"Les représentants des associations n’ont pas la culture du compromis"
Karim Mejri est conseiller auprès du ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi.
Le ministère n’avait pas du tout cette culture du dialogue avec la société civile. Nous essayons donc de changer cela, avant d’en venir à des propositions concrètes. Malheureusement, au bout de deux mois, le responsable de l’Union des diplômés chômeurs (UDC) a mis fin aux réunions et l’association a sorti une tribune vindicative dans la presse en qualifiant ces réunions de "séances de psychologie".
La réforme du secteur de l’emploi est l'un des grands chantiers de la Tunisie post-Ben Ali. Nous avons organisé au mois d’avril dernier des séances de travail avec les directeurs régionaux de chaque gouvernorat. Ces derniers se sont ensuite entretenus avec les responsables des associations sur place et nous ont rendu leurs rapports, qui incluent des propositions. Nous essayons de les prendre toutes en compte, même si elles sont parfois contradictoires.
L’UDC critique nos critères de sélection pour entrer dans la fonction publique, notamment sur la question des stages. Je ne nie pas les passe-droits dont bénéficiaient un certain nombre de stagiaires du temps de Ben Ali, mais il faut bien aussi que les employés recrutés aient un minimum d’expérience. De plus, même si ces jeunes ont été privilégiés pour obtenir les stages, ils ont ensuite bel et bien travaillé. Et eux aussi réclament un emploi aujourd’hui… Ensuite, il est vrai que nous avons choisi de regarder la situation familiale plutôt que la situation économique des candidats. Nous avons préféré cette option parce qu’il est trop facile en Tunisie de mentir sur ses conditions sociales.
Il est vrai qu’il y a un manque de coordination entre les ministères, pour la simple et bonne raison qu’il y a à peine 8 mois, il n’y avait pas de coordination du tout. Nous sommes dans une période transitoire et nous essayons de faire de notre mieux, chose que ne prennent pas en compte les représentants des associations, qui n’ont pas la culture du compromis.
Il faut bien comprendre que l’ouverture de postes de fonctionnaires prend du temps. Il ne s’agit pas seulement de recruter, il faut aussi encadrer et former les candidats, car certains ont obtenu leur diplôme il y a des années. Tout cela nécessite du temps et des moyens. Sous Ben Ali, un décret créant des postes dans la fonction publique prenait un an et demi pour entrer en vigueur. Aujourd’hui, nous y parvenons en six mois."