Les dirigeants européens ont apporté vendredi un soutien fort à l'Ukraine en signant le volet politique d'un accord d'association et ensanctionnant, après les États-Unis, des proches du président russeVladimir Poutine.
Ces sanctions n'ont pas fait flancher la détermination de la Russie à mener à bien le rattachement de la Crimée, cinq jours seulement après le référendum dans la presqu'île russophone. Il a été finalisé vendredi avec sa ratification à l'unanimité par la chambre haute du parlement russe.
Parallèlement, l'Ukraine s'est un peu plus éloigné de son puissant voisin lorsque son Premier ministre, Arseni Iatseniouk, a signé le volet politique de l'accord d'association avec l'UE, avec les 28 chefs d'État et de gouvernement réunis à Bruxelles.
<media media-type="image" style="margin: 0px; padding: 0px; vertical-align: top;"><media-reference data-location="#photo1" mime-type="" style="margin: 0px; padding: 0px; vertical-align: top;"></media-reference></media>Cet accord "reconnait les aspirations du peuple ukrainien à vivre dans un pays basé sur des valeurs, la démocratie et l'état de droit", a déclaré Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen.
Pour le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ce accord ne constitue "pas une mesure dictée par les intérêts de l'économie ukrainienne, du peuple ukrainien dans sa totalité mais une tentative de gagner des points dans le jeu géopolitique".
"La direction actuelle de Kiev a annoncé la signature de cet accord sans avoir le soutien de tout le pays", a-t-il dit.
L'accord réduit à néant les espoirs de Moscou d'attirer l'Ukraine dans l'Union douanière des ex-républiques soviétiques qu'elle tente de construire.
<media media-type="image" style="margin: 0px; padding: 0px; vertical-align: top;"><media-reference data-location="#photo2" mime-type="" style="margin: 0px; padding: 0px; vertical-align: top;"></media-reference></media>L'UE et l'Ukraine étaient convenus de signer cet accord en novembre, mais le président ukrainien de l'époque Viktor Ianoukovitch avait fait volte-face sous pression de Moscou, déclenchant la crise qui a conduit à sa chute puis au rattachement de la Crimée à la Russie.
"On dit souvent que Poutine est un grand malin et que les Européens sont stupides. Mais (avec cet accord) il n'est plus question que l'Ukraine bascule dans le camp russe. En termes de pertes et profits, c'est très clair", a jugé un haut responsable européen.
Estimant toutefois que la situation ne montrait aucun signe de "désescalade", les États-Unis puis l'UE ont durci jeudi et vendredi les sanctions visant des responsables russes ou ukrainiens pro-russes.
- 33 noms sur la liste de l'UE -
<media media-type="image" style="margin: 0px; padding: 0px; vertical-align: top;"><media-reference data-location="#photo3" mime-type="" style="margin: 0px; padding: 0px; vertical-align: top;"></media-reference></media>Washington a frappé haut en ciblant de proches collaborateurs du président Vladimir Poutine, dont Sergueï Ivanov, son chef de cabinet. Ils ont ajouté 20 personnes à la liste des onze dont les avoirs étaient déjà gelés.
Bruxelles a emboîté le pas en décidant l'ajout de 12 Russes et Ukrainiens pro-russes à leur liste, portant à 33 le nombre de personnes ciblées. Les nouveaux sanctionnés sont des responsables "haut placés" comme le vice-Premier ministre Dmitri Rogozine, et les présidents des chambres haute et basse du parlement russe. Le chef de cabinet de M. Poutine ne figure cependant pas sur la liste.
"Toutes ces sanctions ne valent pas un seul grain de sable de la terre de Crimée qui est retournée à la Russie", a réagi M. Rogozine.
La Russie n'a pas annoncé de mesures de rétorsion vendredi à la décision européenne alors qu'elle avait immédiatement sanctionné jeudi trois conseillers du président Barack Obama et des parlementaires, dont le sénateur conservateur John McCain.
L'UE a, par ailleurs, décidé d'accélérer les préparatifs pour signer "au plus tard en juin" un accord d'association avec la Géorgie et la Moldavie, deux ex-républiques soviétiques souhaitant sortir de la sphère d'influence russe.
- Les sanctions économiques à l'étude -
A l'issue de la signature, M. Iatseniouk a appelé l'UE à prendre de "réelles" sanctions économiques contre la Russie, car c'est le "meilleur moyen de (la) contenir".
Les 28 ont cependant décidé de ne pas franchir, pour l'instant, cette étape, en raison notamment des conséquences économiques pour les Européens eux-mêmes.
Mais l'UE veut se projeter à plus long terme en élaborant pour le mois de juin un plan d'action destiné à "accélérer" la "réduction de la dépendance énergétique, particulièrement à l'égard de la Russie", a déclaré M. Van Rompuy.
"L'Europe doit faire en sorte d'être plus indépendante et mieux armée dans les approvisionnements énergétiques", a souligné le Premier ministre britannique David Cameron. Plusieurs pays, notamment en Europe de l'Est, dépendent en effet à 100% du gaz russe.
M. Iatseniouk a reproché à la Russie d'avoir "+nationalisé+ des dizaines d'installations appartenant à l'État ukrainien" en Crimée. "Il ne s'agit pas de milliards mais de centaines de milliards de dollars", selon lui.
Sur le plan militaire, la France a suspendu, selon le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, la plupart de ses activités de coopération avec la Russie, notamment les échanges de visites et exercices conjoints.
En revanche, la question de la suspension éventuelle de la livraison de deux navires Mistral d'attaque à la Russie ne sera examinée qu'en "octobre", date prévue de la livraison du premier bâtiment, selon M. Le Drian.
Enfin, le président François Hollande a annoncé qu'il maintenait l'invitation de Vladimir Poutine aux cérémonies du 70e anniversaire du Débarquement allié en Normandie le 6 juin.