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La vie est décidément compliquée pour Herbalife. Un comble pour le distributeur américain de compléments nutritionnels. Ses produits sont justement censés dispenser bien être et sérénité. Le groupe, qui est depuis plusieurs mois au cœur d’une bataille boursière entre deux fonds activistes, dont l’un accuse l’entreprise de fraude, vient de perdre la certification de ses comptes sur 2012, 2011 et 2010.
Herbalife joue de malchance. La firme était audité par un golfeur émérite, qui, entre deux parties, distillait des informations confidentielles comme on parle de la pluie et du beau temps. Pas très prudent quand on est auditeur chez KPMG. Surtout quand au bout de la deuxième ou troisième conversation vous prenez conscience que votre interlocuteur utilise vos tuyaux pour jouer en Bourse. Certaines sources affirment même que les informations auraient pu être monnayées.
L’affaire concerne non seulement Herbalife, mais aussi, le fabricant américain de chaussures Skechers, que KPMG audite également. Scott London, l’associé du cabinet, qui supervisait les comptes a été prié de démissionner et de dresser immédiatement un pare-feu: «C’était mon choix, le mien seulement, KPMG n’a rien à voir là-dedans», a-t-il fait savoir.
Un auditeur accusé de délit d’initié: cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu ça et il fallait que ça tombe sur Herbalife. Le distributeur est désormais obligé de ramer à contre-courant en rappelant que cette affaire n’est «aucunement liée à ses états financiers, ses pratiques comptables, l’intégrité de sa direction».
N’empêche. William Ackman, le fondateur du fonds spéculatif Pershing Square Capital Management, l’un des principaux actionnaires d’Herbalife, doit boire du petit lait. Pour lui, qui accuse la société de fraude pyramidale, cette affaire tombe à pic. M.Ackman a pris une position de «vendeur à découvert», c’est-à-dire qu’il a tout intérêt à ce que le cours baisse. Tout ce qui peut fragiliser l’entreprise vient conforter sa stratégie d’investissement. Voir Herbalife sans comptes certifiés sur les trois dernières années au moment où le groupe a besoin de restaurer la confiance sur la solidité de son modèle économique, doit faire jubiler l’actionnaire activiste.
Mais si pour Herbalife cette affaire de délit d’initié tombe mal, pour KPMG, elle est franchement embarrassante. Dans le métier d’auditeur, la confiance est au cœur du système. Même si c’est le comportement individuel d’un responsable de KPMG, qui est en cause, la réputation du cabinet risque d’en souffrir. Il n’y a pas que pour Herbalife que la potion est amère.