"L'invitation de François Hollande à Stralsund est certainement un signe de reconnaissance et d'estime de la part de Mme Merkel", estime Henrik Uterwedde, politologue et vice-président de l'Institut franco-allemand à Ludwigsbourg, soulignant que la relation entre les deux dirigeants "est clairement devenue plus amicale" au fil du temps. La visite comportera ainsi de nombreux moments conviviaux : à peine arrivé vendredi en milieu d'après-midi, le président français embarquera avec la chancelière pour une croisière de trois heures sur la Baltique. Promenade et dîner en comité restreint sont ensuite au programme, tandis que samedi les deux dirigeants se promèneront côte à côte dans la ville de Stralsund.
La chancelière allemande invite régulièrement des chefs d'État et de gouvernement et d'importantes personnalités politiques dans cette petite ville classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Nicolas Sarkozy, qui avait au fil des années noué des relations de confiance avec la chancelière - on parlait à l'époque du couple "Merkozy" - n'y a, lui, jamais été convié.
Côté diplomatique, cette visite devrait être l'occasion pour les dirigeants des deux premières économies européennes d'avoir des discussions approfondies sur la crise ukrainienne et les prochaines échéances européennes, marquées par les élections du 25 mai. À deux semaines de ce scrutin, François Hollande et Angela Merkel "ont une responsabilité particulière dans les choix qui devront être faits" à l'issue de ces élections qui entraîneront le renouvellement des principales instances de l'UE, souligne-t-on dans l'entourage du président français. La succession de José Manuel Barroso à la tête de la Commission est notamment convoitée par le socialiste Martin Schulz, qui a les faveurs de Paris, et le conservateur Jean-Claude Juncker, candidat du Parti populaire européen (PPE).
"Nécessairement, ils vont se préparer à ces échéances, en discuter en termes de méthodes et de message pour que la France et l'Allemagne soient d'accord à chaque étape", souligne un diplomate français. Sur le plan économique, la venue de François Hollande intervient alors que les difficultés de la France à tenir ses engagements de réduction des déficits suscitent des inquiétudes outre-Rhin. De même, les récentes critiques de Paris sur le "niveau trop élevé de l'euro" ont irrité l'Allemagne.
La politologue Claire Demesmay, spécialiste des relations franco-allemandes au sein de la Société allemande de politique étrangère (DGAP), souligne toutefois que "ces divergences font partie des territoires classiques de confrontation entre les deux pays". Pour elle, cette rencontre de Stralsund peut en fait marquer l'entrée "dans une nouvelle phase de la relation bilatérale" avec "la clarification" du positionnement politique de François Hollande sur une ligne sociale-démocrate, clairement revendiquée par son nouveau Premier ministre Manuel Valls.
Sur la crise ukrainienne, il y aura nécessairement "une discussion approfondie sur la manière dont l'Europe doit continuer d'agir" en termes de sanction, indique-t-on dans l'entourage du président français. Dans ce dossier, estime Claire Demesmay, "il y a une vraie proximité dans l'analyse de la situation et une volonté franco-allemande "de travailler ensemble main dans la main". Le délicat sujet du groupe français Alstom, dont la branche énergie est convoitée par l'allemand Siemens et l'américain General Electric, devrait sans doute s'inviter dans les entretiens, mais sans publicité. "En général, les Allemands préfèrent laisser les entreprises seules discuter", relève un proche du dossier.