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Libye: après Kadhafi, éviter le chaos...

Libye: après Kadhafi, éviter le chaos...

Régis Soubrouillard - Marianne | Lundi 22 Août 2011 à 15:01 | Lu 3172 fois

Parvenus à entrer dimanche dans Tripoli, les insurgés sont désormais confrontés aux derniers fidèles du Colonel Kadhafi aux abords de son Quartier Général. Face à la confusion de la situation, l'Union Européenne a déjà entrepris de fixer une feuille de route pour la construction de la Libye nouvelle, afin que le succès militaire ne se transforme pas en chaos politique.


 

Libye: après Kadhafi, éviter le chaos...
Six mois d’une insurrection laborieuse avant la progression décisive vers Tripoli. Le « revirement » de la tribu arabe des Zintan, l’une des plus importantes de Libye, aura été décisif.
Engagée jusque là dans un processus de négociations avec Kadhafi, la tribu des Zintan qui a rallié la rébellion tardivement a effectué les percées les plus importantes comme l’expliquait ce matin
l’ancien ambassadeur français en Libye Patrick Haimzadeh au micro de RFI
 : « Ils ne sont pas entrés tout de suite en rébellion. Il y a eu d’abord une phase de neutralité, puis d’opposition non armée, comme c’est souvent le cas dans le système bédouin, où finalement on ne prend les armes que quand toutes les autres voies de négociations et de discussion ont été écartées. Et donc, cette tribu des Zintan est vraiment entrée dans la lutte armée au mois d’avril, début avril. Donc il aura fallu le temps, effectivement, pour avoir un rapport de force en leur faveur ».
Une avancée surprise qui fait suite au déclenchement de l’opération Sirène déclenchée par les rebelles.


Pour Nicolas Sarkozy, « l’issue ne fait plus de doute », le Président de la République a définitivement lâché celui qui, jadis, plantait sa tente dans les jardins de l'hôtel Marigny. Dans un communiqué, l'Elysée «   exhorte le colonel Kadhafi à éviter à son peuple de nouvelles souffrances inutiles en renonçant sans délai à ce qui lui reste de pouvoir et en ordonnant immédiatement à celles de ses forces qui lui sont encore loyales de cesser le feu, de déposer les armes, de regagner leurs casernements et de se mettre à la disposition des autorités libyennes légitimes ».  
Alors que circulent les rumeurs d'un éventuel exil vers le Venezuela ou l'Afrique du Sud, la Cour pénale internationale (CPI) discute avec les rebelles libyens du transfèrement de Seif al-Islam, un fils du colonel Kadhafi recherché pour crimes contre l'humanité et arrêté à Tripoli par les rebelles.

Plus que tout, les observateurs craignent un succès militaire suivi d’un chaos politique.
Interrogé en juillet dernier par Marianne2.fr, Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire de la Défense entrevoyait déjà l’issue à venir : « L’issue politique dépendra du fait que les alliés de Kadhafi se retourneront contre lui parce qu’il ne pourra plus les payer ».

Si les jours du régime sont comptés, la partie politique qui s'annonce pourrait se révéler au moins, sinon plus délicate à jouer : « ce qui risque de se passer après peut être beaucoup plus compliqué à gérer.  Il faudra installer une nouvelle constitution. Nous avons vu le succès de ces démarches dans des sociétés tribales comme en Afghanistan et en Irak. Ce sont des pays où il n’y a pas de sentiment national. Ils ne négocieront pas sur le thème : « la Libye doit redevenir une puissance régionale ». C’était le rêve de Kadhafi. Les chefs tribaux auront bien plus en tête la distribution des ressources, le pouvoir des tribus etc.. Malgré tous ses défauts, Kadhafi assurait une certaine sécurité. Les Libyens étaient des sujets. En démocratie, ils deviennent des citoyens et ils ont des droits. Notamment le droit de décréter pour des raisons X ou Y que leur tribu est supérieure à une autre. De fait, le risque de guerre civile est important. C’est ce qu’il se passe en Afghanistan. Stabiliser la Libye sera une opération d’une autre ampleur que l’intervention elle-même compte tenu des stocks d’armes qui circuleront ».

Opération reconstruction...
L’Union européenne a déjà fait savoir qu’elle entendait bien prendre sa part dans la reconstruction de la Libye. Le State Building, c’est même l’une des spécialités du Service Européen d’Action Extérieure.

Spécialiste des questions européenne et de défense, sur son blog Bruxelles2, le journaliste Nicolas Gros-Verheyde détaillait l’ampleur des opérations à venir : « il va falloir à la fois un package complet d’aide pour favoriser le redémarrage économique de la Libye et sa stabilité : une assistance technique, le soutien à la démocratie, à la réforme des services de sécurité, au retour des réfugiés et personnes déplacées, etc. « Nous sommes là – explique un haut diplomate européen – dans le coeur de métier de l’Union européenne, le State Building, une spécialité du SEAE ». L’UE étudie actuellement toutes les options, y compris celles menant à un déploiement d’hommes sur le terrain dans le cadre une opération de la PeSDC. Cette mission devrait bien entendu s’inscrire dans un mandat précis des Nations-Unies (donné par une nouvelle résolution) ».

Le tout dans un contexte d’insécurité impossible à évaluer tant il est difficile aujourd'hui dans ce soulèvement populaire de distinguer la véritable aspiration démocratique de la fin d'une certaine alchimie tribale que Kadhafi parvenait malgré tout à préserver.  
La tribu des Zintan pourrait rapidement se rappeler au bon souvenir d’un CNT fragilisé. C’est un tout autre combat qui s’annonce…
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