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Alors que la mesure a été portée par les députés socialistes, elle ne fait pas l'unanimité à gauche. Ainsi sur BFMTV, l'ancien ministre de l'Education nationale Benoît Hamon a-t-il regretté qu'on touche à l'universalité des droits. «Si demain on ne réserve les droits et les prestations qu'aux familles les plus modestes et que l'on réclame l'impôt à tous, on affaiblit le consentement à l'impôt et à la solidarité», a estimé le député PS des Yvelines. Qui a tempéré son propos : cette économie «évite en tout cas que l'on remette en cause la prime à la naissance.
Anne Hidalgo (PS), maire de Paris, n'approuve pas «les modalités de mise en oeuvre» de la réforme, pourtant «pas choquante». «Aujourd'hui, il y a un problème de pouvoir d'achat. Vous avez des familles qui ont 40, 45% de leurs revenus qui partent en impôts. A Paris, vous avez des familles dont 30 à 40% du revenu partent en logement. Compte tenu de ces problèmes, je souhaiterais beaucoup plus de progressivité» dans l'application de la mesure, a affirmé l'édile sur France 2.
Sur Sud Radio, la députée PS des Deux-Sèvres Delphine Batho, limogée du gouvernement en 2013 pour avoir critiqué le budget de son ministère (Ecologie), s'est naturellement dite contre. «Il y a un problème d'écart de richesse pour élever les enfants au niveau des familles. Mais c'est au niveau de la fiscalité, avec le quotient familial qu'il faut agir, pas en remettant en cause l'universalité des allocations familiales», a-t-elle défendu.
Les radicaux de gauche, qui doivent décider dans la soirée s'ils restent dans la majorité, et les écologistes ont fait savoir de leur côté qu'ils étaient partagés.
Les syndicats ont rejeté ce vendredi une modulation des allocations familiales en fonction des revenus car, à leurs yeux, elle remet en cause le principe d'«universalité» de la sécurité sociale et amplifie «l'injustice» envers les familles. Selon FO, «le gouvernement confond la politique familiale qui a pour objectif de maintenir un taux élevé de natalité avec une politique fiscale qui est de nature redistributive», or il «a renoncé à une réforme fiscale». La CFTC «ne peut l'accepter alors que de plus en plus de Français ne croient plus en notre système de protection sociale» et que «de plus en plus de ménages issus de la classe moyenne souhaitent se retirer de ce système qu'ils jugent injuste». Pour la CFDT, «il est important que le gouvernement puisse affirmer le sens de la politique familiale et ce n'est pas par des ajustements incessants qu'il va arriver à le faire». Enfin dès jeudi, la CGT avait également condamné cette mesure «contraire à l'esprit même de la sécurité sociale».
Les associations familiales vent debout
D'autres dénoncent une ouverture de «la boîte de Pandore».Sur BFM TV, Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche (PG), juge «dangereuse» la fin de l'universalité de l'allocation aux familles. «Demain c'est le remboursement des médicaments qui ne sera pas le même suivant les revenus». Pour le secrétaire national du Parti communiste Pierre Laurent, l'exécutif «met le doigt dans un engrenage très dangereux».
«Ne nous faisons pas d'illusions: une fois le principe des conditions de ressources adopté, il est très facile pour les gouvernements de baisser progressivement ce plafond», estime pour sa part l'Union des familles en Europe, craignant qu'«un jour, le plafond tombe sur la tête de la majorité des Français». L'association Familles rurales a aussi fustigé le fait que le gouvernement mette «fin à l'un des principes fondateurs de la Sécurité sociale», tandis que l'Union nationale des associations familiales (Unaf) avait jugé dès jeudi «impensable» et «impossible» cette modulation.
Pour la Manif pour tous, qui entend défendre la famille après avoir combattu le mariage homosexuel, le gouvernement «enterre» purement et simplement la politique familiale.
Sur Twitter, il y a ceux qui fustigent une mesure qui s'attaque «encore» aux classes moyennes, qui ampute «la seule chose vraiment égalitaire dans ce pays» ou qui disent avec dépit que les familles ne vont pas faire la grève des familles. «Des droits pour les pauvres se transforment souvent en pauvres droits. Et finissent pas disparaître», remarque avec dépit la féministe Caroline De Haas. Il en est d'autres qui jugent «indécent d'entendre râler certains parce qu'on leur enlève 64 euros sur 6000». «Le maître de maison va toucher moins que ses domestiques, mince alors», moque même l'un d'eux.
«Il faut trouver des solutions justes, ce n'est facile pour personne», a réagi Ségolène Royal (PS) sur iTélé, un peu gênée, après le recadrage dont elle a fait l'objet, de devoir mettre un pied sur le territoire de Laurence Rossignol. «Il y a un travail constructif entre le gouvernement et le Parlement pour trouver la meilleure solution (dans le contexte économique actuel) et garder l'universalité des allocations. Même si à un moment il y a modulation, toutes les familles continueront de percevoir quelque chose. Que puissent naître tous les enfants désirés», a voulu convaincre la ministre de l'Ecologie et de l'Energie.
Modulation mode d'emploi: ce que toucheront les familles à partir du 1er juillet 2015

LP/Infographie-C.Têche
Invité de RTL, Eric Woerth (UMP) a critiqué la forme comme le fond. «C'est de l'improvisation, a d'abord tancé l'ancien ministre du Budget, on ne construit pas une politique durable en changeant d'avis toutes les semaines». Sur le fond, «c'est une erreur. Le principe d'universalité est dans notre pacte républicain. (...) Et, entre nous, a-t-il dit drôlement, la moitié dela politique familiale est déjà sous condition de ressources», a estimé le député de l'Oise qui trouve «dommage de toucher à un équilibre qui n'était pas si mal».
Ancienne ministre, la conservatrice Christine Boutin est vent debout contre une mesure qu'elle juge inacceptable, comme de nombreuses personnalités communistes comme Gérard Filoche qui estime que «comme les banquiers (Ndlr= en référence au parcours du ministre de l'Economie Emmanuel Macron qu'il pourfend à longueur de tweets), ce gouvernement n'aime pas les bébés». Boutin enjoint les Français à «refuser la modulation». «Français qui acceptez la modulation des allocations familiales, savez-vous que votre effort n'ira pas vers les familles les plus pauvres ?», fait-elle mine d'interroger sur Twitter. La présidente d'honneur du Parti chrétien démocrate se dit même prête à soutenir la CGT «si elle prend l'initiative d'une action contre la décision inique de moduler les AF».
Dans un communiqué, le député des Yvelines Jean-Frédéric Poisson (Parti chrétien démocrate) crie à la «trahison». Le gouvernement «trahit les familles de notre pays. Il trahit les organisations syndicales. Il vend notre politique familiale pour quelques économies de poche et la bénédiction de Bruxelles».
Sénatrice UMP de l'Oise, Caroline Cayeux s'est emportée sur Twitter : «Depuis 2012, plus de 4 milliards d'euros ont été enlevés aux familles ! Les familles ont été saignées a blanc par l'Etat ! Préservons cette valeur sociétale !»
Logiquement, Marine Le Pen va plus loin. «Je préférerais qu'on arrête de donner les allocations aux étrangers plutôt que de les baisser aux Français même s'ils ont des revenus confortables», a fustigé la présidente du FN sur Radio Classique. Selon les sondages, les Français ne semblent pas contre cette mesure de modulation ? «Si on leur posait la question aux Français, (de savoir s'il) vaut mieux ne pas verser les allocations aux étrangers ou les moduler, je suis convaincue que les Français diraient qu'il n'y a aucune raison de subventionner des naissances qui ne bénéficieront pas forcément à la France s'ils repartent chez eux».
VIDEO. Le Pen : «Arrêtons de donner les allocations aux étrangers plutôt que de les baisser aux Français»
