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Nelson Mandela a 94 ans.
Nelson Mandela fête ce mercredi 18 juillet ses 94 ans. En Afrique du Sud, c'est toute une nation qui célèbre l'anniversaire d'une icône planétaire, mais avant tout nationale. L'homme de la fin du régime d'apartheid - 67 ans de combat politique - a payé cher de sa liberté pour celle des siens. Comment Nelson Mandela lui-même va-t-il fêter son anniversaire ?
Nelson Mandela va fêter ses 94 ans avec ses proches, dans la plus stricte intimité à Qunu, son village d'enfance. Il y a déménagé fin mai de manière permanente. On le sait toujours fragile. Mais mardi, il a reçu Bill Clinton. L'ancien président américain n'a rien dit en sortant de sa maison où il a passé près de deux heures. Ahmed Kathrada, le vieil ami de Mandela, a quant à lui expliqué que l'ancien président sud-africain continue à prendre soin de sa santé et qu'il écoute ses médecins. Il s'informe en lisant les journaux avec assiduité. Selon Kathadra, il se déplacerait parfois avec une canne.
Depuis le début de la semaine, la fondation Mandela et l'ANC ont organisé des célébrations et un colloque à Qunu célébrant son héritage. Pour des milliers de Sud-Africains, il est Tata Madiba, un père, une présence rassurante. Beaucoup tiennent aujourd'hui à lui rendre hommage.
Des centaines d'initiatives
Depuis 2009, les Nations unies ont reconnu le « Mandela day » comme un appel mondial à consacrer 67 minutes de son temps à une bonne action. 67 minutes qui représentent les 67 années que Nelson Mandela a dévoué à son combat politique pour la liberté.
Le 18 juillet est effectivement devenue une fête importante pour les Sud-Africains, une véritable fête populaire. Ce pays est l'un des plus inégalitaires au monde. Nombreux sont ceux qui ont envie de mettre la main à la pâte, et de vivre de manière concrète les valeurs de réconciliation et de justice.
Pour ce faire, des centaines d'initiatives se déroulent aujourd'hui. Pour n'en citer que quelques-unes : les Sud-Africains vont repeindre des écoles, planter des arbres, visiter des maisons de retraite. Desmond Tutu a affirmé que le plus beau des cadeaux pour Mandela, c'est simplement d'agir comme lui. En 2008, à Londres, lorsqu'il fêtait ses 90 ans, il avait appelé chaque citoyen à prendre ses responsabilités. Il disait qu'il était grand temps de passer le relais et que pour lutter contre la pauvreté, les maladies comme le sida ou toute forme d'oppression, chacun peut faire quelque chose. C'est ainsi qu'est née l'idée de ce « jour de Mandela ».
Encore un long chemin à parcourir
Pourtant, s'il est toujours célébré comme le père de la nation arc-en-ciel et comme un immense leader, en Afrique du Sud, de plus en plus de voix critiques se font entendre.
Nelson Mandela n'apparaît plus en public, il n'est plus du tout dans l'arène politique, il n'exerce plus d'influence en ces termes. D'un certain point de vue, c'est comme s'il était déjà parti. Ces dernieres années, il y a eu, en effet, un certain changement dans la manière dont les gens perçoivent Mandela. Une contestation assez forte qui émerge. Par exemple, les gens commencent à réaliser que le concept de réconciliation qu'il a toujours porté et les instruments qui avaient été mis en place sous son impulsion n'ont pas fonctionné aussi efficacement et rapidement qu'il l'avait annoncé et souhaité.
Ce que les Sud-Africains réalisent maintenant, c'est que tout avait bien démarré dans les années 1990, grâce à de très bonnes politiques publiques et d'excellentes lois. Aujourd'hui, ce qui est plus difficile, c'est d'avoir un réel changement de cultures, de faire face aux ravages immenses qui ont été commis au sein des différentes communautés afin que la majorité des Sud-Africains puissent profiter des fruits de la libération. On est encore loin du compte.
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Nelson Mandela, une icône qui rapporte gros Devant l'ancienne maison de Mandela à Soweto, Sihle vend des souvenirs ; pour lui, le 18 juillet rime avec bonnes affaires : « C'est au moment de son anniversaire que la demande augmente : des photos ou des t-shirts avec Mandela, c'est ça qu'ils veulent les touristes ! » Icône mondiale, le prisonnier le plus célèbre du XXe siècle est adulé, aimé. Aujourd’hui, alors que la santé de Madiba, est chancelante, c’est aussi la question de son héritage qui se pose. Son nom rassemble et les tentations sont fortes de l'utiliser comme une marque. Le symbole qu'il est devenu, les valeurs liées à son nom font que le risque de multiplication de produits dérivés est important. Pour la fondation Nelson Mandela, hors de question de voir un phénomène à la Che Guevara. Pourtant, il semble que le business Mandela n'est pas prêt de disparaître et a de beaux jours devant lui. Selon une étude, Nelson Mandela serait la marque la plus connue au monde après Coca-Cola, un mythe vivant lucratif, mais d'une valeur inestimable, selon Jeremy Sampson, spécialiste des marques, et directeur d'Interbrand-Afrique du Sud : « On ne peut pas lui donner une valeur précise, confie-t-il. Quand il s'agit de l'aspect financier, je ne m'avancerai pas là-dessus. En même temps, il a fait tant de grandes choses qu'il apporte tellement de capital. Mais le fait est qu'il fait partie du domaine public, alors c'est impossible de tout contrôler. » Sur le plan juridique, seule la fondation Nelson Mandela a le droit d'utiliser le nom de l'ancien président. Mais pour Verne Harris, archiviste de la fondation Mandela, directeur du Centre pour la mémoire, difficile de faire face à la frénésie : « Ce que l'on fait, c'est que l'on cible les cas les plus graves où son image est exploitée et qu'on prend des mesures à l'encontre des entreprises. Par exemple, en 2008, lorsqu'il a fêté ses 90 ans, Viagra a sorti une publicité disant "Nelson Mandela a 90 ans, nous avons 10 ans !" Alors bien sûr nous avons demandé son retrait, car c'était une offense et c'était inapproprié. Ce que nous faisons, c'est un travail de moralisation, en persuadant les gens que Nelson Mandela n'a jamais voulu que son nom et son image soient utilisés à des fins commerciales. Ayez honte si vous l'exploitez ! » Et il craint qu'une fois qu'il sera parti, Mandela devienne, à plus grande échelle, un peu à l'instar de Che Guevara, un objet de consommation de masse. |