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Alors que la «crise existentielle de l'euro s'achève», comme l'a répété lundi soir le ministre français de l'Economie Pierre Moscovici, la zone euro s'est dotée d'un nouveau président pour aborder le chapitre de sa consolidation et si possible de son retour vers la croissance. «C'est vrai qu'il n'a pas un parcours de service aussi long que le mien, mais je suis convaincu qu'il a les qualités pour remplir cette fonction car il est un Européen convaincu», a déclaré le président depuis huit ans de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, en passant le flambeau à son successeur néerlandais Jeroen Dijsselbloem.
Nommé pour deux ans et demi à la tête de l'Eurogroupe, le forum des ministres des Finances de la zone euro, Jean Dijsselbloem (46 ans) a obtenu le soutien de tous les ministres, à l'exception du ministre espagnol Luis dos Guindos. Ce dernier l'a toutefois assuré de sa volonté de collaborer au mieux. Pour l'Espagne, qui s'était déjà abstenue lors de la nomination au directoire de la BCE du Luxembourgeois Yves Mersch, c'est une question de principe. Alors qu'elle n'est plus représentée au directoire de la BCE, l'Espagne entend profiter de chaque occasion pour rappeler qu'elle doit accéder à des postes européens de responsabilité, malgré sa situation financière fragile. De fait, à l'issue de la réunion de l'Eurogroupe, les «dirigeants» de la zone euro présents hier soir face à la presse étaient tous issus de pays dotés de la notation AAA, qu'il s'agisse du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, de son successeur néerlandais, de l'Allemand Klaus Regling, directeur du Mécanisme européen de secours, et du Finlandais Olli Rehn, Commissaire européen aux affaires économiques.
Hier, le Français Pierre Moscovici a donc souligné qu'il avait soutenu le candidat Jeroen Dijsselbloem -«je salue ce nouveau président jeune à l'esprit délié qui souhaite réussir» -, tout en lui réclamant un «programme» pour s'assurer de sa volonté à concilier les points de vue des divers membres de l'Eurozone. «On n'avancera jamais si on raisonne en terme de divisions entre les pays AAA et les autres», a promis Jeroen Dijsselbloem, «la solidarité est ma priorité». Le ministre Pierre Moscovici lui a ainsi fait savoir qu'il se rangeait derrière l'avis du Fonds monétaire international (FMI), lequel met en garde la zone euro sur la nécessité de préserver la croissance à court terme tout en adoptant une stratégie de redressement des comptes publics à moyen terme.
Alors que la France a bâti un budget 2013 sur une prévision de croissance de 0,8% quand l'Allemagne ne prévoit plus une croissance que de 0,4% cette année pour elle-même , la France anticipe les remontrances de ses pairs sur l'insuffisance de ses efforts budgétaires et souligne ainsi la nécessité d'engager le débat sur le bon rythme du désendettement pour ne pas bloquer la reprise de la zone euro.
A cet égard, le nouveau président de l'Eurogroupe est resté très prudent. Tout en reconnaissant l'existence d'un débat sur le rythme du retour à l'équilibre budgétaire, il s'est déclaré certain que la discipline budgétaire était la pierre angulaire de la restauration de la confiance dans la zone euro, mais qu'il fallait aussi se concentrer sur la croissance, en se concentrant sur deux moteurs : les réformes structurelles et une intégration de long terme avec notamment des mesures communes pour lutter contre le chômage des jeunes.
Hier, l'Eurogroupe a facilement donné son feu vert à de nouvelles tranches de prêts des fonds de secours européens de 9,2 milliards d'euros pour la Grèce, de 800 millions d'euros pour le Portugal et de 1,8 milliard d'euros pour le secteur bancaire espagnol, signe que les programmes de redressement en cours se déroulent bien. Ils ont aussi renvoyé à la fin mars les décisions sur l'aide à Chypre . Pour dire au revoir, Jean-Claude Juncker a rendu un hommage appuyé aux trois pays placés sous l'assistance financière européenne : Grèce, Irlande, et Portugal, en déclarant que «ces années de crise lui avait appris à aimer encore davantage l'Europe».
Écrit par Anne BAUER
Correspondante à Bruxelles