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Une session extraordinaire pour le retour des emplois-jeunes. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a annoncé que le Parlement reprendra ses travaux plus tôt que prévu pour examiner le projet de loi visant à créer 150 000 emplois d’avenir en 2013 et 2014. L’urgence est là, avec environ 120 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme, et dont le taux de chômage dépasse les 45% dans les quatre années suivantes.
Comme le relate les Echos, le dispositif s’adresse aux jeunes de 16 à 25 ans «sans qualification ou peu qualifiés», habitant en priorité les zones urbaines sensibles (ZUS). Un CDD ou un CDI pourra être conclu avec l’employeur. Si celui-ci appartient au secteur public, l’Etat prendra en charge 75% du coût du contrat durant un à trois ans. S’il s’agit d’un employeur privé, la subvention devrait être moindre, afin de limiter l’effet d’aubaine, c’est-à-dire le fait de recourir à cette solution meilleur marché alors que l’on envisageait de toute façon de créer le poste. Le gouvernement souhaite lancer 100 000 emplois d’avenir en 2013 et 50 000 en 2014, pour un coût estimé à 1,5 milliard d’euros en rythme de croisière.
Le traitement social du chômage, par le biais d’emplois aidés, n’est pas nouveau. Depuis les TUC (Travaux d’utilité collective) de Laurent Fabius en 1984, les responsables politiques français ont inventé une série de dispositifs à l’intention des jeunes. Pour Pierre Boisard, sociologue à l’IDHE (Institutions et dynamiques historiques de l'économie, ENS Cachan), la version Ayrault 2012 est adaptée à la conjoncture économique : «La situation de la croissance et de l’emploi est très difficile, et il y a peu de perspectives immédiates. Dans ce cas, il y a trois solutions : 1) que l’Etat n’intervienne pas, c’est ce que prônent les libéraux ; 2) faire des efforts sur l’innovation, la recherche et le développement : c’est dans le programme du gouvernement, mais les effets se feront sentir à plus long terme ; 3) agir à très court terme, et dans ce cas, la seule marge de manœuvre, ce sont les emplois aidés.»
Viser le secteur public, comme le gouvernement semble vouloir le faire, a l’avantage d’avoir un «effet très rapide sur le chômage», développe Pierre Boisard. L’influence sur le secteur marchand est elle plus aléatoire, en raison du fameux effet d’aubaine. Comme le résume Gérard Cornilleau, économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), il n’y a de toute façon pas de solution aussi peu onéreuse que les emplois d’avenir pour diminuer le chômage : «D’abord parce que cela concerne de très bas salaires, ensuite parce que cela ne coûte à l’Etat que la partie nette du salaire, puisque le reste revient dans ses caisses par la suite.»
C’est tout le débat. Un rapport de la Cour des comptes daté de 2011 a montré «l’efficacité très décevante des contrats aidés pour favoriser l’insertion professionnelle». Ainsi, moins de la moitié des bénéficiaires de contrats aidés dans le secteur public ont un emploi six mois après leur fin de contrat, souligne les Echos. «C’est une bonne chose de mettre le pied à l'étrier à un public condamné au chômage, précise Pierre Boisard. Mais dans ces politiques d’emploi, le diable se niche dans les détails. La même politique peut donner des résultats très différents.» La nature de la formation apportée durant le contrat d’avenir et les compétences gagnées sont décisives pour permettre aux bénéficiaires de garder un travail à l'issue de leur contrat.
«Il faut reconnaître que les emplois aidés dans le secteur marchand ont souvent plus d’effets positifs durables, note Pierre Boisard. Quand l’entreprise est contente de son salarié, elle va le garder. Alors que dans le secteur public, cela dépend des budgets.» Selon le sociologue, la France manque dans ce domaine d’une stratégie d’accompagnement des bénéficiaires de contrats aidés. «On favorise souvent un traitement rapide et purement comptable du chômage, mais on manque d’outils sur le long terme pour accompagner les gens. On n’a pas suffisamment de traitement de terrain, on ne va pas dans le concret. Ainsi, laisser piloter ces politiques de contrats aidés par les préfets, comme on l’a fait par le passé, c’est inefficace.»
Gérard Cornilleau souligne de son côté le «risque de déséquilibre» lié aux contrats d’avenir : «Ils ne pourront pas remplacer une politique de croissance, explique-t-il. Si l’idée principale, défendue aux niveaux français et européen aujourd’hui, c’est de lutter avant tout contre les déficits et d’occuper les chômeurs en attendant, ça ne marchera pas. Sinon, les jeunes sans qualification retrouveront leur place habituelle lorsque l'économie reprendra un rythme normal. On ne peut pas se passer d’une politique de l’emploi.»
La CFDT a posé mercredi «plusieurs exigences» sur la mise en oeuvre des emplois d’avenir, dont le projet sera présenté le 29 août en Conseil des ministres, demandant notamment que soient assurés «la création d’emplois pérennes» et un accompagnement des jeunes.
Laurent Berger, secrétaire général adjoint de la CFDT, demande dans un communiqué que ces emplois d’avenir ne soient «ouverts que sur le développement de champs professionnels à potentiel de croissance durable dans le public, l'économie sociale et à titre expérimental dans le privé, en particulier dans le domaine environnemental». Il appelle le gouvernement à «définir au préalable les "secteurs d’avenir" qui seront la priorité des emplois d’avenir».
Le responsable cédétiste souligne que «les emplois d’avenir doivent s’adresser en priorité aux jeunes éloignés de l’emploi et à ceux issus des territoires défavorisés (urbains et ruraux)».
«L’emploi d’avenir doit inscrire le jeune dans un parcours professionnel sécurisé et ascendant en termes d’accompagnement et d’accès aux compétences. Cet accompagnement doit être réalisé par les missions locales», ajoute Laurent Berger, exigeant que le suivi de ce dispositif «implique les partenaires sociaux au niveau national et sur les territoires».
Le projet de loi, qui sera examiné au Parlement fin septembre, vise à créer 150 000 emplois d’avenir pour les jeunes peu ou pas qualifiés des quartiers en difficultés ou des zones rurales enclavées.
Subventionnés de 1 à 3 ans par l’Etat à hauteur de 75% environ, ces emplois pourront être des CDI ou des CDD et seront ouverts aux jeunes de 16 à 25 ans.
(AFP)
Le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, s’est déclaré mercredi dans l’attente «de précisions sur les orientations économiques et sociales» du gouvernement, ajoutant ne pas être «trop rassuré aujourd’hui». «On est surtout dans l’attente, dans l’attente de précisions. Je ne suis pas trop rassuré aujourd’hui», a affirmé Jean-Claude Mailly sur France Info.
«On va évoquer les emplois d’avenir ou les contrats de génération. Est-ce que le gouvernement va être focalisé, comme l’ancienne majorité, sur l’allègement du coût du travail? Que va-t-il faire sur le pouvoir d’achat ?», s’est interrogé le leader syndical. «C’est toute une série d’incertitudes, je crains fort qu’on ne revienne dans les schémas classiques de politique économique», a-t-il ajouté.
Pour Jean-Claude Mailly, «les emplois d’avenir, ce sont des contrats aidés, comme il y en a eu d’autres». «Ce sont des emplois subventionnés, ça ne règle pas le problème» du chômage des jeunes, a-t-il estimé.
Le projet de loi visant à créer 150 000 emplois d’avenir à partir de 2013 pour les jeunes peu qualifiés sera présenté au Conseil des ministres la semaine prochaine et au Parlement fin septembre.
Au sujet des contrats de génération, qui doivent favoriser l’embauche en CDI des jeunes et le maintien en emploi des seniors, Jean-Claude Mailly s’est dit «prêt à négocier» et «notamment pour définir les métiers concernés».
«Le transfert de savoir entre un ancien et un jeune, ce qu’on appelle le tutorat, ça peut être quinze jours dans un cas, ça peut être six mois dans un autre, ça dépend du type de métier», a-t-il estimé. «On va bien vérifier que c’est bien quelque chose d’individualisé, (...) que ce n’est pas une politique globale de maintien de l’emploi des seniors», a-t-il ajouté.
En revanche, le leader de FO a exclu toute discussion sur «la flexibilité» du travail. «L’heure n’est pas à la flexibilité mais au pouvoir d’achat», a-t-il dit.
(AFP)