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Il a trouvé une «combe» où le téléphone portable ne passe pas. Il y passe un mois, puis l’autre sur l’île de Ré, un peu plus peuplée l’été. Le business angel, star du Net et serial entrepreneur (iFrance revendu à Vivendi, Meetic, le site de rencontres, celui d’optiques à bas coûts Sensee) et multi-investisseur au travers de Jaïna Capital, Marc Simoncini, échoue «dans la verdure» pendant les premières semaines de la trêve estivale. Il y cultive la lecture «pas sur tablette, que du papier!» – «Nous sommes tous des cannibales», de Claude Lévi-Strauss, ou le «Journal d’un corps», de Daniel Pennac –, les amis, comme Patrick Bruel son voisin, «mais ne joue surtout pas au poker», le hobby du chanteur.
«Pas de vie mondaine» pour autant, de vraies vacances, ou presque. Il avale des kilomètres à vélo, avec pour défi annuel de grimper les 1.912 mètres du mont Ventoux en rapprochant son chrono de celui du Tour de France – «2h30, c’est pas brillant..», assure-t-il –, fait le taxi pour ses deux garçons de retour de camp d’été en Suisse.
Mais le cerveau reste connecté à ses bases. Chaque vendredi, il revient à Paris, «pour ne pas être décalé. Comme je suis 33 sociétés du portefeuille Jaïna, j’ai quand même du mal à déconnecter réellement!» Notamment depuis cet été de 2003, où, payé en actions Vivendi pour le rachat d’iFrance, il se retrouve ruiné et obligé d’annoncer à sa femme qu’il doit vendre leur maison de vacances et passe son temps les yeux rivés sur le cours de Bourse de celui qui devait lui assurer de vivre des jours heureux pour longtemps. Mais le vent est vite revenu dans son dos. «La vie m’a donné l’opportunité de pouvoir faire construire une nouvelle maison à l’île de Ré, dans le même village...»
Le PDG de la Société Générale a des plaisirs simples qui rompent avec son quotidien trépidant. «J’ai trois jeunes enfants de sept, cinq et deux ans: voyager dans des contrées exotiques est compliqué», explique Frédéric Oudéa. L’été se passe donc au bord de la mer entre la Côte d’Azur et La Baule. «C’est l’occasion de me remettre en forme en faisant beaucoup de sport, principalement du tennis et nager dans la mer. Je fais aussi du foot avec mes garçons sur la plage et un peu de vélo», précise-t-il. Les règles du rugby, que sponsorise son groupe, sont en revanche encore un peu trop compliquées pour ses jeunes enfants!
S’il ne prend pas l’avion pendant ses heures d’oisiveté, Frédéric Oudéa n’en voyage pas moins... dans le temps. «J’épluche “La Gazette Drouot” et je consulte des sites d’antiquaires. Mon intérêt est très virtuel car j’achète peu mais c’est très intéressant de découvrir au travers d’un commissaire-priseur l’histoire d’un objet passé de mains en mains», explique cet amoureux des cabinets XVIIe et des commodes XVIIIe. Et de raconter l’histoire d’un coffre japonais de Mazarin récemment passé en vente à Cheverny, estimé 200.000 euros et vendu 7 millions au Rijskmuseum à Amsterdam. «Il avait été retrouvé dans une famille qui s’en servait comme minibar!», s’étonne-t-il encore.
Cette passion lui vient de ses parents qui achetaient de la faïence et l’emmenaient avec son frère dans les musées admirer les peintres flamands. Petit à petit, il a élargi son champ d’investigation désormais jusqu’à l’art moderne que supporte la Société Générale en achetant chaque année des œuvres. Il n’a toutefois pas fait le grand saut, comme son frère. Ancien banquier marié à une Singapourienne, ce dernier s’est en effet lancé dans le commerce d’antiquités en ouvrant une galerie d’art à Singapour.
Rien de superfétatoire l’été mais de l’ingénierie bien huilée comme le reste de l’année. Erik Maris, voltigeur du M&A, une douzaine de deals en un an à son actif avec Jean-Marie Messier, n’a pas plus de temps pour lui en vacances que les jours ouvrés. «Je passe mon temps à m’occuper de ma femme et de mes enfants au Lavandou dans le Sud, cinq à six semaines», affirme le financier. Il se dit «sans hobbies particulier», «parti le plus longtemps possible» et «sans voir personne» du microcosme des affaires parisien, «sauf des copains». Le second mois encore est pour la famille, un grand voyage avec les sept enfants, au Brésil cette année.
En réalité, ses vrais temps morts sont avant ou après l’été. Il s’offre une course, si possible mondiale (sa dernière était le championnat du monde en Italie en juillet) de catamaran Formule 18 (un Cirrus R), ou une course automobile (historiques et modernes). Pas de demi-mesure dans les disciplines là non plus. Sur mer, il s’est offert le titre de champion du monde de Mumm 30 en 2006, a participé au circuit Extreme Sailing pendant plusieurs années en très spectaculaire catamaran de 12 mètres et l’année dernière, il a alterné la barre avec Loïc Peyron. Sur les routes, même ambition: faire les 24 Heures du Mans...
S’il aime les grands voyages, François Pérol, président du directoire du groupe BPCE, a l’habitude de prendre ses quartiers d’été en Savoie. Il y possède un chalet dans des alpages isolés au-dessus de Sainte-Foy-Tarentaise, entre Bourg-Saint-Maurice et Val-d’Isère. «Je pars avec un guide, toujours le même. L’an dernier, nous avons traversé les arêtes de Rochefort», raconte sans formalité François Pérol. Une ascension glaciaire à près de 4.000 mètres sur une arête aérienne du massif du Mont-Blanc réservée aux alpinistes chevronnés. «J’aime les courses de rocher. ça me coupe de mes préoccupations et ça me remet en forme physique... Je vais y aller progressivement et cet été je ferai peut-être la Meije, dans le bassin de l’Oisans», des sommets en bordure nord-ouest du massif des Ecrins. Pour pratiquer son sport favori, François Pérol est parti trois semaines en août. Avec iPhone et iPad, qu’il «regardera de temps en temps». Ses vacances, c’est aussi un programme de lectures, mais qui à ce stade n’est pas arrêté. «Je ne vais pas vous dire que je vais relire Proust cet été», prévient-il dans un rire.
L’été, le président du fonds d’investissement français Astorg se dévoue aussi au vélo. «sur les routes des Cévennes dans le pays protestant de mes origines familiales» et «dans les montagnes de Savoie», précise-Xavier Moreno. Il cite aussi «l’art d’être grand-père dans les forêts et au bord des étangs du Morvan», ainsi que la marche et le golf mais revient toujours «au vélo». Avant de se lancer dans une longue envolée: «En un mot, parcourir les routes de France à vélo c’est savourer des paysages, des odeurs, des lumières, des sons, toujours changeants, plus rapidement qu’en marchant mais moins vite et sans bruit ni odeur parasite qu’avec des engins motorisés. Quand l’exercice est collectif on vit en plus la solidarité du peloton, les relais en tête pour couper le vent des autres, le confort de l’aspiration quand on se laisse glisser derrière. En plus, nos concitoyens, dans leur très grande majorité, ont une sympathie spontanée pour le cycliste, ce qui facilite les rencontres dès qu’on fait une pause.» Mais, précise-t-il, «j’ai peu de chance de rencontrer mes contreparties de la finance parisienne l’été». Et de reprendre sur son élan «sur le plan sportif, rouler plusieurs heures à son rythme permet de faire des efforts intenses mais qui ménagent le corps et le cœur…». C’est évidemment une discipline qu’il ne réserve pas au mois d’août. «Le premier défi sportif, c’est de ne pas régresser en roulant suffisamment tout au long de l’année. Et quand on sent la forme progresser, raccourcir le temps mis pour un parcours ou une ascension habituels suffit à satisfaire le compétiteur qui sommeille en chacun de nous.»
C’est à l’extrême pointe du Finistère sud, un coin de bout du monde campé entre les baies d’Audierne et de Douarnenez, que Jean-Pierre Denis aime passer ses étés. Le président du groupe Crédit Mutuel Arkéa et du Crédit Mutuel de Bretagne, y situe «depuis toujours» son centre de gravité, dans la maison familiale où il a vécu enfant, face à l’océan. Pas de dépaysement, mais un mois d’août au rythme des marées. «J’adore nager dans de l’eau bien fraîche, à 18° C, c’est parfait!», annonce celui qui commence et termine ses journées par une longue baignade. Le programme de vacances de Jean-Pierre Denis tourne essentiellement autour du sport, entre marche nordique sur les sentiers côtiers et VTT sur les chemins de campagne. Son goût de la Bretagne se prolonge toutefois dans l’assiette, puisqu’il «aime faire le marché le matin, cuisiner et recevoir avec des produits authentiques». «On trouve près de chez moi les meilleurs pêcheurs de bar de ligne», assure-t-il, tout en donnant sa préférence au lieu jaune, un poisson qui s’accommode mal du transport et ne se savoure réellement, selon lui, qu’en bord de mer. En visitant il y a quelques jours sa bibliothèque, le banquier breton est tombé sur le livre d’Antoine Blondin «Tours de France. Chroniques intégrales de “L’Équipe”, 1954-1982», dans lesquelles il se plonge quand il ne feuillette pas le quotidien sportif lui-même. La maison de famille, c’est aussi le temps partagé avec ses quatre enfants. Il part, pendant ces quelques semaines d’accalmie, «à leur reconquête».