Suivi quotidien, flash d'actualités touchant l'économie,culture,environnement, société, politique,poésie, l'international.
L'ONU dénonce la torture "systématique" dans les prisons afghanes | LEMONDE.FR | 10.10.11 | 20h38

Près de la moitié des prisonniers interrogés par l'ONU dans les prisons des services secrets afghans disent avoir subi des "techniques d'interrogation" assimilables à de la torture.AFP/STR
Des détenus sont pendus par les poignets aux murs ou aux plafonds de leur cellule, frappés avec des câbles électriques, des bâtons, des tuyaux de plastique, certains subissent une torsion de leurs organes sexuels jusqu'à l'évanouissement dans les prisons gérées par la police et les services secrets afghans, selon un rapport publié lundi 10 octobre par le bureau de l'ONU à Kaboul.
La liste des techniques de torture dénoncées par la Mission d'assistance des Nations unies (Minua) est encore longue : elle va de l'électrocution au refus de visite et dresse un tableau effrayant de l'état des prisons afghanes, à trois ans du retrait programmé de l'essentiel des forces de l'OTAN du pays.
La Minua a interrogé 379 détenus en attente de procès dans 47 centres de détention, dans 22 provinces, entre octobre 2010 et août 2011, et a conclu à l'utilisation de "techniques d'interrogatoire" semblables à la torture pour près de la moitié des prisonniers des services de renseignement afghans (46 %). Elle ajoute que "la torture est systématiquement utilisée dans un certains nombre de prisons" de ces services (Direction nationale de la sécurité, DNS). La mission indique avoir des "preuves" de ces tortures dans cinq de leurs centres de détention.
ACCUSATIONS REJETÉES
Dans les prisons tenues par la police, les enquêteurs de l'ONU font état de traitements moins systématiques et, dans une certaine mesure, moins graves. Plus d'un tiers des suspects interrogés y ont néanmoins "subi des traitements équivalents à de la torture ou cruels, dégradants ou inhumains", selon la Minua.
Le gouvernement afghan a rejeté la plupart de ces accusations, tout en reconnaissant l'existence de certaines atteintes aux droits des détenus. Il a ajouté que des mesures seraient prises pour éviter d'éventuels problèmes à l'avenir. "Les méthodes de torture telles que l'électrocution, la menace de viols, le fait de s'en prendre aux parties génitales, etc., sont des méthodes qui n'ont absolument pas cours à la DNS", dit le gouvernement.
Le ministère de l'intérieur juge en revanche "évident (...) que les conclusions du rapport ne peuvent pas être totalement rejetées ni démenties".
TRANSFERTS INTERDITS
Staffan de Mistura, représentant de l'ONU en Afghanistan, a pour sa part déclaré que la torture n'était pas une pratique institutionnalisée ni soutenue par le gouvernement.
Après avoir vu un brouillon de ce rapport en septembre, le patron de l'OTAN en Afghanistan, le général américain John R. Allen, a ordonné à ses troupes de ne plus tranférer de suspects à 16 centres de détention. Plus tôt cet été, l'OTAN avait déjà interrompus ses transferts de détenus aux services de renseignement et de police dans quatre provinces.
Parmi les 324 détenus arrêtés durant des opérations de combat mentionnés dans ce rapport, 89 ont été tranférés aux services de sécurité afghans par les forces internationales, et 19 d'entre eux ont été alors torturés. La Convention contre la torture des Nations unies interdit le transfert de détenus aux services d'un Etat dont il y a des motifs sérieux de croire qu'ils risquent de les soumettre à la torture.
Le Monde.frPortfolio