Suivi quotidien, flash d'actualités touchant l'économie,culture,environnement, société, politique,poésie, l'international.
<header>
Édité et parrainé par Hélène Decommer
<aside class="bottom-tools" id="social-buttons">
</aside>

Vladimir Poutine lors d'une interview au sujet des JO de Sotchi, le 17/01/14 (Alexei Nikolsky/AP/SIPA).
À l’occasion des JO, le Kremlin a prévu à Sotchi des emplacements spéciaux pour les manifestations de mécontentement – ce qui signifie bien sûr qu’ailleurs, celles-ci seront interdites...
Nouvel exemple cocasse de ce que font les pouvoirs russes : ils érigent un faux-semblant bien visible là où sont braqués les projecteurs... Ce qui permet de ne rien changer dans l'immensité restée dans l'ombre.
Autre trait typique : la mise en scène de la puissance prométhéenne de l’État. Les Russes sacrifient aujourd’hui des dizaines de milliards de dollars pour l’organisation des JO comme leurs ancêtres sacrifiaient leur vie pour édifier Saint Pétersbourg. Les temps ont changé bien sûr, mais comme à l’époque de Pierre le Grand, le colosse a des pieds d’argile, ainsi que le montre, par exemple, l’atonie de la croissance économique.
Un nettoyage du terrain politique
À cette intention traditionnelle de la propagande – faire oublier un marasme persistant – s’ajoute ici la volonté de mettre en scène le retour de la Russie dans la plénitude de sa grandeur, à l’instar de ce que la Chine a réussi avec les JO de Pékin.
Tout a été fait à cet effet pour déblayer le terrain politique, en particulier pour se débarrasser des activistes de Greenpeace, dont l’action a été désamorcée sans coup férir, et qui restent sous pression tant qu’ils n’ont pas récupéré leur navire.
Quant à l’amnistie des Pussy Riots et à la grâce accordée à Mikhail Khodorkovski, elles permettent peut-être de faire un signe discret à ceux qui furent séduits par les manifestations d’opposition en 2011 et 2012. De même, avec le traitement réservé il y a quelques mois à Alexeï Navalny, le Kremlin a soigneusement évité d'en faire un martyr.
Et bien sûr, réussir les jeux de Sotchi permettrait aussi d’effacer auprès de ceux qui sont nés avant 1970 le précédent du boycott des JO de Moscou suite à l’invasion de l’Afghanistan.
Bref tout est prêt, même si le risque terroriste lié aux feux mal éteints du Caucase du nord reste présent.
Le grain Ukraine dans le scénario huilé de Poutine
Mais c’est un autre lieu de manifestation, le Maidan nezalejnosti ("place de l'Indépendance") des Ukrainiens, qui apporte le plus d’imprévu dans ce scénario que Vladimir Poutine voudrait bien huilé.
À court terme, le mouvement anti-gouvernemental et pro-européen fait face aux risques du pourrissement et de la répression, et il n’est pas sûr qu’il parviendra à les surmonter, d’autant que la collaboration avec la Russie pour apaiser les tensions et ouvrir des perspectives à Kiev est une gageure pour l’Union européenne et les États-Unis. On ne peut que se borner à souhaiter que la crise trouve un dénouement pacifique.
À plus long terme, il est probable que les événements qui agitent en ce moment l’Ukraine resteront une étape marquante de l’histoire post-soviétique, y compris pour la Russie, du fait des inter-dépendances géopolitique et culturelle des deux pays.
Une étape décisive
Au-delà de la détermination des manifestants à braver le froid depuis novembre, plusieurs traits sont en effet à noter ici, en particulier l’extension du mouvement dépassant le clivage traditionnel entre est pro-russe et ouest pro-européen.
Dans l’ordre symbolique, qui n’est pas négligeable comme le rappelle l’exemple de la prise de la Bastille, l’occupation des administrations publiques dans plusieurs villes de province est un fait notable, comme la réutilisation pour désigner les assemblées populaires du terme veche, qui renvoie aux conseils communaux de la Rus’ médiévale, et efface donc d’un seul coup les soviets, la Russie des tsars et le Joug mongol.
Bref, on pourrait bien se trouver face à une étape décisive dans la construction de l’identité de ce jeune pays qu’est l’Ukraine, qui risque fort de voler la vedette aux JO voulus par Vladimir Poutine, dans le temps long si ce n’est dans le temps court.