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LEMONDE.FR avec AFP | 02.08.11 | 08h43 • Mis à jour le 02.08.11 | 08h50

Image tirée d'une captation vidéo montrant l'entrée des chars dans Hama, en Syrie, lundi 1er août.AFP/YouTube
Au lendemain de l'une des plus sanglantes journées depuis le début, à la mi-mars, du mouvement de protestation contre Bachar Al-Assad, Européens et Américains ont tenté, sans succès, lundi 1er août, d'obtenir une condamnation de Damas au Conseil de sécurité de l'ONU. Environ 140 personnes ont été tuées dimanche, principalement dans la ville de Hama, l'un des bastions de la contestation, et 24 autres lundi, selon des défenseurs des droits de l'homme syriens.
Des chars de l'armée syrienne ont pilonné lundi soir un quartier de Hama, après une offensive massive qui a déjà fait 104 morts depuis dimanche dans cette ville rebelle du centre de la Syrie. "Dix chars sont en train de bombarder d'une manière indiscriminée Dawar Bilal, un quartier résidentiel à la périphérie de Hama", a déclaré un militant sur place, joint par téléphone, alors que le bruit des obus résonnait derrière lui. Selon Abdel Karim Rihaoui, chef de la Ligue syrienne des droits de l'homme, des tirs nourris étaient entendus lundi soir dans tous les quartiers de Hama.
"L'armée poursuit sa mission dans la ville de Hama, en enlevant les barricades dressées par les groupes de saboteurs aux principales entrées de la ville", a pour sa part annoncé l'agence officielle Sana, évoquant de "vastes affrontements" contre des groupes bien organisés, à l'armement sophistiqué.
Selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de bilans de plusieurs organisations de défense des droits de l'homme, l'armée et les forces de sécurité ont tué 140 civils dimanche dans tout le pays, dont une centaine à Hama, et 24 autres lundi, dont dix ont été tués lundi à l'issue de la prière des Tarawih – prière de rupture du jeûne – au premier jour du ramadan.
Les autorités syriennes redoutent particulièrement les prières nocturnes du ramadan, un forum susceptible d'amplifier la mobilisation contre le régime dans un pays où les manifestations se déroulent en général à la sortie des mosquées.
Faisant fi des réactions internationales horrifiées après la journée de dimanche, Bachar Al-Assad a félicité lundi son armée à l'occasion du 66e anniversaire de sa création. "Vous tous représentez l'orgueil et la fierté", a affirmé M. Assad, selon des propos rapportés l'agence officielle SANA. Nous pouvons "faire échouer ce nouvel épisode du complot bien ourdi, qui vise à morceler la Syrie, en prélude à la division de la région entière", a-t-il martelé. Depuis le début de la révolte, les autorités accusent des "groupes armés" et des "terroristes" de répandre le chaos dans le pays.

Le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov.AP/Misha Japaridze
Une réunion de consultations d'urgence sur la répression syrienne s'est tenue lundi à huis clos au Conseil de sécurité de l'ONU. Cette réunion, qui s'est terminée sans résultat concret, a été mise à l'ordre du jour après les violences du week-end.
La Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et le Portugal, soutenus par les Etats-Unis, veulent pousser à l'adoption d'une résolution condamnant la répression, qui pourrait être à nouveau débattue mardi. Des diplomates ont cependant indiqué qu'il était plus probable que le Conseil de sécurité se mette d'accord sur une simple déclaration, non contraignante.
La Russie et la Chine avaient déjà menacé de mettre leur veto à un projet de résolution, soutenues par le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud. Mais des diplomates ont souligné que tous les pays avaient exprimé lundi leurs préoccupations concernant l'intensification de la répression, et que l'idée d'une action du Conseil gagnait en popularité parmi ses membres.
Les opposants à une résolution sont furieux que l'OTAN se soit servi de résolutions sur la Libye pour justifier les attaques aériennes contre le régime de Mouammar Kadhafi, et craignent que l'adoption d'une résolution sur la Syrie ouvre la voie à une campagne militaire contre Bachar Al-Assad, ce que les responsables européens et de l'OTAN ont vivement démenti lundi.