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Le Cambodge en deuil de son ancien souverain

Le Cambodge en deuil de son ancien souverain
<time datetime="2012-10-15T07:34:24+02:00" itemprop="datePublished">15 octobre 2012 à 07:34</time> (Mis à jour: <time datetime="2012-10-15T12:54:39+02:00" itemprop="dateModified">12:54</time>) lien

L'ancien roi du Cambodge, Norodom Sihanouk, et son épouse Monineath, le 8 novembre 2003 à Phnom Penh.

L'ancien roi du Cambodge, Norodom Sihanouk, et son épouse Monineath, le 8 novembre 2003 à Phnom Penh. (Photo AFP)

Norodom Sihanouk est mort dans la nuit dans un hôpital de Pékin. Il avait abdiqué en 2004 en faveur de son fils Sihamoni.

 

L’ancien roi du Cambodge Norodom Sihanouk, qui a marqué l’histoire de la deuxième partie du XXe siècle et restait vénéré dans son pays après en avoir maintenu son unité à travers des décennies de guerre, est mort lundi à Pékin à l'âge de 89 ans. Tour à tour Premier ministre, chef de l’Etat, monarque dont la vie a épousé tous les drames du pays, il est mort lundi aux alentours de 2 heures du matin (dimanche 20 heures en France) dans un hôpital de la capitale chinoise.

«Le gouvernement royal du Cambodge ramènera son corps de la République populaire de Chine vers Phnom Penh», a indiqué le gouvernement cambodgien. Son fils, le roi Sihamoni, et le Premier ministre Hun Sen ont quitté Phnom Penh pour la Chine en début de journée. Les deux hommes se sont étreints sur le tarmac de l’aéroport en versant quelques larmes, avec en arrière-fond des drapeaux du royaume en berne.

«Il est mort d’une crise cardiaque», a précisé à l’AFP le collaborateur personnel de Sihanouk, le prince Sisowath Thomico. «Il a été emmené à l’hôpital et est mort peu après», a-t-il ajouté. «C’est douloureux, je suis rempli de chagrin».

L’ancien souverain vivait le plus clair de son temps à Pékin depuis quelques années pour y suivre des traitements médicaux contre le cancer, le diabète et l’hypertension. Celui dont le règne a été l’un des plus longs d’Asie avait abdiqué en octobre 2004 en faveur de Sihamoni. «Le roi Sihanouk n’appartenait pas à sa famille, il appartenait au peuple cambodgien et à l’Histoire», a ajouté le prince. Pékin a déploré pour sa part la perte d’un «grand ami», dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Images d'archives à la télévision

Le monarque a traversé le siècle, de la colonie française jusqu’au retour de la paix au Cambodge en 1998, en passant par des décennies de guerre civile et le régime des Khmers rouges (1975-1979), responsable de la mort de près de deux millions de personnes et avec lequel il avait fait alliance. Six fois marié - sa dernière épouse, Monique Izzi, est un ancien mannequin d’origine italienne et cambodgienne -, l’héritier des bâtisseurs d’Angkor a eu quatorze enfants, dont cinq tués sous le régime de Pol Pot.

Ces dernières années, il utilisait régulièrement son site internet pour s’exprimer sur sa santé et sur les affaires politiques. En octobre 2009, il avait estimé dans une note manuscrite qu’il avait déjà vécu trop longtemps. «Cette trop longue longévité me pèse comme un poids insupportable». Deux ans plus tard, à l’occasion d’une cérémonie marquant le 20e anniversaire de son retour d’exil, il promettait à la foule de ne plus quitter son pays. Mais en janvier 2012, il quittait à nouveau Phnom Penh pour la Chine, pour un énième bilan de santé.

Il avait récemment indiqué vouloir être incinéré et avoir ses cendres conservées dans une urne au palais royal de Phnom Penh. Hasard de l’Histoire, son décès est survenu au dernier jour des festivités annuelles de Pchum Ben au cours desquelles les Cambodgiens se retrouvent en famille et honorent les ancêtres. «J’ai appris de la vieille génération qu’il a fait de son mieux pour aider le peuple cambodgien», a expliqué à l’AFP Sochakrya Theng, dans une pagode avec sa tante et sa grand-mère. «Je dirai une prière pour lui».

VIDEO

Le Cambodge est un pays très jeune et «le nombre de gens qui ont effectivement vécu alors que Sihanouk était au pouvoir est très, très faible», a relevé Milton Osborne, historien australien. «Je suis sûr qu’il y aura d'énormes funérailles à Phnom Penh et des expressions publiques de douleur», a-t-il cependant ajouté. Aucune information n’a été rendue publique sur le programme des cérémonies.

En dépit d’un parcours plus que tumultueux, «je suis sûr que (Sihanouk) sera considéré officiellement comme ayant été un grand dirigeant» et que «les moments les plus difficiles de son bilan» seront laissés sous silence, a ajouté Osborne. Les télévisions diffusaient en boucle des images d’archives du père de l’indépendance, tandis que des photos fleurissaient sur Facebook.

Le pays ne devrait connaître aucune instabilité politique. La monarchie, sans grand pouvoir, n’est pas contestée et le pays est tenu par Hun Sen, au pouvoir depuis 1985 et accusé par ses détracteurs d’avoir complètement muselé l’opposition.

(AFP)

 

Cambodge: le roi Sihanouk abdique
<time datetime="2004-10-08T02:29:52+02:00" itemprop="datePublished">8 octobre 2004 à 02:29</time>lien

Après de 82 ans, il espère pouvoir contrôler le processus de succession.

Par DUBUS Arnaud

Après de 82 ans, il espère pouvoir contrôler le processus de succession.

Bangkok de notre correspondant

Pour la seconde fois en un demi-siècle, le roi Sihanouk a abdiqué, prenant à contre-pied le monde politique cambodgien. Invoquant sa santé déclinante et son grand âge ­ il aura 82 ans à la fin du mois. Il a appelé le peuple cambodgien à préparer la succession, dans un message lu par son fils, Norodom Ranariddh, devant l¹Assemblée nationale, dont il est président. Mais certains analystes mettent en doute la constitutionnalité du procédé.

Cela faisait des mois que Sihanouk brandissait la menace d¹une abdication, suppliant le Premier ministre Hun Sen et le prince Ranariddh de lui en donner l¹autorisation. Sihanouk a traversé tous les bouleversements qui ont secoué le pays depuis son couronnement en 1941. Il est remonté sur le trône en 1993 dans le cadre de la Constitution mise en place par les accords de paix de Paris. Il avait été marginalisé lors de la crise politique qui avait suivi les législatives de juillet 2003.

Mais la principale raison de sa décision pourrait être sa volonté de perpétuer le prestige de la monarchie en contrôlant au plus près le processus de succession. «Le roi veut s¹assurer que la continuité se fait en douceur, il veut avoir confiance dans la personne qui lui succède», indique Son Soubert, membre du Conseil constitutionnel.

Sihanouk a publié en septembre une lettre du Premier ministre Hun Sen et du prince Ranariddh, membres du conseil du trône, affirmant qu¹ils acceptaient le prince Sihamoni, son fils âgé de 51 ans, comme successeur. Celui-ci, chorégraphe résidant à Paris et ex-ambassadeur du Cambodge auprès de l¹Unesco, n¹a jamais été impliqué dans la politique. «Il est réputé propre, honnête et intellectuellement très bien éduqué», souligne Son Soubert.

Le flou des règles de succession laisse ouverte la possibilité d¹une abolition de la monarchie en cas de décès du roi régnant sans que le successeur soit désigné. Ou au moins du choix d¹un successeur qui déplaît à Sihanouk. C¹est ce que le roi veut éviter en abattant sa carte maîtresse, l¹abdication.

 

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