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L'affaire Magnitski ou l'origine d'une vaste brouille entre Moscou et Washington

Dernière modification : 19/02/2013
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L'affaire Magnitski ou l'origine d'une vaste brouille entre Moscou et Washington
L'affaire Magnitski ou l'origine d'une vaste brouille entre Moscou et Washington

Malgré les critiques qu'il suscite, le procès post-mortem de Sergueï Magnitski, poursuivi pour fraude fiscale s'est ouvert lundi à Moscou. Retour sur une affaire qui envenime depuis plusieurs années les relations entre les États-Unis et la Russie.

Par Amara MAKHOUL-YATIM (texte)
 

Le procès de Sergueï Magnitski, poursuivi pour fraude fiscale, s’est ouvert à Moscou lundi 18 février. Mais l’accusé ne sera pas présent. Et pour cause : il est mort il y a trois ans. L’homme n’était qu’un simple juriste, mais son histoire se trouve aujourd’hui au cœur d’un vaste conflit diplomatique entre la Russie et les États-Unis.

Pour en comprendre la raison, il faut remonter à novembre 2008, quand les autorités russes arrêtent Sergueï Magnitski. Le jeune avocat vient de révéler au grand jour une vaste machination financière de 5,4 milliards de roubles - 130 millions d'euros - ourdie, selon lui, par des responsables de la police et du fisc au détriment de son employeur, le fonds d’investissement américain Hermitage Capital, ainsi que de l'État russe.

Placé en détention provisoire dans la prison de Matrosskaya Tishina, il est retrouvé mort onze mois plus tard. Selon la version officielle des autorités russes, l’avocat, alors âgé de 37 ans, a succombé à une crise cardiaque. Mais nombre d’associations de défense des droits de l’Homme, affirment que Sergueï Magnitski est mort à la suite de tortures et de mauvais traitement subis en détention.

"Juste après avoir témoigné contre des responsables officiels de la police et du fisc, Sergueï Magnitski a été arrêté et placé en détention provisoire par ces mêmes personnes", dénonce Will Browder, fondateur et président de Hermitage Capital, dans un entretien accordé à FRANCE 24. "Quatre études indépendantes ont toutes conclu de manière claire et définitive qu’il était mort des suites de tortures et mauvais traitement", poursuit-il en réponse à la version des autorités russes.

Vives tensions diplomatiques entre Washington et Moscou

Depuis, Magnitski est devenu l’une des icônes des organisations de défense des droits de l’Homme en Russie. Sa mort est également à l’origine de vives tensions entre Moscou et Washington. Nombre de personnes acquises à sa cause militent auprès des gouvernements occidentaux pour faire connaître son cas et faire adopter la fameuse "liste Magnitski".

Sur ce document figurent les noms de 60 responsables russes soupçonnés d’être impliqués dans la mort de l’avocat ou dans d’autres violations des droits de l’Homme, mais jamais inquiétés dans leur pays. Le 4 décembre 2012 le Congrès américain a adopté une loi leur interdisant l’accès au territoire américain et prévoyant la saisie de leurs biens.

Furieuses, les autorités russes ont à leur tour dressé une liste de 11 Américains, décrétés personæ non gratæ en Russie. Ils se seraient eux aussi, selon Moscou, rendus coupables de violations des droits de l’Homme. Il s’agirait "notamment de personnes ayant infligé ou couvert des tortures dans les prisons de Guantanamo, de Bagram et d'Abou-Ghraib", selon l’agence russe Ria Novosti. Le 21 décembre dernier, le Parlement russe a enfoncé le clou en votant une loi interdisant l’adoption d’enfants russes par des Américains. Le texte évoque le nom de Dima Iakovlev, une fillette russe morte aux États-Unis en 2008 après avoir été oubliée par son père adoptif américain dans une voiture.

En promulguant le texte, le président russe Vladimir Poutine a estimé qu'il s'agissait d'une réaction "appropriée" à la "liste Magnitski".

Bill Browder, l’homme d’affaire en croisade pour les droits de l’Homme

Au nombre des défenseurs de la cause de Magnitski, figure son ancien employeur, William Browder, également appelé Bill. Expulsé de Russie en 2005, il compte parmi les personnes inculpées dans le procès qui s’est ouvert ce lundi à Moscou, au même titre que son ancien collaborateur. Déterminé, le PDG de Hermitage Capital, n’a eu de cesse de défendre la cause de celui qu’il appelle "son ami". C’est lui qui est à l’origine de la fameuse "liste Magnistki".

Après avoir obtenu gain de cause outre-Atlantique, Bill Browder, a porté son combat en Europe. Début février, il a ainsi effectué une tournée européenne, qui l’a mené à Paris, pour que les personnalités russes figurant sur la "liste Magnitski" soient également interdites de séjour dans plusieurs pays d’Europe. Conscient des tensions diplomatiques que cela provoquerait avec Moscou il veut toutefois aller jusqu’au bout. "Je me suis juré que justice lui serait rendue", a-t-il confié au Monde le 1er février. 

 

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