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"Newsweek" : 80 ans d'info qui disparaissent

18.10.2012

"Newsweek" : 80 ans d'info qui disparaissent

time, newsweek, magazine, tina brown, bloomberg, businessweek, C’est un événement historique pour tous les éditeurs de presse... mais ce n'est pas forcement la fin du monde : "Newsweek", magazine hebdomadaire d’actualité, équivalent du "Nouvel Obs" aux USA par son positionnement politique, va cesser son édition papier le 31 décembre. Seul le site, et sans doute une version électronique, seront maintenus.

 

La fin est peu glorieuse pour ce qui fut un des meilleurs magazines du monde, pendant 80 ans, mais sa chute fut pourtant rapide : il y a dix ans, il se vendait encore à 4 millions d’exemplaires, il est tombé cette année à 1,5 million. Ce qui reste gigantesque vu de France, mais insuffisant pour assurer sa rentabilité : il est vendu essentiellement par abonnements - ce qui est coûteux -, la pub a décliné, et surtout, son image s’est brouillée. Son rival "Time" a su évoluer plus vite, et mieux.

 

C’est en cela que la mort en papier de "Newsweek" n’est peut-être pas aussi tragique que cela pour la communauté des journaux. D’abord, "Newsweek" avait été malmené :  pour lutter contre la fuite de ses lecteurs vers Internet, il avait adopté il y a 6 ans une nouvelle formule illisible et ennuyeuse dans laquelle il mettait l’accent  simplement sur les grands événements et sur des éditorialistes pompeux, estimant que ses lecteurs avaient lu le reste sur internet.  

 

Grosse erreur, car un magazine propose une lecture globale du monde, faite de grands et de petits faits, de lourd et de léger. Il a été relancé l’an dernier par Tina Brown, figure mythique de la profession depuis qu’elle a créé dans les années 1980 un magazine culte  avec "Vanity fair". Mais là, elle n’a pas su trouver de formule intéressante.

 

A contrario, quand Bloomberg a racheté fin 2009, pour une bouchée de pain, l‘hebdo "Businessweek", alors qu’il était promis lui aussi à la fermeture, il a su en quelques mois en refaire un grand magazine économique, vivant et intéressant. Et nul ne veut plus fermer "Businessweek" aujourd’hui. La mort de "Newsweek" n’était donc pas inéluctable, et elle n’est pas forcément le signe que tous les magazines d’actualité de la planète vont fermer dans la foulée. C’est simplement la confirmation que le papier n’est pas en grande forme, que d’autres formes d’information prennent le relais, mais cela, nous le savions déjà tous.

 

Cette fermeture rend encore plus absurde la difficulté à réformer en France le système de distribution de la presse et l’opposition du syndicat du livre-CGT à sa réorganisation : que les ouvriers défendent leur emploi, c’est normal, mais que ce faisant, ils menacent l’emploi des autres, ça l’est moins. Les ventes de journaux reculent en France de 5 à 10% par an, et l’outil de distribution doit bien s’adapter à cette chute. En bloquant la diffusion des quotidiens, les salariés de Presstalis ne font donc que précipiter un peu plus le passage de tous les journaux vers Internet.

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