la tête d'un gouvernement européen. Il est devenu Premier ministre en janvier 1995, alors que François Mitterrand et Helmut Kohl étaient encore au pouvoir. Il a donc vécu la profonde transformation de l'Union européenne, l'échec du traité constitutionnel en 2005, l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne quatre ans plus tard, puis la crise de la dette et le sauvetage de l'euro, une tâche à laquelle il s'est consacré avec ardeur pendant huit ans. Certains lui reprochent d'avoir délaissé le Grand Duché au profit de l'Europe, et d'avoir ainsi fait preuve d'une négligence coupable vis-à-vis des dérives de son service de renseignement, qui ont provoqué sa chute. JMembre du gouvernement depuis 30 ans, il est pourtant la figure écrasante de la politique du Luxembourg, où il demeure populaire malgré le scandale.

"Le chrétien démocrate le plus socialiste"

"En passant en revue les 30 dernières années, je dirais que pendant les 10 premières j'aurais dû être plus indulgent à l'égard des autres. Et les trois dernières années, j'aurais dû être moins indulgent", avait-il admis récemment. Européen convaincu, il s'est toujours considéré comme à la croisée des chemins franco-allemands. "Quand je veux parler en français, je pense en allemand, quand je veux parler allemand, je pense en français, et au final je suis incompréhensible dans toutes les langues", a-t-il un jour lancé avec son légendaire sens de l'humour. Cette proximité avec ses grands voisins ne l'empêche pas de les égratigner, comme quand il jugeait que l'"orchestre franco-allemand n'est jamais d'une qualité qui impressionnerait les mélomanes politiques".

Son franc-parler lui a peut-être coûté le poste de président du Conseil européen dont il rêvait en 2009. Il a mis cette défaite sur le compte d'une opposition à la fois du président français d'alors, Nicolas Sarkozy, qui ne l'aimait pas, et de la chancelière Angela Merkel. Son viatique a toujours été la promotion de la construction européenne, avec une vision fédéraliste qui lui a valu en 2006 de recevoir le prestigieux prix Charlemagne pour l'unification européenne. Mais il a toujours fait cohabiter son idéalisme avec un solide sens des réalités, notamment au service des intérêts de son pays dont il a longtemps défendu bec et ongles le secret bancaire. "Pour moi, l'Europe est un mélange d'actions concrètes à mener et de convictions fortes, voire presque ferventes", confiait-il récemment à la télévision allemande. "Mais les convictions fortes n'apportent rien quand on ne fait pas preuve de pragmatisme". "Juncker, c'est le chrétien-démocrate le plus socialiste qui existe", résume le chef de file des écologistes au Parlement européen, Daniel Cohn-Bendit. A part une brève interruption au début des années 2000, il a d'ailleurs toujours gouverné le Luxembourg avec les socialistes.

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