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La promesse de François Hollande d’inverser la courbe du chômage pour la fin de l’année s’éloigne
à mesure que sont publiées de nouvelles statistiques. Hier, ce sont les chiffres de l’Insee qui ont dressé
un tableau sombre du marché du travail. Près de 100 000 emplois (99 500 postes) ont été supprimés
dans le secteur marchand en France en 2012. Après un court répit entre début 2010 et mi-2011, la
France renoue avec les destructions d’emploi, mais à un niveau moins important qu’en 2009 (- 260 000)
et 2008 (-190 000). L’intérim, souvent précurseur des évolutions de l’activité, a perdu à lui seul 61 000 postes en 2012.
L’an dernier, l’industrie a perdu 29 400 emplois (- 0,9 %). « La crise accélère la désindustrialisation car
le secteur est plus exposé que les autres à la concurrence étrangère », explique Mathieu Plane, chercheur
à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). L’emploi y est par ailleurs « plus sensible aux cycles économiques : quand l’activité chute, les usines arrêtent les chaînes de production et
déstockent. » Autre élément qui explique la baisse régulière des emplois dans le secteur depuis vingt
ans : les gains de productivité par le biais d’innovations ou de nouvelles machines. Conséquence,
«quand il faut 1 % de croissance en moyenne pour créer de nouveaux emplois, c’est trois fois plus dans l’industrie», explique Mathieu Plane.
Dans le bâtiment, le solde des emplois détruits par rapport aux emplois créés est lui aussi négatif
: 13 800 postes en moins (-1 %), en raison de « la faible activité du bâtiment, liée à la raréfaction
des crédits et la chute des mises en chantier. »
Les services ne sont pas épargnés, alors qu’habituellement le secteur tertiaire soutient l’emploi.
Sur un an, il a perdu 56 200 postes (-0,5 %). « Dans une crise longue, qui dure comme celle que
nous vivons aujourd’hui, le pouvoir d’achat des Français est affecté à cause de la baisse d’activité et
de l’austérité budgétaire. Ils consomment donc moins, y compris dans les services », observe Mathieu
Plane.
Pour l’économiste, il n’y a pas de reprise à espérer en 2013 : « Les entreprises ne peuvent pas créer
ou maintenir des emplois car l’activité est insuffisante ».
Mathieu Plane estime qu’il y aura 150 000 destructions de postes cette année. Il n’envisage pas un
sursaut avant 2014, quand les Etats auront terminé leurs ajustements budgétaires et lèveront le pied
sur les politiques d’austérité.
Elodie Bécu