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<figcaption>Gilles s’est converti à l’islam à l’âge de 16 ans. Sa famille ne l’a pas vu glisser vers le radicalisme.© PHOTO
Le projet s'est préparé en silence. Le père des deux garçons, Étienne A., n'a rien vu venir. « Gilles ne vivait pas avec nous, on se voyait de temps en temps. Je savais qu'il s'était converti à l'islam, mais j'étais loin d'imaginer qu'il était tombé dans le radicalisme », raconte-t-il.
Trois jours après le départ, Étienne découvre que ses deux fils se sont installés à Lattaquié, en Syrie. Sur son profil Facebook, Gilles, rebaptisé Bilal, glorifie Allah. « Nous étions consternés, partagés entre la stupeur et la colère, raconte sa tante Christine. Mais c'était trop tard, ses messages n'avaient plus rien de cohérent. »
Le père, bouleversé, ne reconnaît pas son fils. Lorsque Gilles applaudit àl'assassinat du journaliste américain James Foley sur son profil Facebook, « un agent des services secrets », Étienne commente : « Je ne sais même pas comment on peut vouloir justifier de tels crimes. Je me demande si c'est Gilles qui écrit sur ce compte… Mon pauvre Gilles, tu es vraiment parti très loin… Trop loin pour moi. »
"Il a fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique. C'est un garçon fragile et très influençable"
Gilles est né à Cognac en 1981. Son père Étienne, originaire de la région parisienne, s'est installé en Charente pour des raisons professionnelles. Sa grand-mère Georgette y vit également depuis sa retraite.
Au bout de trois ans, la famille repart vivre à Paris. La tante, Christine, qui vit toujours à Cognac, raconte : « Gilles avait des soucis de santé. Il a fait plusieurs séjours dans des hôpitaux psychiatriques. C'est un garçon fragile et très influençable. À Paris, il a grandi dans une banlieue et, un jour, il est tombé sur des disciples des Frères musulmans. »
À tout juste 16 ans, il se convertit à l'islam. « Nos parents étaient des catholiques très pratiquants. Nous n'avions aucun lien de près ou de loin avec l'islam. C'était difficile à comprendre », poursuit sa tante.
L'aîné, de son côté, se convertit en 2012. « Je ne sais pas si Gilles a influencé son frère, mais je sais qu'Emmanuel s'est beaucoup informé via Internet », explique Christine. Un jour, il a commencé lui aussi à porter la djellaba. « Et puis ils sont partis, sans prévenir. Emmanuel laisse derrière lui en France une femme et quatre enfants », s'indigne-t-elle.
Après le départ précipité des deux frères, la famille entière a essayé de se mobiliser. En vain. « Oui, j'ai essayé de leur parler, mais qu'est-ce que vous voulez comprendre ? On leur a complètement retourné le cerveau, s'écrie le père. Il n'y a plus aucun dialogue possible. »
Les cousins et cousines du même âge que Gilles et Emmanuel ont aussi tenté leur chance. « Ils échangent sur Facebook, au moins pour prendre des nouvelles, raconte Christine. Mais leurs réponses sont sans appel. »
Fin août, un oncle écrit sur le profil d'Emmanuel : « Mercredi, nous fêtons l'anniversaire de mamie Georgette, sans vous. Elle n'est pas au courant je pense, en tout cas elle ne parle pas de votre escapade d'où, je l'espère, vous reviendrez avec des pensées positives plus en accord avec votre famille et votre berceau. » Réponse de l'intéressé : « Tout va bien. Ton message est mignon. L'amour et la paix, c'est beau. […] Tu sais, ma famille et leur égarement manifeste ne me seront d'aucune aide face au Seigneur de l'univers… » Georgette, la grand-mère de 91 ans, a été volontairement protégée par ses enfants. « Nous ne lui en avons pas directement parlé, raconte Christine. Mais nous avons eu une conversation avec le prêtre de Cognac à ce sujet, il y a peu. Elle était à côté. Je pense qu'elle n'a pas vraiment saisi que ses petits-enfants étaient partis mourir en Syrie. Mon frère Étienne va lui écrire une lettre pour lui expliquer. »
Samedi, Emmanuel a publié un nouveau message sur le profil Facebook de Gilles. « Bilal est tombé samedi. Qu'Allah accepte de lui ses œuvres. » Étienne a découvert ce message lundi, avec stupeur. « J'apprends donc que mon fils Gilles est mort au combat par Facebook. Son frère explique que c'est formidable, qu'il est un martyr d'Allah. Je ne sais même pas si je pourrai récupérer le corps de mon fils. Je suis mortifié. »
La mort de Gilles n'a pas été confirmée par une source officielle. Pourtant, plus personne n'espère. Christine n'y croit plus. « On ne sait pas vers qui se tourner. L'ambassade syrienne en France ? Quand vous allez en Syrie, vous ne prenez qu'un aller simple. »