2,76 milliards d'euros. C'était le montant minimum des contrats d'assurance-vie et de capitalisation non
réclamés en 2011 selon un rapport de la Cour des comptes. La somme peut paraître faible au regard des
encours totaux cette même année (1362 milliards) mais elle est assez importante pour que l'institution
de la rue Cambon tape du poing sur la table. Pour inciter les assureurs à intensifier la recherche de
bénéficiaires, elle propose d'imposer le transfert de ces sommes dormantes à la Caisse des Dépôts
(CDC) «dix ans après le décès de l'assuré ou le terme du contrat». La proposition sera présentée
demain devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale.
La manœuvre aurait «un caractère incitatif à l'égard des assureurs en matière de recherche des
bénéficiaires, dans la mesure où les sommes versées aux bénéficiaires avant le transfert à la
CDC sont susceptibles d'être réinvesties auprès du même assureur», explique-t-elle.
<aside class="fig-embed fig-exergue"></aside>«Il faut sortir de cette situation qui cause des dégâts d'image pour les assureurs»
L'identification des personnes décédées et la recherche des bénéficiaires sont déjà imposées
aux assureurs par une loi datant de décembre 2007. Mais elle «n'est pas intégralement
appliquée», selon le document de la Cour que les Echos ont consulté. Le rapport évoque
notamment des consultations «tardives, voire inexistantes», du Répertoire national
d'identification des personnes physiques (répertoire tenu par l'Insee mis à jour très régulièrement
grâce aux bulletins statistiques de l'état civil établis par les communes, ndlr).
Souvent accusés de dormir sur ce pactole, les assureurs voient dans la proposition de la
Cour des comptes une nouvelle source de motivation. Pour cette dernière, résoudre le
problème est une priorité alors que «de plus en plus de ménages détiennent un contrat
d'assurance-vie, (ce qui) conduit à penser que le nombre de contrats non réclamés est
susceptible de gonfler significativement dans un avenir proche».
Les banquiers concernés
En plus des assureurs, les banques sont dans le collimateur de la Cour des comptes.
Ces dernières détiennent près de 1,2 milliard d'euros d'avoirs en déshérence.
Dans le détail, 918 millions d'euros sont «détenus» par des personnes décédées dans
les réseaux des distributeurs historiques du Livret A (Caisses d'Epargne, La Banque Postale,
Crédit Mutuel) et 298 millions d'euros sont conservés sur des comptes bancaires inactifs
depuis dix ans. Un phénomène qui risque de s'amplifier en raison de la «multibancarisation
des Français», note l'institution.
Les banques n'ont pas l'obligation de vérifier si les titulaires des comptes sont toujours vivants.
Et elles n'en ont pas l'intérêt puisqu'elles appliquent des frais de gestion importants sur ces avoirs
en déshérence. La Cour des comptes suggère donc de rendre obligatoire, dans le cadre d'une
succession, la consultation du fichier Ficoba où sont recensés plus de 80 millions de personnes
physiques françaises ou non, qui ont un compte bancaire en France. L'autre idée serait, comme
pour les assureurs, de rendre obligatoire le transfert de ces avoirs à la CDC à l'issue d'un délai
défini par la loi.
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