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Le Caire est le nouveau sanctuaire des opposants syriens

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Le Caire est le nouveau sanctuaire des opposants syriens

LEMONDE | 27.01.12 | 13h22   •  Mis à jour le 27.01.12 | 17h02

 

 

Dans un entretien accordé au journal Le Monde, Mahmoud Hamad confie : "Pour aller mater les manifestations, les militaires se cachent dans des ambulances et embarquent dans des bus des centaines de shabihat" - ici, des policiers tunisiens montent la garde le 1er avril 2011 au Caire.

Dans un entretien accordé au journal Le Monde, Mahmoud Hamad confie : "Pour aller mater les manifestations, les militaires se cachent dans des ambulances et embarquent dans des bus des centaines de shabihat" - ici, des policiers tunisiens montent la garde le 1er avril 2011 au Caire.AFP

Le Caire Correspondance - Ils arrivent un par un avec appréhension dans l'appartement convenu pour la rencontre. Ils ont les traits tirés et parlent comme si chaque mot était compté. Mahmoud le haut fonctionnaire, Louise, l'actrice de feuilletons, Emad, le député et Helen, la mère de famille. Hier au coeur du régime syrien, ils ont réussi à s'enfuir au Caire, où une communauté d'exilés en pleine croissance, joue un rôle de plus en plus important dans la coordination de la résistance syrienne.

Il y a encore quelques semaines, Mahmoud Hamad était inspecteur du budget au ministère de la défense. Son bureau surplombait les bâtiments des renseignements militaires. "Pour aller mater les manifestations, les militaires se cachent dans des ambulances et embarquent dans des bus des centaines de chabiha (hommes de main), affirme-t-il. Dans les rues, ils sont soutenus par des snipers iraniens et du Hezbollah."

Selon ce haut fonctionnaire, le régime repose sur un appareil de police titanesque et une pratique généralisée de la corruption. Il estime le nombre d'employés des services de renseignement à pas moins de 400 000 personnes, auxquelles s'ajouteraient 50 000 chabiha payés 100 dollars (76 euros) par jour. "Les fonctionnaires sont tous corrompus parce que leurs salaires sont trop bas, dit Mahmoud Hamad. Quand ils essaient de se rebeller, on leur sort un dossier compromettant. Le budget de la défense est faramineux, il a absorbé 30 % des fonds des autres ministères, car des fortunes sont dépensées pour payer les chabiha et acheter le soutien de puissances étrangères, comme la Russie, à coup de dessous de table."

Louise Abdelkrim, actrice employée par la télévision d'Etat, appartient à la communauté alaouite qui verrouille l'appareil d'Etat. Elle explique la façon dont les fonctionnaires, les étudiants et même les écoliers sont pris en otage par le régime qui contrôle leur présence au bureau, à l'école ou à l'université. Elle raconte ses nuits sans sommeil, peuplées des hurlements de hauts parleurs qui scandent "Bachar, Bachar", le prénom du président syrien.

Elle décrit aussi des chorales surréalistes sur la place des Omeyyades de Damas, où des écoliers hurlent des insultes contre l'émir du Qatar et Barack Obama et où de malheureux fonctionnaires font mine de remuer les lèvres. "Ces démonstrations de force sont trompeuses, estime Louise en tirant nerveusement sur sa cigarette. En fait, les services du régime sont complètement désorganisés. L'un peut te chercher pendant des jours sans savoir que tu es déjà en prison." Au sein de l'armée, méfiance et surveillance sont de mise, aussi. Selon Mahmoud Hamad, les officiers, y compris les plus hauts gradés, sont enfermés hors des villes dans des centres militaires. Leurs moindres mouvements sont épiés par les services secrets.

Leur seul moyen de déserter consiste à fraterniser avec les opposants quand ils vont mater une manifestation. Aux dires de l'ex- inspecteur, plus de 25 000 soldats et officiers auraient ainsi basculé dans les rangs de l'Armée syrienne libre, une coalition de milices engagées dans le soulèvement.

Imad Ghalioun, arrivé en, décembre au Caire, a déserté les travées d'un Parlement où il représentait un petit parti inféodé au Baas. "Dans les coulisses en dehors des sessions, tout le monde critique le régime, mais quand ils entrent dans l'hémicycle, les députés se confondent en louanges, par peur." Lui aussi est convaincu que c'est la corruption et l'économie qui feront chuter Bachar Al-Assad.

"Le système ne va plus pouvoir assumer toutes ces dépenses, assure-t-il. Bientôt il ne pourra plus acheter les gens et avec la hausse des prix, cela va devenir intenable. Beaucoup d'hommes d'affaires, même très proches du régime, ont déjà retourné leur veste et financent la révolution. L'économie est en chute libre. Les revenus du pétrole ont baissé de 2 milliards de dollars et ceux du tourisme de 4 milliards. En signe de protestation, les gens ne paient plus leurs factures d'eau, de gaz et d'électricité. Le montant d'impôts non payés atteint 7 milliards de dollars. Tout le monde va finir par lâcher ce régime. C'est une question de mois."

Mais combien de morts avant ce dénouement ? Selon Helen Al-Dayem, une ancienne habitante de Homs, dont le fils a été a blessé par balle, les bilans de la répression, notamment les 5 000 morts annoncés par l'ONU en décembre, sont sous-évalués.

"Vous pouvez multiplier ce chiffre par dix, affirme cette femme qui coordonne désormais l'arrivée des opposants au Caire. A la mi-août, 32 fosses communes ont été vues près de Homs, contenant chacune entre 60 et 100 corps". Elle accuse : "Le trafic d'organes marche à plein régime. Il y a deux semaines, deux corps ont été retrouvés près de Homs, découpés et refermés avec des agrafes. Quand ils vous prennent, vous êtes mort."

Claire Talon

Article paru dans l'édition du 28.01.12

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