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Il est la raison principale de la décision surprenante prise par le gouvernement égyptien, mardi 11 décembre, de demander le report d'un mois d'un prêt de 4,8 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI). Le référendum de ce samedi sur la nouvelle Constitution n’est, en effet, pas qu’une question institutionnelle ou politique. Elle est aussi économique.
Officiellement, le langage est très mesuré. “Cette demande nous a été faite au regard des développements en cours dans le pays”, s’est contenté de préciser, mardi, le FMI. Les autorités égyptiennes ont justifié ce report par la nécessité d’expliquer davantage les mesures d’austérité que le gouvernement doit prendre.
Mais ce sont bien les réformes structurelles que Le Caire doit mettre en œuvre pour mériter cette aide qui risquaient d’avoir un impact négatif sur la consultation de samedi pour le président Mohamed Morsi, analyse ainsi le quotidien américain Wall Street Journal.
Des réformes liées aux conditions assorties par le FMI aux prêts. L'institution a ainsi demandé à l’Égypte de ramener en 2014 à 8 % du PIB un déficit qui avoisine actuellement les 11 %. Pour ce faire, Le Caire devrait augmenter la TVA, réduire les subventions à certains secteurs économiques, ainsi que tenter de mieux contrôler les dépenses notamment celle à destination des plus pauvres. Un agenda économique qui pourrait se révéler politiquement très sensible.
Couac
Mais la demande de report a aussi été précipitée par un couac législatif intervenu le week-end dernier et qui souligne les vives tensions politiques dans le pays autour des questions économiques. Le gouvernement avait, en effet, annoncé, dimanche, l’augmentation de taxes sur certains produits comme les cigarettes, les boissons alcoolisées et gazeuses.
Une décision censée, entre autre, prouver au FMI la détermination du pouvoir en place à améliorer les recettes fiscales égyptiennes. Pourtant, quelques heures plus tard, Mohamed Morsi a fait marche arrière sur sa page Facebook : “Je n’accepte pas que les Égyptiens subissent des charges supplémentaires sans qu’ils aient exprimé leur accord”.
Une volte-face que les autorités ont tenté d’expliquer par un cafouillage intervenu lors processus d’adoption du texte. Selon la version officielle, le Premier ministre, Hecham Qandil, aurait annoncé la mesure sans l’accord du président. Mais pour d’autres, c'est la levée de bouclier annoncée qui explique le rétropédalage.
Un nouveau bras de fer dont les autorités ne voulaient absolument pas. “Le gouvernement a agi de manière stupide en annonçant sans consultation des mesures forcément impopulaires à un moment très mal choisi”, explique au Wall Street Journal Abdallah Shehatta, un ancien analyste fiscal du FMI.
Des fonds, des fonds, des fonds
Si le report du prêt de 4,8 milliards de dollars découle de la situation politique délicate en Égypte, ce délai pourrait, in fine, servir les intérêts de Mohamed Morsi. Mais uniquement en cas de victoire lors du référendum de samedi. “Une large majorité en faveur du changement de Constitution donnerait au gouvernement une légitimité qui pourrait lui permettre de renégocier en sa faveur les conditions du prêt”, a expliqué au Financial Times Hani Sabra, un spécialiste du Moyen-Orient travaillant au sein d'un cabinet de conseil américain Eurasia Group.
Si le report peut s’avérer politiquement gagnant, il est en revanche économiquement lourd de conséquences. “Chaque jour qui passe fragilise un peu plus l’économie égyptienne”, souligne à Wall Street Journal, Hisham Fahmy, directeur de la Chambre de commerce américaine en Égypte.
Le problème le plus urgent provient des fonds dont dispose actuellement le pays. Les réserves en devises étrangères de la Banque centrale égyptienne s’élèvent à 15 milliards de dollars contre 35 milliards de dollars à l’époque de Hosni Moubarak. Une somme qui permet tout juste de couvrir environ trois mois d’importations.
Avec un tourisme en berne et un taux de croissance de seulement 2 %, Le Caire a donc un besoin urgent de ce prêt du FMI pour avoir de l’argent frais et faire face à ses échéances. La finalisation d’un accord avec l’organisation internationale est d’autant plus importante qu’un pays comme les États-Unis a subordonné son aide à l’Égypte à celle du FMI.