C'était du jamais-vu ! Pour la première fois, sur les cartons d'invitation au dîner d'État offert par les autorités chinoises au Palais du peuple - point d'orgue de la visite éclair de François Hollande en Chine -, figuraient en toutes lettres les noms de la compagne du président français, Madame Valérie Trierweiler, et de la femme du président chinois, Madame Peng Liyuan.
"Nous n'avons jamais très bien su de quel côté venait l'initiative", reconnaît un diplomate français. "Lorsqu'il s'est agi d'entrer dans la préparation protocolaire de la visite, les Chinois nous ont demandé quel titre donner à la compagne du président. Ils ne s'étaient jamais retrouvés dans la situation de devoir accueillir un couple présidentiel non marié. Nous leur avons conseillé de dire tout simplement Madame Valérie Trierweiler, qui est devenu l'usage à l'Élysée." Mais en Chine, les femmes, même mariées, conservent leur nom de jeune fille. Rien d'anormal donc à ce que le nom de Peng Liyuan figure en écho sur ce carton au côté de celui du président Xi Jinping. Si ce n'est que, jusqu'à présent, en Chine les épouses n'apparaissaient guère...
La nouvelle "First Lady" chinoise, Peng Liyuan, avait déjà suscité le débat le mois dernier en accompagnant de manière très remarquée le président Xi, juste nommé, dans sa première tournée diplomatique en Russie et en Afrique. L'élégance de la belle chanteuse, vêtue de pied en cap par des créateurs locaux, a même créé depuis lors un effet de mode, provoquant un engouement pour les couturiers chinois. Cette fois, alors que la presse française se focalisait sur les contrats et les droits de l'homme, les internautes chinois se sont passionnés pour des comparaisons entre le style des deux premières dames. Le "chic parisien" de la jolie Valérie Trierweiler a été très remarqué, et, dans cette société chinoise pourtant toujours très sensible aux conventions, le "romantisme" français qu'incarne ce couple non marié a été présenté comme un signe de modernité.
Un accueil aux petits soins
Au-delà de l'anecdote, il est apparu clairement que les autorités chinoises avaient décidé de dérouler le tapis rouge pour le président français, qui venait pour la première fois en Chine et était le premier chef d'État d'un grand pays occidental à se rendre à Pékin depuis l'arrivée au pouvoir de la nouvelle équipe dirigeante, le mois dernier.
Faveur rarissime, le président Xi Jinping a rencontré François Hollande à cinq reprises en un peu plus de 24 heures : pour une rencontre officielle restreinte au cours de laquelle ont été abordées les questions des droits de l'homme, avec la remise de la liste des prisonniers politiques que la France aimerait voir libérés - établie par la Commission européenne -, et une discussion sur la situation au Tibet, puis lors d'une réunion élargie. Troisième rencontre lors du forum des entreprises accompagnant la délégation française, une nouvelle fois au dîner d'État et enfin pour un déjeuner restreint vendredi, où les deux couples se sont retrouvés ensemble.
De part et d'autre se manifestait un désir de développer une relation plus personnalisée qui favorise le dialogue politique. Quelques jours avant le départ, l'épouse de l'ambassadeur de Chine à Paris avait demandé un entretien à Valérie Trierweiler et en avait profité pour lui demander quelles étaient ses chansons préférées ainsi que celle du président, rapporte une source proche. Lors du dîner d'État, les convives ont été surpris d'entendre l'air de "La vie en rose", puis de reconnaître le refrain de "Une belle histoire" de Michel Fugain, avant de redécouvrir "Ma France" de Jean Ferrat.
Une volonté de rééquilibrage
Une visite retour du président chinois et son épouse, initialement prévue en janvier prochain pour marquer le cinquantième anniversaire des relations franco-chinoises, pourrait être avancée à l'automne. Paris et Pékin ont décidé d'entretenir la relation avec une visite annuelle, des échanges téléphoniques réguliers (avec interprète) et en s'efforçant d'élargir les champs de coopération. Pour manifester leur bonne volonté, les Chinois ont signé une lettre d'intention pour l'achat de 60 Airbus. "Bien moins que les 150 avions achetés à Sarkozy lors de sa première visite présidentielle en novembre 2007, mais deux fois plus que les 30 appareils accordés à Angela Merkel lors de son dernier passage", souligne une source proche du dossier. Dans son désir de "donner un nouvel élan à la relation franco-chinoise", François Hollande a souhaité "élargir les champs de coopération" à de nouveaux secteurs, comme l'environnement, l'énergie propre, la santé, l'agroalimentaire et l'urbanisme. Tout en appelant au développement des investissements chinois créateurs d'emplois en France, le président a souhaité davantage de coopération culturelle et humaine, avec une augmentation du nombre d'étudiants et de touristes de part et d'autre, et une simplification des procédures de visas.
Sur le plan du partenariat stratégique, établi en 1997, le regain d'intérêt de Pékin pour la France traduit sans doute une volonté de rééquilibrage diplomatique, la Chine s'étant retrouvée trop enfermée ces derniers mois dans un face-à-face avec les États-Unis. La reprise de la tension autour des îles Diaoyu (revendiquées par le Japon, un dossier suivi de très près par Washington) a sans doute poussé la Chine à jouer de nouveau la carte française et, avec elle, celle de l'Europe, explique un spécialiste chinois.
"La Chine attend beaucoup de la France", a commenté François Hollande d'un air satisfait. Visiblement, ce voyage redouté, avec toute son emphase protocolaire, a redonné une forme de confiance et une nouvelle énergie au président français.
