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Le Point.fr - Publié le <time datetime="2012-12-11T11:03" itemprop="datePublished" pubdate=""> 11/12/2012 à 11:03</time> - Modifié le <time datetime="2012-12-11T12:13" itemprop="dateModified"> 11/12/2012 à 12:13 </time>
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Arnaud Montebourg a versé dans l'ironie au moment d'évoquer l'affaire Florange. © Bob Edme / AP/Sipa
C'est un déjeuner comme il s'en déroule régulièrement dans le quartier européen de Bruxelles. Arnaud Montebourg est venu participer au Conseil compétitivité qui réunit les ministres de l'Industrie. Juste avant de se mettre d'accord avec ses homologues sur la création d'un brevet unique européen - après 30 ans de discussions ! -, le ministre du Redressement productif a voulu rencontrer une poignée de journalistes français, correspondants auprès des institutions européennes. Les diplomates ont prévenu : la conversation sera un mélange de "on" - on peut le citer - et de "off" - non attribuable.
Mais Montebourg se lâche. Au moment de quitter le restaurant, on l'interroge sur le statut de la discussion : "Tout est on", lance-t-il. Florilège des petites phrases assassines d'un tribun déstabilisé par l'affaire ArcelorMittal... "Florange ? Je laisse Ayrault s'en débrouiller. C'est son dossier maintenant. Vous voulez le numéro de portable de son directeur de cabinet ?" Le ton est donné : Montebourg balance entre ironie et coups de boule. "Le socialisme a été colonisé par le reaganisme. On a eu le blairisme, le zapaterisme. Il faut en finir." Voilà pour ses petits camarades...
Mais nous sommes "en Europe". C'est donc l'Europe libérale qui focalise l'attention du chantre de la démondialisation. L'automobile, d'abord : "Nos constructeurs sont très agressés par les constructeurs coréens. Fiat, Ford, PSA sont menacés. Savez-vous que les voitures coréennes sont garanties sept ans en Europe et trois ans seulement en Corée ?" On lui rétorque qu'ils le font parce qu'ils ont confiance dans leurs produits. Montebourg botte en touche et attaque la politique européenne du commerce, qui signe des accords de libre-échange avec des pays émergents sans y introduire de clause sociale, et sans s'assurer d'une bonne réciprocité.
"La politique européenne a été conçue il y a 50 ans, quand la mondialisation n'existait pas. Nous sommes les seuls à ne pas protéger nos marchés. Quand les États-Unis constatent des dégâts dans un secteur du fait des importations et d'une concurrence déloyale, ils taxent d'abord et discutent ensuite. Nous, on discute d'abord et on ne taxe jamais. Comme dit Hubert Védrine, nous sommes les idiots du village global."
Montebourg se présente en défenseur de toute l'industrie, de l'automobile à Bic. La Commission européenne va supprimer la taxe anti-dumping qui empêche les briquets chinois de se répandre en masse sur les marchés européens, au grand dam de Bic, qui menace de "réexaminer" son investissement de plusieurs dizaines de millions d'euros dans son usine de Redon. Selon la Commission, Bic vend ses propres produits avec une marge énorme, aux dépens des consommateurs. Réponse d'Arnaud Montebourg : "Il faut défendre le producteur. Le consommateur a tout eu pendant des années. Ça a conduit au désastre." Celui qui posait en photo avec une marinière bien de chez nous en est convaincu : "Les Français veulent de plus en plus acheter made in France."
Le ministre du Redressement productif est certain que son message est aussi en train de percoler dans l'Union européenne. Les nationalisations provisoires ? "Tout le monde s'y met ou s'y mettra." Mais Montebourg reconnaît n'avoir pas réussi à faire partager son idée d'imposer "un moratoire européen" sur les subventions aux investissements de capacité dans l'industrie automobile". Il lui faudra encore faire preuve de conviction. En aura-t-il le temps ? N'est-il pas un ministre en sursis à Paris ? "Quoi qu'il arrive, je continuerai le combat."