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Le Point.fr - Publié le <time datetime="2012-10-31T18:57" itemprop="datePublished" pubdate=""> 31/10/2012 à 18:57 </time>
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Jean-Marc Ayrault le 30 octobre © Marlene Awaad / IP3
"Vous ne trouverez pas un député socialiste pour vous dire que Jean-Marc Ayrault doit partir." Parole de député socialiste. Dans la tempête, le groupe PS à l'Assemblée nationale fait bloc derrière le Premier ministre, qui l'a dirigé quinze ans, de 1997 à 2012. Mais en réalité, ils masquent difficilement leurs "inquiétudes et interrogations", dixit l'un d'eux.

Au terme d'une journée passée à déminer la polémique lancée par les propos de Jean-Marc Ayrault sur les 35 heures, certains se sont retrouvés mardi soir à la buvette de l'Assemblée nationale. Autour d'un verre, ils se sont dit : "Il ne faut pas que ça dure ; à un moment donné, il faut arrêter." D'autant que ce nouveau pataquès éreintant est intervenu moins d'une semaine après que le Premier ministre a devancé la décision du Conseil constitutionnel en annonçant la censure de la loi sur le logement social.
Olivier Faure, député de Seine-et-Marne proche de Jean-Marc Ayrault, déplore "qu'on fasse une affaire d'État à partir de rien" : "Personne ne peut croire que le Premier ministre remet en cause les 35 heures." En privé, d'autres sont moins amènes : "Il fait toujours ça un jour de questions au gouvernement !" lâche un député PS qui aurait aimé recevoir "un argumentaire de Matignon avec des éléments de langage au lieu d'aller chercher les dépêches AFP", poursuit-il. Mais lui non plus ne veut pas enterrer le Premier ministre... Pas encore. "Il peut rester, mais s'il en fait encore deux-trois comme ça dans les semaines à venir, il va être obligé de partir", estime-t-il.
Une chose est sûre, c'en est déjà fini du bon effet du congrès de Toulouse, où tout le parti s'est rangé comme un seul homme derrière le Premier ministre qui dévoilait son "nouveau modèle français". Revoilà Ayrault confronté à ses propres failles : une grande difficulté à communiquer - il le sait tant que Matignon s'est renforcé d'un conseiller spécial chargé de la com la semaine dernière - qui n'arrange pas son problème d'autorité, sans cesse remise en question.
À plusieurs reprises depuis la rentrée, le Premier ministre a voulu montrer qu'il savait taper du poing sur la table, alors que ses ministres ont eux aussi multiplié maladresses et embrouilles. Ainsi le ministre du Budget Jérôme Cahuzac, qui avait annoncé que le gouvernement était favorable à la création d'une demi-redevance sur les résidences secondaires alors que Matignon décidait finalement le contraire, s'est fait rappeler à l'ordre.
Il n'est pas le seul. C'est aussi le cas du ministre de l'Éducation Vincent Peillon, qui a déclaré être favorable à un débat sur la dépénalisation du cannabis, du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg qui a assuré que "le nucléaire est une filière d'avenir" ou qui s'est battu contre Pierre Moscovici autour de la nomination du patron de la Banque publique d'investissement. Le ministre de l'Économie a lui aussi eu droit à son "Ça suffit !" Une méthode contestée par certains ministres.
Un poids lourd du gouvernement juge que "l'autorité est un sujet politique, la valorisation aussi..." Il explique : "Si j'étais conseiller en com, je dirais à Jean-Marc Ayrault de faire attention à ne pas trop attirer l'attention sur les couacs. S'affronter tout le temps à ses ministres, brandir la fessée, c'est très bizarre", lâche-t-il, qui estime que "plus on hausse le ton, plus les gens écoutent". Et d'ajouter que les ministres peuvent être "fragilisés" par ces rappels à l'ordre.
Mais Jean-Marc Ayrault ne semble guère sensible à l'argument, lui qui commentait lundi dans Le Parisien la fameuse sortie de Jean-Pierre Chevènement : "Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne" : "C'est pas faux, c'est un homme de bon sens."
Un député PS qui préfère jouer l'avocat d'Ayrault plutôt que son procureur plaide que le Premier ministre "est un percheron" : "Il est solide, il tire sa charrue derrière lui, et quoi qu'on lui dise, il ira au bout du champ", rappelant que "ne rêvant pas de l'Élysée, il est ici au sommet." Rien à perdre, donc. Sinon dégringoler.