La campagne Ide tartozunk ne rejette pas l’identité hongroise et insiste au contraire sur la possibilité de déclarer une double-identité, hongroise et tsigane. [Le questionnaire du recensement mentionne d’ailleurs de façon explicite que ces questions sensibles portant sur l’identité ethno-nationale et religieuse sont facultatives]. Mais la volonté du mouvement est clairement de faire émerger chez la minorité rom un sentiment d’appartenance commune. Il est à ce jour très peu développé, soit qu’il n'existe pas, soit qu’il est refoulé par peur de représailles et de discriminations.
« Nos femmes et nos filles se teignent les cheveux en blond pour ressembler aux gadjé, les hommes jettent le nom de leur père car il sonne trop tsigane, nos intellectuels abandonnent nos traditions parce qu'ils en ont honte », dénonce Béla Radics, l’un des activistes les plus en vus de cette campagne.
Pour lui, à l’instar du « Black Power » aux États-Unis dans les années 60-70, l’amélioration du sort des Roms de Hongrie passe par l’affirmation de la fierté rom. « Nous devons savoir combien d'entre nous vont déclarés avec fierté et courage leur origine, parce que ce sera la masse sur laquelle nous pourrons compter pour notre combat pour nos droits civiques », proclame-t-il, tout en reconnaissant volontiers que la situation des Roms en Hongrie n’est pas aussi grave que ne l’était celle des Noirs américains. Est-il nationaliste ? « Oui, mais du bon côté. Nous ne voulons de mal à personne », précise-t-il.
Ce vaste projet ne fait pas l’unanimité cependant. Dans un article publié dans le journal Hirszerzö et intitulé « Si vous êtes Tsiganes, je ne suis pas des vôtres ! », l’intellectuel rom István Forgács a violemment condamné ce qu’il considère être une tentative de création d’une identité exclusive et fondée sur le rejet de la majorité hongroise.
L’intégration ne devrait pas passer selon lui par des revendications identitaires mais se faire sur une base locale et individuelle. Selon lui, l’idée même d’englober les Tsiganes de Hongrie dans un même ensemble est absurde. « Nous ne sommes pas unis, nous ne l’avons jamais été. Nous n’avons pas de conscience collective, pas de poète visionnaire, nous ne partageons pas de valeurs communes. La « tsiganitude » elle-même n’existe pas. Et tant qu’il en sera ainsi, nous ne méritons pas de peuple, de nation, ou quoi que ce soit de semblable », écrit-il. La presse d’extrême-droite l’a applaudi des deux mains.