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A la fin du mois, vous n’aurez plus d’excuse : il faudra vous souvenir que Benoît Hamon est ministre. Novembre, c’est le mois de l’Economie sociale et solidaire. Or, Benoît Hamon est ministre délégué à l’Economie sociale et solidaire. Novembre est donc le mois Benoît Hamon.
L’Economie sociale et solidaire ? « L’ESS, c’est l’économie qui bénéficie à tous », débite-t-il.
« C’est les Scop, les mutuelles, les associations, les fondations. C’est 2,3 millions de salariés et 10% du PIB. »
Il a oublié son téléphone portable alors ses doigts tripotent du vide.
Pendant trois ans et demi, omniprésent porte-parole du principal parti d’opposition, le Brestois a goûté au confort de la revendication permanente.
Le voilà ministre de la République, obligé de se plier à la solidarité gouvernementale et au protocole. (Il dit : « le tralala ». Note pour plus tard : penser à évaluer, dans sa circonscription de Trappes, la « street credibility » d’un type qui emploie cette expression-là.)
Il a l’air encore vif ; pas trop zombie. Ses collègues sont-ils déjà passés en pilotage automatique, façon machines à gouverner hallucinées ? Ou réfléchissent-ils encore ? Hamon cherche puis avoue « des échanges intéressants avec Taubira, Le Foll et Cahuzac ». Bon camarade.
Pour Hamon, le fait que « son » ESS soit rattachée au ministère de l’Economie-la-vraie-la-dure est déjà une victoire. Il surjoue l’intonation snob et le choc culturel ressenti par quelques administrateurs de Bercy :
« Comment ? Sociale ? Solidaire ? Est-ce bien raisonnable ? »
Il a pris le temps de leur expliquer que « ce n’est pas une économie de la bonne conscience », « pas le monde des Bisounours », « pas le hochet de Benoît Hamon », mais que ces entreprises « sont structurellement plus robustes, notamment parce qu’elles réinvestissent leurs excédents » et que c’est pour cela qu’il faut cesser de les discriminer, de leur refuser certains financements en raison de leurs statuts baroques, de les regarder de haut.
On est à Amiens. Il raconte tout cela dans un centre d’appels dont les murs sont tapissés d’affiches « Le futur aux Scop ». Il emploie beaucoup les termes « de facto », « acculturer » et « arroser le sable ». Devant une opératrice empourprée armée d’un stylo quatre-couleurs, il lance :
« La création de valeur, ce n’est pas que l’innovation technologique, c’est aussi l’innovation sociale. »
Il promet 500 millions d’euros de crédits de la BPI (Banque publique d’investissement) pour ce secteur et « une loi-cadre au printemps prochain ».
Il en défendra donc deux en même temps.
Car Benoît Hamon n’est pas que ministre de l’Economie sociale et solidaire. Il est aussi ministre de la Consommation. Frédéric Lefebvre, son prédécesseur, lui sert d’antimodèle : pas question de « s’anecdotiser ».
Il planche sur trois sujets :
« Plus ça va, plus je me radicalise », assure cet ex-jeune rocardien qui estime faire plus pour « les gens » dans son ministère qu’à l’époque où il était le héraut de l’aile gauche du PS.
Certains de ses amis n’ont pas compris le changement de registre. Comme quand il a décidé de se ranger derrière la motion défendue par Désir, Ayrault et Aubry au congrès de Toulouse :
« Quelle légitimité avais-je, comme ministre, à porter quatre mois après l’élection de François Hollande, une alternative globale aux 60 propositions validées par le peuple français ?
Je n’ai rien retranché de mes convictions. Je vais continuer à porter des débats forts dans l’espace public. Mais il était hors de question pour moi de créer une crise politique. »
C’est parfois pratique de ne pas avoir le choix :
« L’étiquette d’animateur de l’aile gauche du PS, je n’ai pas envie de la retirer, mais je n’ai pas non plus envie qu’on me réduise à ça. Je ne me sens pas vocation à animer seulement une des salles du PS. »
En tapotant le « dossier du ministre du lundi » qu’on lui a remis, il confie :
« Ce qui me préoccupe, c’est jouir de son existence. Vivre radicalement le présent, pas juste penser radicalement le futur. Sinon on se fait chier. »
On parle de tout et de rien, de Camus et de Moscovici puis, comme une idée fixe, il revient au parti :
« Ministre, c’est intéressant. Mais premier secrétaire, c’est un rôle majeur. »