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L'armée française intervient pour stopper la progression des islamistes armés.
Thomas Hofnung. A l’heure qu’il est, nous savons que l’armée française a pris le contrôle de l’aéroport de Kidal. Les Maliens ne sont pas dans la boucle, pour le moment. En revanche, les forces tchadiennes sont en passe d’arriver sur la ville pour la sécuriser, aux côtés des troupes françaises. L’armée française reste très discrète sur l’intensité des combats, comme d’habitude.
T. H. Effectivement, les soldats français n'ont rencontré jusqu’ici qu'une faible résistance de la part des groupes jihadistes. Il semble que ces derniers aient choisi, depuis le début de l’opération Serval, d'éviter l’affrontement direct avec une force très bien équipée. Où sont passés ces combattants? Il se pourrait que les opérations sur Kidal soient liées à la volonté de Paris de prendre de vitesse les jihadistes. Notamment, pour les empêcher de se réfugier dans le massif de l’Adrar des Ifoghas (au nord est du Mali), très difficile d’accès.
T. H. Le centre de Gao a retrouvé une apparence paisible. Mais le soir venu, la ville est sous couvre-feu. Par ailleurs, selon l’armée française, des éléments liés aux groupes jihadistes se dissimulent vraisemblablement dans certains quartiers périphériques. De même, il est déconseillé de circuler dans certaines zones le long du fleuve Niger, où les forces françaises soupçonnent des jihadistes de s'être réfugiés. La situation sécuritaire n’est donc pas totalement réglée.
T. H. Les Touaregs sont en réalité très présents dans la réflexion des diplomates. Il est clair qu’il n’y aura pas de solution au conflit du Nord-Mali, et plus largement dans le Sahel, sans une politique d’intégration et de développement ambitieuse et crédible. Pour Paris, la guerre devra impérativement être suivie par un processus de dialogue entre toutes les composantes du Mali. Sinon, l’opération Serval se soldera par un échec.
T. H. La principale difficulté c’est d’accéder aux zones de combat. L’armée française va très vite et n’emmène pas les journalistes avec les forces spéciales. Par ailleurs, les autorités maliennes dressent des barrages sur les routes pour bloquer l’accès à ces zones. Dans ces conditions, la presse n’a pas le choix: elle ne peut accéder aux zones libérées de l’emprise des islamistes que sur les talons des militaires français. C’est-à-dire après un certain délai. Par exemple, je suis arrivé à Gao lundi soir, soit deux jours après la prise de la ville par l’armée française, et j’espère pouvoir accéder à Kidal demain, au mieux.
T. H. Les forces maliennes et africaines sont déjà sollicitées pour prendre le relais à Gao, et on sait que ce sont les forces tchadiennes qui contrôlent la ville de Ménaka. Paris semble compter beaucoup sur l’expérience des Tchadiens. D’après ce que l’on voit dans les rues de Gao, l’armée malienne manque cruellement de moyens.
T. H. Non, en tout cas pas à Gao. Ici l’armée malienne a été déployée, au contraire pour empêcher que certains habitants ne règlent leurs comptes eux-mêmes. Mais l’armée française veille au grain. Nulle n’ignore qu’au sein de la défense malienne certains partagent la soif de revanche de ces habitants. D’ailleurs, j’ai rencontré de nombreux habitants qui se disent rassurés par la présence des forces étrangères, qu’elles soient françaises ou africaines.
T. H. Effectivement la parole reste aux militaires pour le moment, mais dans le même temps, des diplomates font pression pour que les principaux acteurs politiques maliens se mettent d’accord pour l’organisation d'élections. La situation politique à Bamako reste extrêmement fragile, avec un président par intérim isolé, et sans réel pouvoir. Et un capitaine Sanogo, le chef des ex-putchistes muré dans le silence, mais qui n’en pense pas moins.