Athènes et Bruxelles doivent soupirer de soulagement. Un accord semble avoir été trouvé hier soir sur l’extension du programme de financement de la Grèce, après trois intenses réunions des ministres des Finances de la zone euro en l’espace de dix jours.
«Les membres de l’Eurogroupe vont mettre en place une extension du programme d’aide à la Grèce d’ici à quatre mois», a annoncé Valdis Dombrovskis sur son compte Twitter vers 21 heures. Dans un communiqué, l’Eurogroupe confirme avoir décidé de prolonger de quatre mois le plan d’aide de la Grèce, sous condition. Athènes s’est engagée à présenter dès lundi des réformes qui seront évaluées par ses créanciers.
Le peuple grec, selon de nombreux observateurs, obtient unsursis. Un nouveau répit, alors que le scénario de la sortie du pays de la zone euro avait déjà été évoqué en février 2012 quand les négociations avec ses créanciers pour obtenir un deuxième plan de sauvetage menaçaient déjà de capoter.
«Grexit», le mot-valise combinant Greece et exit (Grèce et sortie) qui a jailli de toutes parts dans les médias ces dernières semaines, a pour la première fois été employé à ce moment-là. Selon des économistes, les conséquences auraient été très fâcheuses pour les deux parties: défaut de paiement, récession et aggravation de la crise sociale pour la plus ancienne démocratie du monde; crise financière, notes abaissées dans la zone euro, et risque de contagion de la crise vers des poids lourds du continent, Portugal, Espagne et Italie en tête.
Trois ans plus tard, si le spectre du «Grexit» a resurgi, les enjeux ne sont plus tout à fait les mêmes. Dans un rapport publié jeudi, l’agence de notation Standard Poor’s (S&P) estime que sans accord, la Grèce aurait fait défaut et serait entrée en récession.
Pour l’Europe, selon S&P, les risques s’étaient par contre amoindris. L’introduction en 2012 du mécanisme européen de stabilité a renforcé la robustesse de ses plans de sauvetage. Les investisseurs font désormais la distinction entre la dette grecque et celle des autres Etats de la zone euro, qui ont du coup vu leurs taux d’emprunts diminuer, contrairement à en 2012. Les liens financiers entre Athènes et les capitales européennes se sont en outre réduits. Selon la Banque des règlements internationaux, les banques de la zone euro étaient exposées aux institutions financières helléniques à hauteur de 77 milliards de dollars en septembre dernier, contre 250 milliards en 2009.
Les liens économiques, aussi, se sont lâchés, notamment en Suisse: en 2014, la Confédération a exporté vers la Grèce, en valeur, deux fois moins qu'en 2008. La conjoncture, enfin, est moins morose. La croissance en zone euro donne des signes de reprises.
L’arrivée au pouvoir à Athènes en janvier d’un parti très à gauche, Syriza, explique la dureté des négociations. Son chef, Aléxis Tsípras, le nouveau premier ministre, a promis à ses électeurs de rompre avec l’austérité imposée par ses créanciers. Et de ne plus accepter les conditions d’octroi des programmes d’aide à la Grèce, dont celui de la zone euro qui devait prendre fin le 28 février.
En face, les poids lourds de l’Eurogroupe, Allemagne en tête, étaient tout aussi intransigeants: la Grèce doit, selon eux, poursuivre l’assainissement de ses finances et les réformes structurelles en échange des prêts. Berlin n'est pas seul sur cette ligne, partagée par la Finlande et les pays baltes au nord, ou au sud par l'Espagne et le Portugal. Le Premier ministre slovaque, dans un entretien accordé au Financial Times, a déclaré qu'il serait impossible d'expliquer à l'opinion publique que la pauvre Slovaquie doive subventionner la Grèce. (TDG)
(Créé: 20.02.2015, 22h21)