Comme si l’affaire Cahuzac ne suffisait pas, voici maintenant les investissements offshore de l’ancien trésorier de campagne du candidat François Hollande. Selon des documents que Le Monde s’est procuré, Jean-Jacques Augier serait actionnaire de deux sociétés dans les îles Caïmans, un paradis fiscal, par le biais de son holding financier Eurane.
"L'enquête conduite par Le Monde, sur la base des fichiers du consortium d'investigation américain ICIJ, a permis d'établir qu'une société dénommée International Bookstores Limited a été constituée en 2005 par plusieurs actionnaires, dont M. Augier, dans ce paradis fiscal des Caraïbes sous souveraineté britannique", explique le quotidien dans une enquête réalisée par Anne Michel et Raphaëlle Bacqué.
Légalité et moralité
Si Jean-Jacques Augier confirme les faits, il précise toutefois ne pas avoir de compte bancaire personnel ouvert dans ce paradis fiscal "ni investissement direct dans ce territoire". Et d’ajouter que tous ses investissements n’ont rien d’illégal. "J'ai investi dans cette société par l'intermédiaire de la filiale d'Eurane en Chine, Capital Concorde Limited, un holding qui gère toutes mes affaires chinoises, précise ce proche du chef de l'Etat. L'investissement dans International Bookstores apparaît au bilan de cette filiale.
Le quotidien s’interroge sur la légalité des activités internationales de cet ancien polytechnicien et énarque, patron des taxis G7 pendant 13 ans. Si aucun élément ne permet pour le moment de remettre en cause des opérations que le principal intéressé présente comme légales et déclarées, se pose toutefois la question éthique de pareils montages financiers, "cautionnant ainsi l’opacité financière des territoires offshore".
Une enquête mondiale
Cette enquête s'inscrit dans une démarche commune à plusieurs autres titres de presse dans le monde, dont The Guardian.
Selon le quotidien britannique, ces informations représentent "le plus important stocks d'informations venues de l'intérieur sur le système des sociétés off-shore, jamais obtenu par des médias". Le journal précise toutefois que son article "ne suggère pas que les personnalités citées ont enfreint la loi".
Le Guardian fait partie d'un réseau de 36 médias internationaux ayant eu accès, grâce à l'ICIJ, à des informations ayant fuité de deux sociétés offrant des services "offshore": l'une basée à Singapour, l'autre dans les Iles vierges.
D'après le Guardian, le consortium se serait procuré un disque dur incluant "deux millions d'emails" et des informations sur "122.000 sociétés off-shore et quelque 12.000 intermédiaires".

