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Modifié le 15-10-2012 à 21h57 lien
Édité et parrainé par Daphnée Leportois

Une pancarte indique où aller voter aux habitants de Bowling Green, dans l'Ohio, le 2 octobre 2012 (J.D.POOLEY/AFP).
L’élection présidentielle ne se joue pas que dans les urnes, mais aussi dans les obstacles que doivent franchir les électeurs américains pour aller voter. Dans certains États-clés (appelés "Swing States" en anglais), où le gouverneur est républicain, les politiques ont tenté de faire passer des lois qui limitent l’accès au scrutin.
Carte d’identité avec photo
En Ohio, il s’agissait de limiter les horaires d’ouverture des bureaux de vote. Or, comme aux États-Unis on vote généralement le mardi, il devient plus difficile d’aller voter pour les gens qui travaillent, et qui ne peuvent se permettre financièrement ni de risquer un licenciement ni de poser un congé en ce jour d’élection.
En Pennsylvanie ou en Caroline du Sud, par exemple, les républicains ont voulu obliger les votants à présenter, en plus de leur carte d’électeur, une pièce d’identité officielle avec photo – la carte d’étudiant ne pouvait donc faire l’affaire. Alors qu’il n’existe pas de carte d’identité nationale aux USA : en général, les seules pièces d’identité avec photo sont le passeport et le permis de conduire.
Mais la plupart des Américains ne sortent pas du territoire national et n’ont donc pas besoin de passeport et, même si les États-Unis sont le pays de la voiture, devoir présenter son permis de conduire pour voter peut exclure de ce droit les jeunes, les anciens et les pauvres, surtout ceux qui appartiennent à des minorités. Or ce sont ces électeurs qui ont permis à Obama de remporter l’élection de 2008.
Si ces tentatives des républicains ont été retoquées et jugées inconstitutionnelles par les juges fédéraux, elles n’en sont pas pour autant inefficaces. Les représentants du parti continuent de faire circuler des informations décourageantes, ce qui crée une confusion auprès des électeurs. Certains ne se déplaceront pas pour voter, pensant que les démarches pour exercer ce droit civique sont trop compliquées.
Clauses ségrégationnistes
Cette question des limitations de vote remonte à 1787, lors de la rédaction de la constitution américaine (appliquée à partir de 1789). À cette époque révolutionnaire, les élites économiques et sociales, qui fixaient les règles de la démocratie américaine, ont néanmoins souhaité conserver une certaine mainmise de la population. A ainsi été mis en place un système de vote par collège électoral, freinant la démocratie populaire : suivant sa population, à chaque État correspondait un nombre de grands électeurs (parfois élus par vote populaire, parfois par vote des élus de l’État, mais en provenance des élites) chargés d’élire le président des États-Unis.
Pour le reste, la Constitution laisse l’organisation du vote aux États, ne précisant pas les qualifications requises pour exercer le droit de vote : c’est à chaque État fédéré que revient de décider qui est électeur. Dans les années 1830, les démocrates, pour que leur candidat Andrew Jackson remporte l’élection, ont ainsi éliminé, État par État, la principale restriction existante, qui consistait à réserver le vote aux propriétaires.
C’est ainsi qu’est né le suffrage universel masculin et blanc, et ceci incluant les immigrés blancs qui devenaient citoyens américains. Un pas de plus vers l’élargissement du suffrage, pour au moins les hommes, se fit lorsqu’à partir de l’année 1870 les noirs purent voter – certains furent même élus membres du Congrès – suite à la ratification du quinzième amendement de la constitution :
"Le droit de vote des citoyens des États-Unis ne sera dénié ou limité par les États-Unis, ou par aucun État, pour des raisons de race, couleur, ou de condition antérieure de servitude."
Mais la réaction des États du Sud ne se fit pas attendre. Outre le climat terroriste que fit régner notamment le Ku Klux Klan, les États du Sud ségrégationnistes mirent en place des clauses excluant du vote les noirs, et avec la majorité des pauvres, quelle que soit leur couleur. Ils instaurèrent en effet des tests exigeants de lecture, des taxes que les plus défavorisés ne pouvaient payer, et la clause dite "du grand-père" : ne pouvait voter que les personnes dont les ancêtres pouvaient voter, soit uniquement les blancs, puisque les grands-pères des noirs étaient esclaves et n’avaient donc jamais eu le droit de vote.
Obstacles au droit de vote
Il a fallu attendre 1965 et le Voting Rights Act (loi sur le droit de vote) du président Lyndon B. Johnson pour que toutes ces pratiques discriminatoires soient supprimées et que la population noire puisse voter. Il est donc interdit depuis cette date (et au moins pendant les 20 prochaines années, car en 2006 le président George W. Bush signa son extension pour 25 ans) d’empêcher un citoyen de voter en raison de sa couleur.

VotoLatino organise des inscriptions sur les listes électorales des hispaniques, New York, le 7 octobre 2012 (R.B.LEVINE/SIPA).
Cette loi a aussi impliqué davantage l’administration fédérale, et notamment le ministère de la Justice, qui exerce une surveillance étroite sur l’organisation du vote dans les États problématiques (surtout dans le sud) pour en vérifier la conformité. Mais l’imbroglio de 2000 dans l’État de Floride, sur lequel s’est jouée l’élection de George W. Bush face à Al Gore, a prouvé qu’il était parfois difficile de faire respecter ce droit civique. Pour beaucoup d’Américains, comme lors la ratification de la Constitution en 1789, l’accès au vote reste un combat.
Encore aujourd’hui, les républicains cherchent à retirer le droit de vote à ces électeurs qui se déplacent peu souvent dans les bureaux de vote, ceux-là mêmes qui ont massivement voté pour Obama en 2008. Les obstacles de procédure existants (comme le fait qu’il faille se faire enregistrer/register auprès des partis politiques pour être inscrit sur les listes électorales) et ceux que les républicains tentent d’ajouter pour remporter l’élection de 2012 seront décisifs dans les États où Obama et Romney sont au coude à coude.
Propos recueillis par Daphnée Leportois.