Les Etats-Unis et l’Europe peuvent encore stopper Vladimir Poutine s’ils osent répondre à son invasion
de l’Ukraine par des sanctions suffisamment fermes, décrypte David Satter, analyste à l’institut Hudson.
Ancien journaliste, lui-même expulsé de Moscou en décembre, ce fin connaisseur de la Russie voit
même dans l’escalade russe actuelle une faiblesse et profonde inquiétude du régime de Vladimir Poutine.
Ce qu’il veut avant tout, c’est discréditer la révolution anticriminelle qui l’a emporté à Kiev. Son objectif
n’est pas géostratégique, il s’agit plutôt de contrer la révolution ukrainienne et d’avoir un moyen de
pression sur les autorités de Kiev. Cela vise avant tout à préserver le pouvoir en place à Moscou,
lui-même criminel, en neutralisant la menace pour le régime Poutine lui-même.
Oui, car ce qui s’est passé en Ukraine est extrêmement menaçant pour le Kremlin. Beaucoup de
gens affirment qu’une révolution comme celle de Kiev ne pourrait jamais arriver en Russie. 75%
de la population russe elle-même ne croit pas que les événements de Kiev pourraient se reproduire
à Moscou. Mais l’opinion publique peut changer très vite. En 1991, 500 000 Russes étaient descendus
dans la rue pour protester contre l’invasion et les tueries en Lituanie. Les Russes sont capables de
protester. La période de forte croissance économique des années 2000 est révolue et le mécontentement augmente face à un pouvoir qui se cramponne. N’importe quelle étincelle pourrait déclencher de
sérieuses manifestations.
Oui, clairement. Rien ne pourrait davantage lui aliéner les Ukrainiens que l’annexion d’une partie
de leur pays. Même sous Ianoukovitch, l’Ukraine n’était pas complètement sous contrôle de la Russie. Ianoukovitch avait sérieusement envisagé le rapprochement avec l’Union européenne. Vladimir
Poutine n’a certainement pas envie que l’Ukraine passe dans le camp occidental, mais ce qui le
menace vraiment, c’est que cette révolution soit imitée à Moscou. S’il en est aujourd’hui à violer
la souveraineté de l’Ukraine, c’est par réflexe d’autodéfense.
Je ne pense pas que ce risque soit si grand. Ce serait beaucoup plus difficile militairement, et le
démembrement de tout le pays serait beaucoup plus difficile à justifier. Même à l’est de l’Ukraine,
une majorité d’habitants ont exprimé leur soutien à l’unité du pays.
Le gouvernement prorusse de Crimée peut faire un référendum, et même le remporter. Mais il n’a
pas l’autorité requise pour quitter le giron de l’Ukraine et rejoindre un autre pays, qui plus est dans
des conditions d’occupation militaire. La Crimée n’est pas perdue si l’Occident répond en utilisant
des moyens de pressions suffisants. Les Russes trouveront toujours une façon de reculer. Ils expliqueront qu’ils choisissent l’intérêt de la paix dans le monde, ils trouveront bien une formule. Mais pour cela, il faut
vraiment que la pression occidentale soit assez forte.
L’interdiction des visas, annoncée hier, pour tous les dirigeants qui ont participé à ce viol de la
souveraineté de l’Ukraine, est un premier pas positif. Il doit maintenant être suivi du gel des biens
de tous ces dirigeants à l’étranger, et ils sont nombreux. Ce sont des mesures très sérieuses, qui peuvent
avoir un effet.
L’Europe est dépendante du gaz russe et elle sera peut-être plus prudente. Cette dépendance est un
danger que l’administration Reagan déjà avait pressenti, à l’époque soviétique, quand les gazoducs
ont été construits. Mais je vois tout de même une indignation en Europe, en France du moins, qui
pourrait rendre possible cette nécessaire fermeté.
