Eklablog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Suivi quotidien, flash d'actualités touchant l'économie,culture,environnement, société, politique,poésie, l'international.

Publicité

Joseph Vincent Ntuda Ebodé « Le plus grand défi est de savoir comment faire face à la criminalité tr

 

Joseph Vincent Ntuda Ebodé « Le plus grand défi est de savoir comment faire face à la criminalité transfrontalière » PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Propos recueillis par Valentin Siméon Zinga   
Jeudi, 25 Avril 2013 18:53
lien
";

Chef du Centre de recherche d'études politiques et stratégiques de l'université de Yaoundé II-Soa, le politologue et enseignant d’universités décrypte les contours de la prise d’otages français au Cameroun par les groupes terroristes et les défis qui attendent la lutte contre la grande criminalité transfrontalière.

Le 19 avril dernier, les 7 otages français, kidnappés dans l'Extrême-Nord du Cameroun, et détenus pendant deux mois par la secte Boko Haram, ont été libérés. Etait-ce un scénario prévisible?

Une prise d'otage, on le sait, est toujours suivie par une intense activité de négociation avec les preneurs qui ont revendiqué l'acte ou, avec leurs intermédiaires. On peut donc prévoir les négociations. Par contre, c'est la durée des négociations, la date de leur aboutissement et le lieu de la libération des otages qui ne sont pas prévisibles.

Qu'est-ce qui a bien pu se passer pendant ces deux mois, d'incertitudes, d'activité discrète de Yaoundé, Paris, Abuja face à la secte? Qui du Cameroun, de la France, ou du Nigeria aura tenu le rôle décisif dans le dénouement de cette crise?

Comme je viens de le dire, pendant les deux mois de captivité des otages français, il est certain que des négociations se déroulaient. Les otages ayant été enlevés sur le territoire camerounais et amenés au Nigeria, il va de soi que du point de vu stratégique, c'est au Cameroun que revenait la plus grande responsabilité. Il en allait de son image de pays pacifique dans le monde. De ce point de vue, tout semble indiquer que c'est le Cameroun qui a joué le plus grand rôle, mais en concertation avec Paris, et en collaboration avec le Nigeria.

On parle de discrétion. Un des points sur lequel elle est une vertu cardinale en la matière, c'est le prix de cette libération qui s'est effectuée sans combats. Boko Haram avait clairement demandé la libération de ses membres en détention au Cameroun et au Nigeria. Des analystes croient savoir qu'il s'agissait d'un leurre et que la secte avait besoin d'argent. Sur quelle piste orienteriez-vous votre analyse? Pourquoi?

Effectivement, Boko a demandé la libération de ses membres en détention au Cameroun et au Nigeria. Même si la plupart des analystes penchent pour une libération contre versement d'une rançon, on ne peut pas exclure complètement la piste de l'échange des prisonniers. D'ailleurs, rien n'exclut les deux. Même si, dans le principe, la radicalisation ces derniers temps des relations entre cette secte et le gouvernement nigérian peut amener à penser qu'Abuja, ne pouvait accepter négocier le versement d'une rançon ou la libération des prisonniers considérés comme criminels; et que par solidarité, le Cameroun pouvait partager les mêmes positions de principe. Mais, on ne devrait pas oublier que les otages étaient français et que le voyage du Ministre français des relations extérieures dès la prise des otages était à la fois un voyage de consultation et de pression vis-à-vis des deux gouvernements africains. Par ailleurs, même en privilégiant l'idée de versement d'une rançon, il ne faudrait pas penser que seuls les trois Etats pouvaient la verser. S'il y a eu rançon, elle pouvait aussi être versée par la multinationale française employeur du chef de famille. Plusieurs pistes sont donc raisonnablement exploitables.



Lors de la réception offerte le 19 avril au palais de l'Unité en l'honneur de la famille Moulin-Fournier, le président Biya a eu cette phrase " La principale leçon que m'inspire cette affaire, au moment où je vous parle, est que les problèmes de sécurité que connaît notre continent, ne seront réglés que par une coopération étroite au niveau international. A l'évidence, cette coopération doit être renforcée de toute urgence".
Un message qui va bien au-delà de cette affaire des otages, et largement hors des frontières Cameroun/Nigeria...Quels en sont le sens et la puissance?

L'idée ici est juste de dire qu'on ne peut faire fasse au terrorisme, à la piraterie maritime ou à la criminalité transfrontalière sans une mutualisation des intelligences à l'échelle régionale, sous-régionale et internationale. Cette déclaration va d'ailleurs dans le sens de la prochaine rencontre qui se tiendra au Cameroun, regroupant la CEDEAO, la CEEAC et la Commission du Golfe de Guinée, pour la sécurité maritime dans le golfe de guinée.

Certains ont présenté le président Biya comme le "grand artisan du dénouement heureux" de cette affaire. D'autres ont avancé qu'il pourrait ainsi rehausser sa côte auprès de François Hollande. Lesquels vous semblent plus pertinents que les autres?

Je crois que les deux ont raison. Même si le premier point de vue en pertinence me semble plus objectif. On ne peut nier le rôle décisif joué par le président Biya. Par contre, on peut juste supposer que ce rôle améliorerait ses relations avec son homologue français. Il y a donc d'un côté un fait, de l'autre une supposition. Ce pas tout à fait la même chose.

Il reste entendu que par cette libération des 7 otages Français, le Cameroun n'en a pas fini avec les menaces de Boko Haram....Quels sont les défis à relever court, moyen et long terme ?

La place qu'occupe le Cameroun comme pays frontière entre l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale a nécessairement des conséquences sur sa sécurité nationale. Le plus grand défi est donc de savoir comment faire face à la criminalité transfrontalière qui découle de sa posture? Cette question s'insère dans la durée. Elle se pose à court, à moyen et à long terme et la solution se trouve à la fois dans la construction des mesures de confiance avec chacun de ses voisins et dans la mutualisation des intelligences sous-régionales et régionale pour faire face aux menaces communes.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article