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Ralentissement ? Stabilisation ? Rebond ? Les chiffres publiés ce jeudi par le Bureau national des statistiques, à Pékin, ont alimenté des commentaires très ambivalents. La croissance s'est en effet établie à 7,4% sur un an au troisième trimestre. C'est moins que les 7,6% constatés trois mois plus tôt et cela représente la septième baisse trimestrielle d'affilée. Mais c'est un chiffre en ligne avec les prévisions de la majorité des économistes.
Les autorités ont donc cherché à afficher une certaine sérénité devant ce ralentissement qui n'en finit pas. Le Premier ministre, Wen Jiabao, a notamment estimé que la croissance était en train de se stabiliser et que l'objectif de 7,5% fixé pour cette année serait atteint. A l'appui de cette thèse, le Bureau national des statistiques a effectivement publié un chiffre plutôt encourageant : la production industrielle a crû de 9,2% en septembre, soit plus que les 8,9% constatés en août. Quant aux exportations, elles avaient également augmenté de 9,9% le mois dernier sur un an, contre une hausse de seulement 2,7% en août. Les ventes de détail ont aussi vu leur croissance s'accélérer légèrement. Même tendance au rebond concernant l'investissement. Ce que l'économiste Alistair Thornton, chez IHS, interprète comme la preuve que les projets des autorités dans l'ouest du pays ou dans les chemins de fer « commencent à apporter de la vapeur » à la locomotive chinoise.
Pour beaucoup d'économistes, le pire serait donc passé. Chez Ca-cib, Dariusz Kowalczyk note ainsi que la croissance au troisième trimestre a été de 2,2% par rapport aux trois mois précédents, ce qui constitue la deuxième hausse d'affilée en rythme trimestriel. Ce dernier en déduit que « les inquiétudes concernant la poursuite du ralentissement peuvent clairement être écartées ».
Mais rien ne permet d'espérer non plus une nette inversion de tendance. Alistair Thornton remarque en effet que « les preuves sur le terrain d'une poursuite du ralentissement sont beaucoup plus convaincantes que celles qui pointent un rebond rapide ». Le secteur de la construction reste sinistré, sous le coup de politiques visant à freiner la spéculation. Pas une semaine ne s'écoule sans qu'une entreprise chinoise ne présente des résultats décevants -la dernière en date étant ZTE, l'équipementier télécoms, qui vient d'annoncer une division par deux des salaires de ses équipes dirigeantes. Et les exportations, en dépit de leur reprise en septembre, ont peu de chance de renouer avec les croissances fulgurantes passées, vu le contexte international et l'érosion de la compétitivité chinoise.
Surtout, les sceptiques notent qu'aucun des problèmes de fond auxquels fait face l'économie chinoise actuellement n'est résolu. En particulier le niveau élevé de dettes accumulées au niveau des banques comme des autorités locales. Pour un Chinois travaillant à la direction de l'un des mastodontes financiers publics du pays, le ralentissement économique en cours rend subitement criantes les fragilités du système bancaire. « On peut prendre le problème par tous les angles, la Chine va devoir s'atteler à la tâche de son désendettement », résume-t-il.
Ce qui ne plaide pas pour un rebond vigoureux de la croissance à court terme, à moins que les autorités ne renouent avec leurs mauvaises habitudes d'actionner massivement le levier de l'investissement. Une option dangereuse puisqu'elle ne ferait que rendre plus épineuse, tout en la repoussant, cette phase de désendettement. Mais, en pleine transition politique, elle pourrait devenir tentante.
Écrit par Gabriel GRESILLON
Correspondant à Pékin