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La zone euro au bord de la dislocation

La zone euro au bord de la dislocation

Le Point.fr - Publié le 18/11/2011 à 18:48 - Modifié le 18/11/2011 à 18:57

La contagion s'étend à la France alors que le FESF n'est toujours pas opérationnel et que l'Allemagne bloque l'intervention de la BCE.

L'ensemble de la zone euro suscite la défiance des investisseurs.

L'ensemble de la zone euro suscite la défiance des investisseurs. © Mario Fourmy / Sipa


 

Va-t-on vers un éclatement de la zone euro ? L'hypothèse commence à être sérieusement envisagée par les politiques, tant la défiance des marchés envers les dettes publiques en Europe s'étend.

La contagion atteint désormais presque tous les États membres, excepté l'Allemagne. C'est en tout cas ce qu'indique le "spread", véritable thermomètre de la fièvre européenne. Cet indicateur, qui mesure l'écart entre le taux d'intérêt demandé par les investisseurs pour financer la dette allemande - la référence en zone euro - et les autres États, ne cesse d'augmenter. Désormais, le phénomène touche non seulement les pays sous perfusion de l'UE et du FMI - la Grèce, le Portugal, l'Irlande - et les pays fragiles (Italie, l'Espagne) mais aussi, dans une moindre mesure, des pays notés AAA comme les Pays-Bas, la Finlande et l'Autriche !

La France dégradée par rapport à l'Allemagne

Malgré son appartenance à ce club très fermé, la France n'est donc plus à l'abri. Le taux d'intérêt auquel s'échange la dette hexagonale s'écarte dangereusement de celui de l'Allemagne. Jeudi, le "spread" entre les deux pays a atteint 200 points de base, comme on dit dans le jargon financier, soit 2 %. Un record historique. Pour beaucoup d'observateurs, cela signifie que les marchés ont déjà intégré une dégradation de la note souveraine de la France...

Un catastrophisme qu'il convient toutefois de relativiser. Car si le spread franco-allemand augmente, c'est aussi parce que la dette allemande fait figure de valeur refuge en Europe. Résultat, elle s'échange à un taux d'intérêt historiquement faible, inférieur à 2 %. Et si les taux réclamés à Berlin pour financer sa dette baissent, cela fait mécaniquement augmenter le "spread" par rapport aux autres pays... C'est d'ailleurs l'argument qu'a utilisé jeudi François Baroin pour rassurer sur la situation de la France : le ministre de l'Économie a jugé "important de ne pas confondre l'écart de taux, le fameux spread dont nous observons l'évolution, avec le niveau de taux (...) qui est déterminant pour la charge de la dette".

Prophétie autoréalisatrice

Un peu plus tôt dans la journée, l'Agence France Trésor, qui gère la dette française, avait pu se rendre compte de ce niveau lors de l'émission de 8 milliards d'euros de dette. Si elle n'a pas eu de problème de demande pour la dette française, elle a dû consentir des taux d'intérêt en hausse par rapport aux derniers placements de dette de même durée.

Rien de catastrophique pour l'instant : les investisseurs s'échangent la dette hexagonale à 10 ans à un taux tournant autour de 3,50 %, contre près de 7 % pour l'Italie et l'Espagne.

Il n'empêche, la contagion s'étend dangereusement, au point de menacer les piliers du fonds de soutien de la zone euro (FESF) censé protégé les pays en difficulté. Les marchés ne semblent plus croire à l'avenir de la zone euro ; ils parient même de plus en plus sur sa dislocation. Une prophétie, sans doute irrationnelle, mais auto-réalisatrice...

Car les dirigeants de la zone euro ne font rien - ou pas grand-chose - pour les rassurer. Les plans de rigueur mis en place ont contribué à déprimer l'activité économique, sans avoir tous les effets escomptés sur la réduction des déficits. Résultat, la croissance dévisse : en 2012, elle devrait péniblement atteindre 0,5 % du PIB selon les dernières prévisions de la Commission européenne.

Et le FESF n'est toujours pas opérationnel. Sa puissance de feu reste limitée à 250 milliards d'euros (une fois déduits les engagements déjà pris) contre les 1 000 milliards annoncés lors de l'accord européen du 27 octobre. Les solutions techniques envisagées pour augmenter sa puissance financière sans que les États ne remettent la main à la poche restent, pour l'instant, dans l'impasse. Rien de concret ne devrait être finalisé avant janvier malgré les belles promesses européennes et les intenses tractations au G20...

Le rôle de la BCE au centre du jeu

Pour résoudre ce problème, la France fait à nouveau le forcing auprès de l'Allemagne pour obtenir l'aide de la Banque centrale européenne (BCE). Aux yeux de beaucoup d'économistes, c'est la seule institution capable de mettre un terme à la crise, à condition qu'elle s'engage à devenir un prêteur en dernier ressort des États.   Autrement dit, il faudrait qu'elle s'engage enfin à racheter la dette des pays en difficulté autant que de besoin. Sauf que l'Allemagne ne veut pas en entendre parler ! "  Si les politiciens pensent que la BCE peut résoudre la crise de l'euro, alors ils se trompent", a sèchement rappelé hier la chancelière Allemande, Angela Merkel. L'Italien Mario Draghi, le nouveau président de la BCE, est pour l'instant sur la même ligne, au nom de l'indépendance de son institution.

Tous deux craignent d'encourager le laxisme budgétaire en cas d'intervention massive de l'autorité monétaire. D'autant que la BCE n'est pas restée inactive depuis le début de la crise. Depuis mai 2010, elle a racheté 187 milliards d'euros de dette pour éviter une flambée trop forte des taux d'intérêt. Contrairement à la banque centrale américaine, les traités lui interdisent d'aller plus loin, notamment en achetant directement la dette des États lors de leur émission. Une contrainte que la France aimerait voir contournée pour bénéficier du pouvoir de l'institution de créer de la monnaie sans limite.

En attendant, ce débat sans fin alimente la défiance et rapproche chaque jour un peu plus la zone euro de l'abîme.

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