Après s'être soumis ce jeudi à un examen médical et une prise de sang, l'athlète sera présenté à la justice vendredi matin à Pretoria, après une première nuit en détention préventive dans une cellule de la capitale sud-africaine où il réside. La presse a évoqué dans un premier temps une surprise de Saint-Valentin qui aurait mal tourné, mais la thèse accidentelle a été écartée par la police.
Surnommé Blade Runner en raison des deux lames en carbone en forme de pattes de félin avec lesquelles il court, Pistorius avait acquis une renommée internationale en devenant l'été dernier à Londres le premier handicapé à avoir participé à des jeux Olympiques avec les valides (voir encadré en fin d'article).
La victime atteinte à la tête et au bras
La police, appelée à 4 heures du matin par les voisins, s'est rendu immédiatement sur les lieux, où elle a découvert le corps de la victime et procédé à l'interpellation d'«un suspect de 26 ans» (NDLR : la police sud-africaine ne donne jamais le nom des suspects avant qu'ils comparaissent devant le tribunal). Au stade actuel de l'enquête, la police a établi que Reeva Steenkamp avait été touchée par «quatre tirs», «à la tête et à la main», a indiqué Denise Beukes, une porte-parole de la police, qui n'exclut pas que davantage de coups aient été tirés et a précisé que l'arme du crime était «un pistolet 9mm» enregistré «au nom de M. Pistorius». Le couple était seul dans la résidence au moment des faits.
C'est le père de l'athlète qui a confirmé l'arrestation de l'athlète, une information donnée dans un premier temps par les médias locaux. «Nous n'avons pas beaucoup d'informations à ce stade», a ainsi déclaré Henke Pistorius, joint par téléphone. «Je ne l'ai pas vu, il est avec la police et l'affaire est entre les mains des autorités. Evidemment nous sommes sous le choc.» «La seule personne qui peut nous dire ce qu'il s'est passé, c'est Oscar lui-même», a ajouté son père.
La thèse accidentelle écartée par la police
«Je peux confirmer que le suspect a été inculpé pour meurtre», a par la suite indiqué dans la matinée une porte-parole de la police, Katlego Mogale. Cette formulation exclut la thèse d'un accident, alors que la presse avait d'abord avancé, à la grande surprise de la police, l'hypothèse d'une erreur: Pistorius aurait confondu la jeune mannequin Reeva Steenkamp avec un cambrioleur. «Il y a des témoins et nous les avons écouté ce matin. Nous recueillons les déclarations des voisins et des gens qui ont entendu quelque chose» a également expliqué une porte-parole de la police. Selon Denise Beukes, le parquet s'apprête à refuser une libération sous caution. «Il y a eu par le passé des rapports faisant état de disputes familiales au domicile de l'accusé», a -t-elle déclaré.
> Cliquez sur la photo pour en savoir plus sur Reeva Steenkamp
AFP/ICE MODELS
Un meurtre «par erreur» selon les médias
Avant que la police n'inculpe l'athlète pour meurtre, les médias ont très rapidement annoncé un meurtre accidentel, le quotidien Beeld annonçant très tôt que l'athlète avait tué par erreur sa petite amie jeudi matin dans sa résidence de Pretoria, la prenant pour un voleur. Selon Sky News, la jeune femme de trente ans, Reeva Steenkamp, souhaitait même faire une surprise à l'athlète de 26 ans pour le jour de la Saint-Valentin. Quinze heures avant le drame, la jeune mannequin était en tout cas active sur le réseau social twitter, essayant de glaner des conseils pour surprendre son petit ami en vue de la Saint Valentin...
Le drame s'est déroulé au domicile de luxe de l'athlète, un complexe de logements haut de gamme, sécurisé par des clôtures électriques comme le sont ce type de résidences, appelées «Estate» et répandues en Afrique du Sud en réponse à la forte criminalité.

Photo SkyNews
View Oscar Pistorius inculpé du meurtre de sa compagne à Pretoria in a larger map
View Oscar Pistorius inculpé du meurtre de sa compagne à Pretoria in a larger map
Un pays miné par la criminalité
L'Afrique du Sud présente un des plus hauts taux de criminalité du monde, ce qui pousse de nombreux Sud-Africains à se protéger en acquérant des armes à feu. Du fait des lenteurs bureaucratiques, le permis de port d'arme est pourtant très difficile à obtenir. Suite à une vague de protestation contre les violences par armes à feu l'an dernier, un projet de loi visant à faciliter l'interpellation des personnes portant une arme dangereuse en public a été présenté ce mardi au Parlement sud-africain, révèle d'ailleurs la BBC. Nos confrères de l'Equipe rappellent qu'en 2004, le rugbymen sud-africain Rudi Visagie avait abattu sa fille de 19 ans en la prenant pour un cambrioleur essayant de dérober sa voiture.
Réaction immédiate des sponsors et annonceurs
Sa notoriété, toutes tranches d'âge confondues, avait poussé la chaîne cryptée sud-africaine M-Net Movies à le choisir pour sa promotion en février, sous le slogan «Chaque soirée est une soirée d'Oscar». La campagne a été immédiatement stoppée, tandis que la filiale sud-africaine du fabricant Nike réserve sa décision à l'issue de l'enquête. Plutôt réactive, la firme a en tout cas retiré illico presto la publicité sur Oscar Pistorius qui apparaissait en tête de son site web personnel. Il faut dire que le slogan n'était pas des plus adéquats : «I am the bullet in the chamber» («je suis la balle dans le canon du pistolet»).

Oscar Pistorius est né sans péronés et a été amputé des deux pieds alors qu’il n’avait que onze mois. Il court avec deux prothèses en carbone spécialement conçues pour la compétition handisport (d’un coût supérieur à 20 000 €). Le 16 mai 2008, le tribunal arbitral du sport avait estimé que rien ne pouvait s'opposer à sa participation aux jeux Olympiques valides. À la condition qu'il se qualifie. Il a échoué pour 70 centièmes de seconde pour les jeux de Pékin, la même année. Sans doute la bataille juridique sur sa participation ou non aux JO, qui durait depuis le début de l'année, a-t-elle perturbé sa préparation.
Tout cela ne l'a pas empêché de marquer de son empreinte les Jeux paralympiques de Pékin. L’athlète sud-africain a en effet remporté trois médailles d’or (100-200-400) avec à chaque fois une énorme marge d’avance sur ses concurrents. Il participe comme il l'avait souhaité aux jeux Olympiques de Londres 2012 pour le relais 4 x 400 m ainsi que pourle 400 m individuel, épreuve dont il sera éliminé en demi-finale après avoir terminé dernier de sa course. Il défendra également ses titres sur 100, 200 et 400 mètres aux Jeux paralympiques. Il est ainsi l'un des seuls athlètes qualifiés à la fois pour les Jeux paralympiques et olympiques en 2012. Il est surnommé The Blade Runner, en français « le coureur aux lames » et se déclare lui-même « la chose la plus rapide sans jambes ».
VIDEO. Oscar Pistorius gagne la finale du 400 m lors des jeux Paralympiques de Londres en 2012

