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Mali : Ibrahim Boubacar Keïta, le président introuvable

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Le Point.fr - Publié le <time datetime="2013-08-13T17:38" itemprop="datePublished" pubdate=""> 13/08/2013 à 17:38</time> - Modifié le <time datetime="2013-08-13T17:50" itemprop="dateModified"> 13/08/2013 à 17:50</time>

Homme de poigne intègre, politicien aguerri déjà trois fois candidat à la présidentielle, IBK aura la lourde tâche de remettre son pays sur les rails. Portrait.

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Ibrahim Boubacar Keïta, nouveau président du Mali.

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Ibrahim Boubacar Keïta, nouveau président du Mali. © ISSOUF SANOGO / AFP

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Il ne faudrait pas se fier à ses airs de Raminagrobis, à ses manières policées et à son exquise courtoisie. Ibrahim Boubacar Keïta, 68 ans, vainqueur de l'élection présidentielle du 11 août au Mali, est un homme à poigne, un nationaliste farouche qui n'apprécie que moyennement la présence de troupes étrangères sur son sol natal. Mais aussi un socialiste au discours franchement conservateur. Bref, un condensé du rêve malien en ce mois d'août 2013, après deux ans de troubles et de guerres fratricides dans la moitié nord du pays, tombée sous la coupe des djihadistes.

"IBK" comme l'appellent les Maliens, n'est pas un inconnu. C'est un personnage aux multiples facettes. Côté cour, cet homme grand et massif, doté de lunettes à fines montures, est un latiniste distingué passé par Janson de Sailly, la Sorbonne, l'université de Paris-Tolbiac - où il enseigna - et le CNRS. Vingt-six ans de ce côté-ci de la Méditerranée l'ont marqué et lui ont laissé une réputation de dilettante et de bon vivant (voire de noceur), ne dédaignant pas la dive bouteille et les gros cigares. Il a 41 ans lorsqu'il rentre à Bamako. Le pays est alors en ébullition et se révolte contre Moussa Traoré, le dictateur qui finira par tomber en 1991. IBK devient un des conseillers du premier président démocratiquement élu du Mali, Alpha Oumar Konaré, puis son ministre des Affaires étrangères et son Premier ministre de 1994 à 2000.

Intégrité et poigne

Côté jardin, une fois au pouvoir, IBK le lettré se révèle être un dur. Sous son gouvernement, les révoltes étudiantes sont sérieusement matées, et il envoie en prison quelques opposants turbulents. Tant et si bien que son parti, l'Alliance pour la démocratie au Mali (Adema), lui refuse, en 2000, l'investiture pour la présidentielle de 2002. IBK fonde alors le Rassemblement pour le Mali (RPM), mais il échoue à l'élection de 2002 (il arrive en troisième position à l'issue du premier tour) et ne remporte que 19 % des voix au second tour de la présidentielle de 2007, alors qu'il est président de l'Assemblée nationale (2002-2007). Peu importe. Il décide de repartir au combat. Ce sera le dernier, promet celui que ses partisans appellent "Kankeletigui", l'homme qui n'a qu'une parole en bambara.

La troisième fois sera la bonne. Excellent tacticien, IBK a réussi la quadrature du cercle. Issu du sérail et homme politique depuis quinze ans, il est néanmoins parvenu à se créer une image de candidat de la rupture pour avoir rompu avec le régime corrompu précédent en 2006. Sa réputation d'intégrité et d'homme à poigne rassure dans un pays déboussolé par la guérilla islamiste qui a coupé le pays en deux. Être né au sud du pays, dans la région de Sikasso, est un avantage pour les méridionaux, de loin les plus nombreux au Mali, où de nombreux habitants regardent encore avec suspicion leurs concitoyens du nord, surtout s'ils sont touareg.

Deux grands dossiers

Parallèlement, il obtient le soutien tacite des religieux, faisant oublier son ancienne réputation de bon vivant et inquiétant les plus laïques du pays, qui l'ont entendu avec surprise émailler ses discours électoraux de nombreux versets du Coran. Après la mosquée, c'est l'armée qui s'est prononcée en sa faveur. On se souvient soudain à Bamako qu'il a été le seul homme politique qui ne fut pas inquiété lors du coup d'État du capitaine Sanogo, en mars 2012. Cerise sur le gâteau, IBK est bien vu de la communauté internationale, et en particulier de la France, qui parie sur ses compétences et son honnêteté. Membre de l'Internationale socialiste, il entretient d'anciennes relations avec Laurent Fabius et François Hollande, et dit fort bien s'entendre avec Manuel Valls.

Élu, IBK l'homme providentiel va devoir s'attaquer à deux grands dossiers. Le plus urgent sera de régler le problème du nord du pays, et en particulier des Touareg liés au Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA). Ces derniers temps, dans leur fief de Kidal, ils évoquaient encore l'indépendance de leur région. IBK n'est pas nécessairement le mieux placé pour y réussir. Farouchement nationaliste, il risque de se heurter aux volontés irrédentistes et au minimum très fédéralistes du MNLA.

Deuxième grand dossier : la décentralisation. Pour parvenir à apaiser le Mali, il va falloir donner plus d'aide économique, construire des infrastructures et créer des emplois dans le nord du pays, sans pour autant oublier de régler les problèmes de grande pauvreté des Maliens qui vivent dans les zones les plus peuplées du sud. Une véritable gageure. Pour IBK, le plus dur commence.

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