Marc Semo. 20%, c’est même une vision basse probablement, avec ses alliés de la Ligue du Nord, il devrait arriver jusqu'à 28%. La gauche devrait avoir la majorité à la Chambre des députés, grâce à une prime de majorité calculée à l'échelle nationale, mais on ne peut malheureusement pas exclure que la droite soit majoritaire dans la Chambre haute (à cause d’une prime de majorité calculée à l'échelle régionale et grâce à ses bastions du Nord) et puisse paralyser un gouvernement de gauche.
M. S. Grillo représente la vraie nouveauté de ce scrutin. Ses partisans s'étaient déjà affirmés comme la première force politique en Sicile, lors des élections régionales, en novembre. Là, il devrait arriver en troisième position, mais avec 20% des voix. Le grand risque, c’est que les voix anti-européennes populistes de Grillo, et celles de la droite de Berlusconi tiennent peu ou prou en otage un gouvernement de Bersani, le leader de la gauche qui, selon toute logique, n’aurait pour seul allié que le technicien Mario Monti qui a mené la politique d’austérité cette dernière année en Italie.
M. S. Dans le supplément spécial «Voyage dans une Italie en crise» que nous avons sorti mardi 19 février, vous trouverez un papier sur la Sicile centré sur Antonio Ingroia, et sur le mouvement de Grillo en Sicile, et nous refaisons un papier pour le journal de demain.
M. S. Aujourd’hui, à deux jours des élections, il semble que près d’un tiers des Italiens soient indécis sur leur vote, ce qui est du jamais vu, et ce qui montre l’ampleur de la crise de confiance par rapport aux partis. Lors des élections siciliennes en novembre, il y avait eu moins de 50% de votants, ce qui, là aussi, ne s'était jamais vu.
On voit que la démocratie italienne est malade, et le phénomène Grillo, avec sa démagogie, comme la remontée de Berlusconi dans les intentions de vote, en sont les inquiétants symptômes.
M. S. On pense que ce pourrait être au moins une centaine de députés et sénateurs, ce qui est un nombre consistant. Mais la vraie question est de savoir : comment vont-ils se comporter une fois élus ? La plupart viennent de la gauche, d’expériences associatives, et de mouvement de la gauche de la gauche, mais leur leader lui, Beppe Grillo, est beaucoup plus ambigu et son discours public porte des relents de droite, voire fascisants.
Jusqu’ici, il a tenu son mouvement d’une main de fer, bien loin de la démocratie participative qu’il prône. Choisissant des néophytes, traquant les hérétiques, à savoir ceux qui, d’une manière ou d’une autre, prennent un peu trop une dimension personnelle, cela sans aucune consultation avec quelque instance que ce soit. Quand sera-t-il au Parlement ? D’autant que lui a décidé de ne pas être élu, afin de se montrer comme extérieur à la politique. On peut imaginer qu’un certain nombre de ses élus rejoignent, peu à peu, les rangs de la gauche.
M. S. Pour un démagogue le problème n’est pas d'être élu, c’est facile en faisant les promesses les plus mirobolantes ou en dénonçant les «tous pourris». Le problème est ensuite d'être réélu, au vue des résultats de ce que l’on aura géré, et fait pendant son mandat. Le bilan du maire de Parme est pour le moment pathétique. Les jeunes élus siciliens n’ont pas la majorité, sont dans l’opposition, et pour le moment leur seule mesure concrète, certes méritoire, a été de diviser par quatre leur salaire.
M. S. La gauche de la gauche est pour le moment en soutien du parti démocrate de Bersani. La vraie question, comme en France et plus qu’encore en France, est ce qui va se passer après, surtout si Bersani est obligé de faire alliance avec Monti, et par ailleurs, il a en tout cas promis de continuer la politique de rigueur, même si en y rajoutant des mesures de relance pour l’emploi. Il risque d'être obligé au grand écart. Il pourrait faire comme en France pour donner satisfaction à sa gauche d’instaurer par exemple l’union civile, qui correspond plus ou moins au pacs ou une loi pour faciliter l’accès à la citoyenneté des immigrés de deuxième génération.
M. S. Le parti d’Ingroia, est pour le moment crédité au moins de 4 ou 5% des voix. Sauf peut être en Sicile, et encore. Et risque en plus d'être victime d’un réflexe de vote utile, notamment au Sénat.
M. S. L’Allemagne est évidemment très inquiète, car si un gouvernement Bersani n’est pas capable de poursuivre la politique de rigueur et de réformes économiques, faute de majorité et d’alliés. La crise de l’euro a toutes les chances de repartir, et c’est aussi pour cela que l’inquiétude est très forte, aussi bien à Paris qu'à Bruxelles, et dans les capitales européennes.
M. S. Même si l’Eglise se modernise, elle campe toujours sur ses valeurs. Donc, elle reste très en retrait sur les questions de sexualité et de mœurs. En revanche, les évêques italiens ont clairement dénoncé ces derniers mois la crise de la représentation politique, la démagogie des parties, l’absence de propositions nouvelles, à l’image du désarroi de bon nombre de catholiques italiens qui pendant longtemps avaient voté jadis pour la démocratie chrétienne puis pour Berlusconi.
M. S. Hollande souhaite plus que tout une victoire de Bersani, comme Merkel souhaite aussi une victoire de Bersani, et tout le monde en Europe. Toute la question est de savoir s’il aura la majorité pour gouverner et c’est là dessus qu’il y a de l’inquiétude.