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« Ce pandémonium (grand désordre) des devises émergentes va-t-il se poursuivre ? », s'interroge Steven Saywell, responsable de la stratégie sur les changes chez BNP Paribas. La séance d'hier tendrait à répondre par la positive, avec un nouveau facteur d'instabilité, le risque d'intervention américaine en Syrie. Un prétexte supplémentaire pour se tenir à l'écart des devises jugées les plus risquées, au premier rang desquelles celles des émergents, et se réfugier sur le yen, franc suisse ou dollar.
La correction prend ainsi des allures de déroute pour la roupie indienne, en baisse de 3,8 %, son homologue indonésienne (- 1,4 %) et la livre turque (-2 %). Leurs banque centrale et gouvernement ont pourtant déployé tout l'arsenal de gestion de crise (interventions, déclarations, taxes...). Seulement, les études sur les interventions des banques centrales sur leurs monnaies montrent qu'elles sont incapables d'inverser la tendance durablement. Elles permettent au mieux de gagner du temps ou de calmer la volatilité. La banque Nomura estime que les pays émergents dépensent autour de 50 milliards de dollars par mois pour défendre leur monnaie. Ils cèdent les obligations d'Etat américaines qu'ils détiennent dans le cadre de la gestion de leurs réserves, à un rythme de 20 à 25 milliards de dollars par mois, et récupèrent des dollars ensuite convertis dans leur monnaie nationale.
Ces flux de ventes de Tbonds font remonter les taux d'intérêts américains et aggravent en retour les fuites de capitaux des émergents. « Nous ne pensons pas pour autant qu'une nouvelle crise majeure est en gestation dans les émergents, et les ventes de Tbonds par leurs banques centrales devraient s'amenuiser », estime George Goncalves de Nomura. Après être intervenus pour affaiblir leurs monnaies et gagner en compétitivité dans le cadre de la guerre des changes, les pays émergents volent désormais au secours de leurs devises respectives. Plus elles baissent, plus les investisseurs étrangers sont incités à rapatrier leurs capitaux et plus le plongeon des monnaies des émergents s'accentue.
Leurs réserves de change - leurs « munitions » pour soutenir leurs monnaies - sont mises à contribution. Elles se sont contractées en Asie, hors Chine et Japon, de 1 % et 0,7 %, respectivement en juin et en juillet. « C'est le rythme de contraction le plus fort depuis fin 2011 et fin 2008. Les réserves avaient rebondi après ces baisses ponctuelles, mais c'est bien moins envisageable à l'avenir, les investisseurs continuant de réduire leur exposition aux émergents », explique Todd Elmer, responsable de la stratégie sur les changes asiatiques chez Citi.
Nessim Aït-Kacimi