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"La mort en prison du général Videla souligne le travail remarquable de la justice argentine"

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"La mort en prison du général Videla souligne le travail remarquable de la justice argentine"

Propos recueillis par , publié le <time datetime="2013-05-17 19:37:00" itemprop="datePublished" pubdate="">17/05/2013 à 19:37</time><time datetime="2013-05-18 12:38:02" itemprop="dateModified">, mis à jour le 18/05/2013 à 12:38</time>

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L'ancien dictateur argentin Jorge Videla est mort ce vendredi à l'âge de 87 ans dans sa prison de Buenos Aires. A cette occasion Me Sophie Thonon-Wesfreid, avocate des familles de Français disparus en Argentine, salue le travail exceptionnel de la justice de ce pays. 

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</aside> <figure class="ouverture"> "La mort en prison du général Videla souligne le travail remarquable de la justice argentine" <figcaption>

L'ancien dictateur argentin Jorge Videla (à gauche) et Reynaldo Bignone, le dernier général à diriger l'Argentine (1982-1983), ont été reconnus coupables lors du procès des bébés volés à leurs mères en juillet 2012 et condamnés respectivement à 50 et 15 ans de prison.

Reuters/Enrique Marcarian

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Que vous inspire la mort du général Videla?

Le soulagement de savoir qu'il n'est pas mort dans l'impunité. Cependant, sa a culpabilité n'était pas totalement épuisée, puisque le procès du plan Condor était encore en cours. Mais sa mort est l'occasion de saluer le remarquable travail effectué par la justice argentine après les années de dictature, contrairement à ce qui s'est passé au Chili voisin. Il faut rappeler que le général Pinochet est mort dans son lit, impuni. Aucune des procédures engagées contre lui n'avait abouti à son décès.  

Jorde Videla, en revanche, était en prison au moment de sa mort. Plusieurs des dirigeants de la junte militaire ont été condamnés à de lourdes peines, 20 ou 30 ans.  

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L'Argentine est, avec la Grèce, l'un des rares pays qui a jugé ses dirigeants auteurs de crimes contre l'humanité dans ses tribunaux 

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Le travail judiciaire en Argentine est tout à fait exceptionnel. Plusieurs grands criminels dans le monde ont été condamnés mais par des institutions juridiques ad hoc, comme les tribunaux de Nuremberg, d'Arusha, ou de La Haye. L'Argentine est, avec la Grèce, l'un des rares pays qui a jugé ses dirigeants auteurs de crimes contre l'humanité dans ses tribunaux. Et ce, très rapidement après; A Buenos Aires, les premières procédures judiciaires sur les disparus ont été entamées dès 1985, moins d'un an après la fin de la dictature, sous la présidence de Raul Alfonsin. Ce dernier a certes, fait en 1986 et 1987, adopter des lois d'impunité (les "lois scélérates") et ultérieurement, en 1990, Carlos Menem a gracié les anciens dirigeants qui ont ont été libérés. Une seule procédure a pu être ouverte, celle concernant les bébés enlevés à leur naissance à leurs mères. Mais depuis plusieurs années, la justice a repris son cours. 

Que représente l'ancien général pour les Argentins?

C'est sous la dictature qu'il a instaurée que la plupart des crimes ont été commis. Le phénomène des disparus a profondément marqué la société. Toutes les catégories de la population ont été touchées, quelques soient les classes sociales, les partis, les affiliations syndicales...  

Je me souviens du verdict du procès des bébés volés en 2012 ; j'étais dans la salle, au milieu du public. On ne voyait les accusés que de dos. Quand ce vieil homme voûté est entré dans la salle, les mains menottées, tendues en avant, les omniprésentes images de propagande des généraux de la junte, posant fièrement avec toutes leurs les médailles épinglées à la poitrine me sont alors revenues à l'esprit. Le contraste était révélateur du chemin parcours et du combat inlassable, des survivants, des familles de victimes, des associations de droits de l'Homme. 

Comment expliquez-vous la différence entre le travail de justice en Argentine et au Chili ?

Tout d'abord, la junte argentine était moins unie. Des conflits d'intérêt, des divisions entre les différents corps d'armes la traversaient.  

Ensuite, en Argentine, c'est la défaite de la guerre des Malouines qui a précipité la chute de la dictature. Les généraux s'étaient montrés très zélés dans la répression contre leurs ressortissants mais totalement incompétents dans ce qui constituait leur fonction principale, celle de combattant. Et ils ont envoyé à la mort des centaines de jeunes gens mal équipés et mal formés. 

Au Chili en revanche, l'abandon du pouvoir par Pinochet a été très progressif et contrôlé. Même lorsque ce dernier a quitté ses fonctions et qu'un gouvernement a été élu, en 1990, ce dernier n'avait pas les coudées franches. Des accords secrets ont, entre autres, empêché la justice de faire son travail. 

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La résistance de la société argentine a été très forte, même aux heures les plus sombres de la tyrannie 

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L'arrivée au pouvoir des deux régimes est également assez distincte. Au Chili, le coup d'état a renversé un régime démocratiquement élu. En Argentine, également mais un gouvernement qui avait déjà mis en place des plans de répression qui seront ceux de la dictature. 

La dictature argentine a été plus courte (1976-1983), eu égard à l'effondrement de la junte précipitée par la défaite des Malouines que celle du Chili (1973-1990) mais nettement plus brutale: on évalue à 30.000 le nombre de disparus en Argentine contre environs 3500 au Chili (pour des populations respectives d'environ 33 et 12 millions d'habitants). 

Enfin la résistance de la société argentine a été très forte, même aux heures les plus sombres de la tyrannie: les mouvements de protestation des Mères de la Place de Mai et des Grand'mères ont commencé très tôt. La mobilisation des organisations de défense des droits de l'homme et syndicales a été puissante, à telle enseigne que à la veille de la guerre des Malouines, une importante mobilisation avait eu lieu à Buenos Aires.

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