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Par Emilie Brouze, publié le 29/07/2011 à 16:44
Un an et demi après le lancement du plan gouvernemental contre les algues vertes, LEXPRESS.fr dresse le bilan.
FRED TANNEAU/AFP
Il y a deux ans, presque jour pour jour, ce ne sont pas des sangliers, mais un cheval qui mourait en quelques minutes sur la plage de Saint-Michel-en-Grève (Côtes d'Armor). L'animal avait été asphyxié par de l'hydrogène sulfuré émanant des algues vertes tandis que son cavalier était sauvé in extremis. Quelques jours plus tard, François Fillon se rendait sur place, reconnaissait le "danger pour la santé" de cette pollution et annonçait un plan de lutte contre les algues vertes, qui sera finalement lancé en février 2010. Un plan en cinq points, dont on peut dresser un premier bilan aujourd'hui. En demi-teinte. Revue de détail.
Créer un groupement de recherche: 0/10
Ce projet porté par le ministère du Développement durable vise à améliorer les connaissances scientifiques. Aujourd'hui, il ne fonctionne pas encore. "Depuis l'état des lieux complet réalisé par la mission interministérielle en 2009, de nouvelles questions sur les algues émergent", pointe Claire Espalieu, de la Mission interdépartementale et régionale de l'eau (Mire) qui chapeaute le plan en Bretagne. Elle l'assure: la structure devrait être rapidement créée pour approfondir les recherches. Mais sans donner aucune date.
Assurer la sécurité sanitaire des personnes: 9/10
"Avant, c'était le Moyen-âge : les gens travaillaient sans masques, sans protections..., note Gilles Huet, délégué régional de Eau et rivières de Bretagne, une association en pointe dans la lutte contre les Algues vertes. Depuis, c'est incontestable: il y a eu des progrès pour garantir la santé des travailleurs". Un premier rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), publié en 2010, a été complété le 7 juillet dernier. Des panneaux d'information ont aussi été installés sur les plages, lesquelles sont fermées en cas de marées vertes.
Collecter et traiter les algues: 5/10
En saison, des camions ramassent désormais tous les jours les algues vertes pour éviter leur putréfaction et donc l'émanation de sulfure d'hydrogène. "Un travail de titan, sur des centaines d'hectares", observe Gilles Huet. Objectif: traiter le maximum de végétaux sur des plates-formes de compostage confiné, via la construction ou l'agrandissement de centres de traitement sur les deux départements les plus touchés: les Côtes-d'Armor et le Finistère. Problème: un seul a pour l'instant entièrement été mis sur pied à Lantic (Côte d'Armor), en plus de ceux déjà en fonctionnement. Six autres structures devraient être opérationnelles en 2012. " Leur capacité permettra de traiter la totalité des algues ramassées", assure Claire Espalieu.
"Mais quels que soient les efforts, on n'arrivera jamais à éliminer tous les dépôts", alerte Gilles Huet. Certaines parties de côte sont en effet inaccessibles, d'autres sont dangereuses pour les conducteurs d'engins, qui risquent l'envasement. Il est par ailleurs illusoire d'espérer interdire l'accès de tous les sites menacés au public - et a fortiori aux animaux.
Réduire les flux d'azote provenant des installations de traitement des eaux usées: 10/10
C'est fait. Sauf... qu'il s'agit d'une goutte d'eau : l'azote responsable des marées vertes est à plus de 90 % d'origine agricole. On n'a donc résolu moins de 10 % du problème.
Faire évoluer les pratiques agricoles: 3/10
C'est le plus gros morceau du plan. Et aussi le plus intéressant. Il doit permettre de diminuer les concentrations de nitrate de 30% d'ici 2015, lesquelles sont, pour l'essentiel, la conséquence des pratiques agricoles. Chacune des huit baies concernées doit mettre sur pied son propre schéma. Du sur-mesure: "On ne pouvait pas imposer des projets similaires pour des territoires différents", justifie Claire Espalieu.
Les deux baies pilotes, les grèves de Saint-Michel et Saint-Brieuc, ont validé leur plan en juin 2011. Celui de Concarneau est sur les rails, les projets des cinq autres baies seront sur pied dans un an. Si Gilles Huet est "dubitatif" sur la qualité de celui de Saint-Brieuc, il approuve celui de Saint-Michel: "Il va permettre de faire évoluer les exploitations agricoles. C'est un bon projet".
Mais le vrai souci est ailleurs. Premièrement, tout repose sur la bonne volonté des agriculteurs. Que se passera-t-il si elle n'est pas à la hauteur, comme c'est probable? Le préfet pourra "réglementer dans les deux ans à venir", prévoit le plan. Sachant la puissance du lobby agricole en Bretagne, surtout auprès de l'UMP, on souhaite bien du courage au représentant de l'Etat.
Deuxièmement et surtout, les objectifs du plan sont trop peu ambitieux. Il s'attaque surtout aux conséquences (les algues), pas suffisamment aux causes (le rejet de nitrate par les activités agricoles). "Il faut nous laisser du temps ", plaide Claire Espalieu. Bien forcée pourtant de l'admettre: "Ce plan ne va pas éradiquer les algues".