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Et de deux ! C’est le deuxième recteur qui s’en va depuis l’arrivée de Vincent Peillon rue de Grenelle, le 17 mai. Martine Daoust, rectrice de Poitiers, a présenté sa démission il y a quelques jours.
En juin, le recteur de Paris, Patrick Gérard, avait demandé à être relevé de ses fonctions. Une méthode plus en adéquation avec les us et coutumes du ministère de l'éducation nationale que le coup d’éclat choisi par Mme Daoust.
François Weil, recteur de Paris
Patrick Gérard, ex-directeur de cabinet de Gilles de Robien rue de Grenelle et de Rachida Dati à la justice, a donc été remplacé le 18 juillet par François Weil, qui présidait l’EHESS depuis 2009. Une première nomination symbolique dont le ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon, se félicite. « Nous avons besoin d’universitaires au parcours brillant, qui ont apporté beaucoup dans leur champ disciplinaire », confiait-il récemment. Avec son parcours très international, son travail sur le PRES Hesam, un court passage au cabinet de Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recheche entre 2000 et 2002, François Weil incarne le recteur de l’ère Peillon.
Alors que se prépare pour le prochain conseil des ministres (vendredi 28 septembre), ou le suivant (mercredi 3 octobre), un premier mouvement de recteurs, quelques profils comme le sien pourraient entrer dans le jeu.
Pas de chasse aux sorcières
Le cabinet du ministre, qui travaille depuis l’été sur l’élaboration d’une liste de nouvelles nominations et le transfert de quelques recteurs d’une académie à une autre, s’est fixé un cahier des charges très exigeant.
D’abord, il a souhaité « laisser les équipes en place assurer la rentrée », comme on l’explique dans l’entourage de M. Peillon. Ce qui oblige les conseillers du ministre à avoir un œil vigilant sur le terrain et à rectifier quelques priorités peu compatibles avec ce qui était souhaité dans sa "Lettre à tous les personnels de l'éducation nationale". Ainsi, un recteur qui continuait à mettre en avant les internats d’excellence – oubliant sans doute que c’était un produit phare de l’ère Sarkozy – a été prié de revoir la hiérarchie de sa rentrée…
L’entourage du ministre souhaite aussi un mouvement qui ne donne pas l’impression d’une chasse aux sorcières, mais soit suffisamment large pour donner une nouvelle teinte dans le paysage. Un savant dosage à côté duquel il faut mettre des noms. L’affaire est délicate, d’autant qu’il n’est jamais acquis qu’un bon universitaire – eût-il le cœur à gauche – fasse un bon recteur.
Dans la liste des recteurs en poste, on cherche en vain ceux qui, marqués à gauche, auraient conservé leur fonction sous Xavier Darcos puis Luc Chatel. Il y a quelques mois, on aurait pu citer Christian Nique et Jean-Paul de Gaudemar. Le second conseille Jean-Marc Ayrault.
Le vivier n’est pas si large
Depuis la création de la fonction rectorale par Napoléon Ier il y a deux siècles et jusqu'au 30 juillet 2010, il faut être titulaire d'un doctorat pour postuler. Aujourd'hui, jusqu'à 20 % des postes sont ouverts aux secrétaires généraux du ministère ou aux directeurs d'administration centrale. Philippe-Pierre Cabourdin, nommé par Luc Chatel en avril 2011, est le premier à bénéficier de cet élargissement du vivier. Il s'agit de répondre au départ en retraite sous trois ans d'un tiers des actuels patrons d'académies, mais plus encore aux mutations de la fonction.
Le métier de recteur est devenu difficile. Il n’est pas aussi bien rémunéré que d’autres hauts fonctionnaires et requiert une longue liste de compétences où figure en bonne place la capacité à gérer. « C'est une mission passionnante mais très physique, rappelait dans un article du "Monde" du 14 avril 2011 Alain Boissinot, chargé du plus gros rectorat de France, celui de Versailles, et doyen dans son poste. Epuisante parfois. Un vrai travail de terrain où l'on rencontre des publics très différents, du proviseur à l'élève en passant par les syndicalistes. Ce qui, au ministère, reste un problème théorique a un visage. Et puis, on voit d'une année sur l'autre les conséquences de ses décisions. On les mesure. »
Sous Luc Chatel, les recteurs ont encore hérité d’une responsabilité supplémentaire. Et peu populaire. Les coupes budgétaires n’étaient plus décidées au ministère, à Paris, mais faites sur propositions des recteurs. Comme leur rémunération comporte une part variable importante de prime, le grand public les a assimilés à des chasseurs de primes qui peuvent arrondir leurs revenus en faisant du zèle !
Faut-il être de gauche pour être recteur ? Alain Boissinot, recteur de Versailles interrogé pour la même enquête, renvoyait la question à son interlocuteur : « Des recteurs de droite ou de gauche ? Je ne sais pas ce que c'est. Un haut fonctionnaire est au-dessus des partis. » Luc Chatel ministre de l'éducation nationale aura, en deux ans, renouvelé la moitié des trente recteurs de France.
Maryline Baumard