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Jugé pour "actes de terrorisme", Anders Behring Breivik sera fixé sur son sort ce vendredi 24 août, 13 mois après le drame qui a coûté la vie à 77 personnes. Le 22 juillet 2011, cet extrémiste de droite, aujourd'hui âgé de 33 ans, avait, dans un premier temps, fait exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo faisant huit morts. Puis, lourdement armé et déguisé en policier, il avait ouvert le feu sur l'île d'Utoya, où se tenait un camp d’été de jeunes travaillistes. Soixante-neuf personnes avaient été abattues, dont une majorité d’adolescents.
Debout, bras droit dressé et poing fermé, Breivik apparaît face à un public d’environ 200 personnes constitué de survivants et de familles des victimes au premier jour de son procès. Un geste - rapidement comparé au salut nazi - qu'il réitèrera lors des trois premiers jours d’audience. Pour lui, il s'agit d 'exprimer "la force, l'honneur et le défi aux tyrans marxistes en Europe".
Stoïque lorsque le procureur détaille les crimes qui lui sont reprochés, il verse toutefois quelques larmes quand, à la mi-journée, une vidéo de propagande dont il est le réalisateur est diffusée. "C'est bon. Ça va. C'est juste que c'est un film émouvant", aurait-il alors déclaré.
Au deuxième jour d’audience, l'un des cinq juges est révoqué après avoir avoué qu’il avait ouvertement réclamé la peine capitale pour Breivik. "La peine de mort est la seule solution juste dans cette affaire !", avait-il écrit sur un site internet au lendemain de la tuerie.
Puis, Breivik est appelé pour la première fois à s’expliquer sur son acte. Trente minutes de temps de parole lui sont accordées, mais il parlera finalement pendant 75 minutes, n’affichant aucun remords. "Je le referais. […] Une petite barbarie est souvent nécessaire pour empêcher une barbarie beaucoup plus grande." Celui-ci estime avoir agi par prévention afin d’éviter la destruction de la société norvégienne. "Tout ce qui va nous rester, ce sont des sushis et des écrans plats", déclare-t-il alors.
Selon lui, les enfants qui ont été abattus n’étaient pas des innocents mais "des militants politiques". Il terminera son monologue en demandant l’acquittement.
Visiblement peu enclin à s'exprimer, Breivik s’enfonce dans un certain mutisme au troisième jour d’audience. Refusant de répondre aux questions du procureur, il juge "pathétique" la peine maximale de 21 ans de prison prévue par la loi. Seuls l’acquittement ou la peine de mort seraient des verdicts "justes", selon le tueur.
Une femme de nationalité allemande, dont l’identité n’a pas été révélée, tente de s’introduire dans le palais de justice. Elle se présente comme une admiratrice de Breivik.
C’est également ce jour-là que l’accusé avoue qu’il avait initialement planifié deux attentats à la bombe supplémentaires. "L'objectif premier était de tuer tout le gouvernement norvégien, y compris le Premier ministre." Breivik explique avoir finalement fait marche arrière lorsqu’il a réalisé que la tâche était ardue et onéreuse. "C'était beaucoup plus difficile que je ne le pensais de faire une bombe."
Pour se préparer, Breivik aurait passé un an cloîtré chez ses parents à s’entraîner virtuellement via le jeu World of Warcraft. Il s’agissait également d’une "couverture" pour justifier son isolement social.
Au cinquième jour du procès, Breivik revient avec précision sur le massacre d'Utoya. La veille, l’avocat de l’accusé avait tenu à avertir l’auditoire qu’il pourrait s’agir de "la journée la plus difficile" du procès.
"Certains faisaient les morts, c'est pour cela que je tirais des coups de grâce", a notamment indiqué un Breivik impassible, qui se décrit comme quelqu'un de "très sympathique en temps normal".
Très calme jusqu’à présent, l’assistance rit discrètement lorsque Breivik affirme avoir appris à piloter des petits avions en visionnant des vidéos sur YouTube dans le but de s’échapper après la tuerie.
Breivik formule également ce jour-là toutes sortes de revendications saugrenues, telles que la dissolution du Parlement. À la place, il réclame un conseil de nationalistes présidé par… lui-même. “J’ai la même crédibilité que Fidel Castro et Che Guevara quand ils ont essayé de frapper Cuba. Le problème est qu’on considère qu’un révolutionnaire qui échoue est un criminel et que celui qui réussit est un homme d’État“.
Rassemblés dans le centre d’Oslo, 40 000 Norvégiens reprennent en cœur "Enfants de l'arc-en-ciel", une comptine populaire prônant la diversité culturelle que Breivik avait lui-même qualifié de "lavage de cerveau".
Dans un geste désespéré, un jeune homme âgé de 20 ans, frère de l’une des victimes du massacre, tente d’atteindre Breivik en projetant sa chaussure dans sa direction. "Tu es un tueur, va en enfer", s’écrie-t-il sous les applaudissements d’une partie de l’assistance. Il sera rapidement évacué.
Breivik affirme qu’il ne fera pas appel s’il est jugé coupable, lors du verdict du 24 août. Le tueur norvégien craint que ses idéaux ne soient totalement décrédibilisés s’il est reconnu mentalement irresponsable car souffrant d’une pathologie psychiatrique.
Le parquet norvégien recommande l’internement de l’accusé, qu’il estime psychotique et donc pénalement irresponsable.
En novembre 2011, un premier rapport psychiatrique révélait que Breivik souffrait de "schizophrénie paranoïde". Puis, mi-avril, à quelques jours de l’ouverture du procès, un second rapport venait infirmer le premier, indiquant que le tueur était tout à fait responsable de ses actes.
Au terme de 10 semaines intenses, le procès s'achève par le plaidoyer de la défense. Dans une tirade de près de deux heures, l’avocat de Breivik défend la responsabilité pénale de son client et réclame une peine de prison "la plus clémente possible". Symboliquement et sans aucune chance de voir sa requête aboutir, l’avocat demande également l'acquittement. Une démarche obligatoire car l’accusé avait plaidé non coupable.
Quel que soit le verdict, Breivik aurait préparé des réactions par écrit, selon son avocat. "Il réfléchit à ce qu'il va dire aux juges et il a, par conséquent, préparé quelques lignes pour chaque éventualité." Reste à savoir si l’accusé, qui a affirmé ne pas vouloir faire appel, sera autorisé à s’exprimer...