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C’est exceptionnel : Nicolas Sarkozy a supprimé le conseil des ministres prévu mercredi 21 septembre. Il sera aux affaires du monde. Après sa visite éclair en Libye, le président de la République séjournera, du mardi 20 au jeudi 22 septembre, à New York, pour l’assemblée générale des Nations unies, où l’on parlera Palestine, Libye et nucléaire. Il y rencontrera, mercredi, le président américain, Barack Obama, et prononcera, jeudi, un discours au pied de la statue de la Liberté.
Voilà pour l’agenda officiel de M. Sarkozy, qui met en scène sa geste internationale. Le 29 septembre, il inaugurera, au Maroc, la construction d’un TGV, puis accomplira, début octobre, une tournée dans le Caucase, en particulier en Géorgie, dont il prétendit à l’été 2008 qu’il avait évité qu’elle fût rayée de la carte par les Russes.
L’affaire sera couronnée par le G20 de Cannes, début novembre. L’exercice n’est pas sans risque. M.Sarkozy n’est pas certain de faire oublier sa sympathie pour les régimes autoritaires – russe et arabes – qui perdura jusqu’au "printemps arabe", tandis que les promesses des premiers G20, dont il fut l’initiateur, n’ont pas été tenues.
Mais, à neuf mois de l’élection présidentielle, le chef de l’Etat veut montrer qu’il surplombe les débats de ses adversaires socialistes, prétendant ignorer le calendrier du Tout-Paris : le compte à rebours de la présidentielle. M. Sarkozy y songe sans cesse, mais ne veut ni ne peut intervenir.
Il estime que sa seule chance de gagner est de prendre du recul, comme le fit François Mitterrand, en 1988, sur le thème de la France unie. Il refuse psychologiquement de se lancer : ce serait admettre, selon un proche, que c’est le début de la fin, au moins du quinquennat. A son retour de New York se jouera une étape décisive : les élections sénatoriales. Que la droite perde, dimanche 25 septembre, la deuxième chambre, et ce sera comme si elle perdait son AAA avant la présidentielle.
"Cela va être très juste", concède-t-on à l’Elysée. Le scrutin intervient au moment où M. Sarkozy, qui utilise les métaphores cyclistes, est sur un méchant faux plat : d’abord, le PS ne se déchire pas autant qu’espéré. Ensuite, le chômage s’envole et le campus de l’UMP, début septembre, a été un loupé : Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture, n’a pas détaillé de projet mobilisateur pour le parti présidentiel – il était chargé de le préparer – et la fronde de Jean-Pierre Raffarin contre la hausse de la TVA sur les parcs à thèmes a révélé une droite mal unie. Enfin, s’y ajoutent le retour des affaires et les révélations d’un réseau d’intermédiaires autour du ministre de l’intérieur, Claude Guéant, ancien secrétaire général de l’Elysée.
La présidentielle est dans une éternité, rétorquent les proches de M. Sarkozy. Le vrai calendrier est beaucoup plus serré. Trois ans après le discours de Toulon, le 25 septembre 2008, sur la crise, l’économie est de nouveau au bord du gouffre. A l’époque, le chef de l’Etat voulait bâtir un monde nouveau, après la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers.
Aujourd’hui, il redoute l’effondrement de l’euro. M. Sarkozy attend une date butoir, le 29 septembre: les députés allemands doivent voter le plan d’aide à la Grèce et l’élargissement des pouvoirs du Fonds européen de stabilité financière (FESF). La chancelière Angela Merkel ne dispose que d’une majorité de 19 sièges, et un vote indicatif a révélé, le 6 septembre, qu’il lui manquait les voix de 25 députés. Mme Merkel peut compter sur les voix de l’opposition et assure qu’elle n’engagera pas la responsabilité de son gouvernement.
Mais l’Elysée sait que sa coalition ne tient qu’à un fil. "Les vraies dates de politique intérieure française, c’est le calendrier parlementaire allemand", estime un proche du président. M.Sarkozy ne peut rien dire, il ne faut pas paniquer les marchés ni gêner la chancelière. A Paris, on estime que "l’irresponsabilité grecque renforce, en Allemagne, ceux qui estiment qu’il faut adopter des solutions radicales".
Pour éviter une crise politique outre-Rhin, qui serait dramatique pour l’euro, M. Sarkozy exige du premier ministre grec, Georges Papandréou, de réels efforts. Leur téléconférence avec Mme Merkel, mercredi 14 septembre, fut particulièrement rugueuse. L’objectif est triple : permettre à la troïka (Banque centrale européenne, Commission, Fonds monétaire international) d’obtenir d’Athènes de vraies mesures de redressement avant la fin du mois, passer l’obstacle du Bundestag, et débloquer la dernière tranche d’aide à la Grèce, après la réunion des ministres des finances de la zone euro, prévue le 3 octobre.
Alain Carignon, visiteur du soir du président, estimait récemment qu’à la différence du PS, le chef de l’Etat avait la liberté de choisir son calendrier et ses thèmes de campagne. M.Sarkozy apparaît lui aussi prisonnier, à l’Elysée, d’un agenda qui lui est largement imposé.
Arnaud Leparmentier