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L'annonce de la Fed a surpris les experts: la crise n'est pas finie, Bernanke continue de soutenir l

L'annonce de la Fed a surpris les experts:
la crise
n'est pas finie, Bernanke continue
de soutenir l'économie

Le HuffPost  |  Par Grégory Raymond Publication:   |  Mis à jour: 19/09/2013 01h08 CEST

ÉCONOMIE -

Ce devait être la décision la plus importante depuis les sauvetages

financiers de 2008. La Réserve fédérale (Fed) devait annoncer qu'elle

appuyait sur la pédale de frein, en annonçant le début du repli de sa

politique monétaire ultra accommodante. Au lieu des 85 milliards de

dollars déboursés chaque mois pour fluidifier l’économie depuis un

an, les experts attendaient une réduction à 75 voire 70 milliards.

La fin d'une politique mise en place pour la crise, et donc la fin

de la crise.

Et bien il faudra attendre! A la surprise générale, Ben Bernanke, le patron de la Fed, est arrivé

avec de mauvaises nouvelles sous le bras. La Réserve fédérale américaine a en effet annoncé

mercredi qu'elle maintenait son soutien exceptionnel à la reprise en attendant "plus de preuves

d'une amélioration soutenue avant d'ajuster le rythme de ses achats". Du coup, le bilan

vertigineux de la banque centrale va continuer de grimper. Encore et encore.

Elle va donc continuer d'acheter chaque mois pour 85 milliards de dollars de bons

du trésor et de titres hypothécaires jugeant qu'un resserrement actuel des conditions

financières "s'il continuait, pourrait ralentir le rythme de la reprise de l'économie et du

marché du travail".

in

Pire, Ben Bernanke a ajouté avoir abaissé sa prévision de croissance pour 2013 et 2014 tout

en améliorant légèrement ses prévisions de chômage. Le produit intérieur brut du pays (PIB)

devrait progresser de 2,0% à 2,3% en 2013, soit 0,3 point de moins que prévu en juin, et de

2,9% à 3,1% en 2014 (-0,1 à -0,4 point par rapport à juin).


Mauvaise nouvelle ? Pas pour tout le monde

Si les nouvelles ne sont pas bonnes, elles réjouissent pourtant la Bourse, comme le montre

cet impressionnant graphique, où l'on voit le Dow Jones exploser au moment de l'annonce de

Ben Bernanke à 20 heures, passant de 15.484 point à 15.626 points en quelques secondes,

puis à 15.709 points en moins d'une heure. Un niveau jamais atteint depuis plus de 10 ans!

 boursorama 

 
 


Comment expliquer cet apparent paradoxe? Simple, tous les signaux n'étant pas encore au vert,

Ben Bernanke a décidé de continuer de soutenir l'économie et d'injecter des liquidités dans le

système. Une aide qui ne peut qu'être saluée en Bourse, elle qui craignait que la fermeture du

robinet des liquidités n'intervienne trop tôt et ne vienne gripper les frémissements de la reprise.

Un peu comme un enfant qui ne se sentirait pas encore sûr de lui à vélo et qui se réjouirait que

son père n'enlève pas tout de suite les petites roues.

Mais comment en est-on arrivé là...


3500 milliards de dollars d'aide depuis 2008

Depuis 2008, l'institution financière pratique l'achat massif de bons du Trésor et de titres

hypothécaires. Sur les trois plans qui se sont succédés, le passif a atteint un total de 3500

milliards de dollars. C'est presque cinq fois plus qu'en 2007, selon Charles Evans,

président de l'antenne locale de Chicago et membre votant du “conclave” de la Fed.

Pourquoi avoir déversé autant de dollars? Rappelez-vous, nous sommes au début de

l’automne 2008, la banque Lehman Brothers vient de faire faillite. L’économie américaine

est alors tétanisée, les institutions financières cessent de se prêter entre elles, de peur

de récupérer des créances toxiques. Il faut donc injecter de l’argent frais, sans quoi ce

serait la faillite totale.


Premier acte (2008-2010): la Fed rachète les créances

toxiques

Ben Bernanke, déjà président de la Réserve fédérale, avalise alors le plan Paulson de

700 milliards de dollars. Les organismes de refinancement hypothécaire Freddie Mac et

Fannie Mae sont sauvés, tandis que le reste du pactole inonde les marchés. En fournissant

durablement de la liquidité par ses achats de titres “pourris”, la Fed redresse ainsi la valeur

des actifs financiers autant que la valeur des biens immobiliers. Les Bourses sont sauvées,

un grand nombre de ménages aussi.

On se souvient des images de familles américaines expulsées, mais le scénario aurait

pu être bien pire. Avec ses mesures d’urgence, la Fed a revalorisé le patrimoine

immobilier des Américains, pourtant en chute libre.

Un effondrement patrimonial aurait été au moins aussi dangereux pour la croissance

que le krach du système de crédit. L'impact d'une baisse drastique de la valeur des

patrimoines aurait engendré une dépression longue de la consommation. Voilà pour

ce qu’on appelle le QE1, du nom de la première phase “d’assouplissement quantitatif”.


Deuxième acte (2010-2011): autofinancer la dette américaine

Il débute en novembre 2010. Malgré les efforts conjugués de la Fed et du Trésor, la crise

économique et financière est à peine enrayée. Confrontée à une croissance molle,

l’économie américaine déçoit les espérances d’une reprise rapide. Du coup, les

investisseurs perdent confiance dans les capacités des Etats-Unis pour se financer

sur les marchés. Ses taux d’emprunt à long terme se mettent à grimper, on commence

même à évoquer la faillite de l’Etat.

La Fed décide alors de se détourner de l’immobilier, pour se lancer dans un programme

de rachat de bons du Trésor. En clair: les Etats-Unis vont eux-même financer leur dette,

afin de calmer les spéculateurs.

Mais où trouver l’argent pour financer ses propres prêts? Si l’on a vulgairement utilisé le

terme de “planche à billets”, la Fed n’a pas choisi de passer par la création monétaire.

En effet, malgré ses achats massifs, le volume de monnaie centrale en circulation est

resté quasi-stable… Pour preuve, le taux d'inflation n'a pas connu de grosse variation,

ce qui est le symptôme classique d'une banque centrale qui "imprime" des billets.

Comment expliquer cette prouesse?

La Fed a capitalisé sur les intérêts procurés par les actifs sauvés au début de la crise

. Elle a réinvesti les amortissements des titres financiers immobiliers qu'elle détenait,

au fur et à mesure qu'ils arrivaient à échéance, afin d'assurer que le concours financier

qu'elle apporte à l'économie reste stable. Du coup, 600 milliards ont été investis entre

novembre 2011 et juin 2012, sans que l’inflation n’explose.

Les sauvetages de Freddie Mac, Fannie Mae ou même l'assureur AIG n'ont pas été une

si mauvaise affaire. Les organismes de refinancement remboursent chaque mois l'Etat,

et avec des intérêts records. Pour AIG, le retour sur investissement a été chiffré à 23

milliards de dollars, après avoir mobilisé 182 milliards en 2008.


Troisième acte (2012-?): l'artillerie lourde

Malgré la manne d'argent frais dans les réserves, les banques commerciales ont rechigné

à transmettre les liquidités dans l'économie réelle. De plus, la crise des crédits les a obligées

à constituer des garanties de capitaux plus importantes. Du côté des ménages et des

entreprises, aussi fortement touchés, on est moins tenté d'emprunter.

Depuis son QE3, débuté en septembre 2012, la Fed dépense 85 milliards de dollars

chaque mois. Le but est toujours le même: faire pression à la baisse sur les taux et

favoriser l'activité économique.

Ben Bernanke a incité les banques à "rendre" la monnaie émise par la Fed. Cette

dernière a mis en place une rémunération sur les réserves des banques commerciales

détenues par la Fed. Résultat, les banques ont eu intérêt à augmenter leurs dépôts

auprès de la Réserve. Voilà pourquoi l'inflation est restée faible malgré l'injection de

85 milliards chaque mois, selon Michel Feldstein, professeur d'économie à Harvard.


Les marchés battent des records, mais l'économie réelle

souffre

Bien que Wall Street applaudisse cet apport d’argent frais (le S&P 500 a franchi le seuil

historique des 1700 points le 1er août), la transmission de cette santé financière ne se

retrouve pas tout à fait dans l’économie réelle. Il existe encore un mur entre les deux,

d'où la politique prudence maintenue ce 18 septembre.

Si le taux de chômage a chuté à 7,3% en août, au plus bas depuis décembre 2008,

c'est surtout à cause d’une réduction de la population active. Le nombre de créations

d’emplois reste décevant, révisé à la baisse pour les deux mois précédents. Au

deuxième trimestre, la croissance du PIB américain a affiché 1,7%, un taux jugé encore

modeste pour tout cet argent mobilisé.

La Réserve fédérale a toujours déclaré que ses injections de liquidités seront liées à

la baisse du chômage. Et pourtant, les nouvelles plutôt positives sur ce front n'ont pas

décidé Ben Bernanke à revoir sa politique accommodante. Le feu reste donc à l'orange.

Pour le feu vert, il faudra encore patienter...


Quelles sont les risques de prolonger encore cette

politique?

"En principe, une banque centrale ne peut pas tomber en faillite, mais des études

académiques démontrent qu'il existe cependant certaines limites", craint Peter

Van Houte, économiste en chef d'ING, cité par L'Echo. "Le danger, c'est par exemple

que les banques centrales rachètent trop de 'mauvais' actifs pouvant mener à des

défauts de paiement", souffle-t-il. En bref, que la Réserve fédérale se transforme

en un gigantesque Lehman Brothers.

Il y a également un risque d'hyperinflation, si jamais les banques commerciales

se mettent à répercuter d'un coup toutes ces liquidités. La solution miracle de la

Fed, c'est d'agiter la remontée des taux, de revendre ses bons du Trésor, ou

encore de forcer les banques à augmenter leurs réserves...

Extrêmement délicat à gérer pour la Fed, une telle politique monétaire n'a pas

d'équivalent historique. Exigeant un équilibre délicat et un timing précis, le

processus de retrait n'a pas été jugé opportun par Ben Bernanke. Si euphoriques

de profiter plus longtemps de cette pluie de dollars, les marchés ont intérêt à

rapidement apprendre à marcher seuls.

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