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L'attaque contre une église de Madalla, près d'Abuja, avait fait une trentaine de morts le 25 décembre. © PC/Sunday AghaezeLe président nigérian Goodluck Jonathan a estimé dimanche que les violences attribuées au groupe islamiste Boko Haram sont « pires » que la guerre civile des années 60. Les violences anti-chrétiens ravivent en effet la crainte d'une guerre de religion au Nigeria, alors que la grogne sociale s'intensifie dans le pays le plus peuplé d'Afrique.
« Durant la guerre civile, nous pouvions savoir et même prévoir d'où venait l'ennemi. Mais le défi auquel nous sommes confrontés aujourd'hui est plus compliqué », a déclaré Goodluck Jonathan, le président soulignant le caractère imprévisible des attaques contre la communauté chrétienne. Depuis le jour de Noël, celles-ci ont fait près de 130 morts, et la plupart d'entre elles ont été revendiquées par le groupe Boka Haram qui avait posé un ultimatum exigeant le départ des chrétiens du Nigéria avant mercredi.
La référence à la guerre sécessionniste du Biafra, qui avait fait environ un million de morts de 1967 à 1970, a aussi été évoquée par la communauté chrétienne qui redoute un « nettoyage religieux » orchestré par le mouvement islamiste. « Ce type d'événements nous rappelle les débuts de la guerre civile qui a eu lieu au Nigeria », a déclaré samedi le chef de l'Association chrétienne du Nigeria (ACN), Ayo Oritsejafor. Qu'ils soient catholiques ou protestants, les chefs de file chrétiens « ont décidé de définir les moyens nécessaires pour se défendre face à ces tueries insensées », a-t-il ajouté.
Un dignitaire de la Jama'atu Nasril Islam (JNI), un regroupement d'organisations musulmanes, a vivement réagi à cette mise en garde : « Nous considérons ces affirmations comme une intimidation et une menace contre les musulmans nigérians », a annoncé Khalid Aliyu, le secrétaire général de la JNI considérant que les affirmations d'Ayo Oritsejafor « sont destinées à provoquer des attaques contre les musulmans ».
Cette sortie du chef de l'ACN n'avait pourtant rien de surprenant. La communauté chrétienne nigériane a déjà averti qu'elle recourrait à l'auto-défense si les violences se poursuivaient dans un pays divisé entre un Nord pauvre à dominante musulmane et un Sud plus riche, surtout chrétien et animiste.
Le président nigérian a également affirmé dimanche que le groupe Boko Haram disposait de soutiens haut placés. « Certains [complices de Boko Haram] sont dans l'appareil d'État, certains font partie du parlement, d'autres encore agissent au sein du système judiciaire », a indiqué le chef de l'État. « D'autres encore sont au sein des forces armées, de la police et des services de sécurité », a-t-il ajouté.
Il n'y a aucune révélation derrière ces accusations, mais c'est la première fois que Goodluck Jonathan sort du bois en des termes aussi forts, laissant entrevoir une dimension plus politique à ce conflit.
En vertu d'un accord informel entre les principales communautés du pays, un nordiste puis un sudiste doivent, en théorie, se succéder à la présidence du Nigeria, chacun après avoir exercé huit ans de pouvoir (deux mandats de quatre ans). Chrétien du Sud, Goodluck Jonathan a succédé en février 2010 au président musulman Umaru Yar'Adua, avant d'être officiellement élu l'an dernier. Yar'Adua étant décédé après seulement trois ans de présidence, nombreux sont les nordistes qui estiment que cet accord a été bafoué et revendiquent la magistrature suprême pour l'un des leurs.
Gréve générale à partir de lundi au Nigeria
Ces violences entre musulmans et chrétiens se déroulent sur fond de forte grogne sociale, alors que les principaux syndicats du pays ont appelé à une grève générale illimitée à partir de lundi. Ils entendent protester contre la suppression des subventions sur les prix du carburant.
Annoncée par surprise le 1er janvier, cette mesure a eu pour conséquence immédiate de faire grimper les prix à la pompe, qui ont quasiment doublé en quelques jours. Des manifestations de protestation ont éclaté dans tout le pays, sévèrement réprimées par la police, alimentant encore un peu plus le mécontentement.
À Abuja, la capitale, comme à Lagos, la plus grande ville du pays, les forces de sécurité ont pris position dès dimanche sur les principaux axes routiers.