Il aurait exprimé pour la première fois au cours de sa garde à vue une inquiétude pour les victimes. Claude Couty, l'ancien directeur financier devenu directeur général puis président du directoire de PIP, également entendu sous le statut de témoin assisté a également été mis en examen ce vendredi pour «blessures involontaires».
Les deux mis en examen sont libres, «sous contrôle judiciaire» et devront verser une caution de 100 000 euros en six échéances, la première de 25.000 euros devant être acquittée sous 15 jours. Cette somme servira à «garantir le paiement de la réparation des dommages causés par l'infraction», a précisé le procureur de la République de Marseille, Jacques Dallest. Les deux hommes n'ont pas le droit de quitter le territoire, ni de rencontrer les anciens employés de PIP. En ce qui concerne le chef de poursuite d'«homicides involontaires», prévu dans l'instruction ouverte en décembre dernier,à ce stade de l'instruction, le lien de causalité entre la rupture de certains implants PIP et le décès de patientes n'est pas encore établi.
Vidéo. Jean-Claude Mas mis en examen, son avocat réagit
«La garde à vue s'est passée dans de bonnes conditions», avait déclaré quelques heures plus tôt l'avocat de Jean-Claude Mas, Me Haddad, précisant que devant les enquêteurs son client avait répondu à «des centaines de questions sur sa responsabilité».
«Il a rappelé le fonctionnement de l'entreprise», avait-il indiqué, soulignant que son client s'était montré «très coopératif», s'expliquant «sur les responsabilités de chacun», notamment sur ses relations «avec les fournisseurs».
Jeudi des perquisitions, en particulier dans la luxueuse villa de la compagne de M. Mas, où se trouveraient des oeuvres d'art de valeur, ont été effectuées. «Nous voulons savoir exactement quel est son patrimoine et celui de ses proches», confiait jeudi le parquet de Marseille. Ce à quoi son avocat a rétorqué au Parisien : «Il ne faut pas l'accabler, le pauvre, il n'a plus un rond». Jean-Claude Mas est suspecté d'avoir organisé son insolvabilité.
Un scandale sanitaire international
Jean-Claude Mas, qui n'avait pas fait d'apparition publique depuis que le scandale a éclaté, a fondé en 1991 PIP, entreprise dont le siège était à La Seyne-sur-Mer (Var) et qui est en faillite depuis 2010. Il a admis avoir produit un gel de silicone non homologué mais réfuté tout danger. «Je savais que ce gel n'était pas homologué, mais je l'ai sciemment fait car le gel PIP était moins cher (...) et de bien meilleure qualité», avait expliqué M. Mas en octobre aux gendarmes.
Me Philippe Courtois, avocat de l'association des Porteuses de Prothèses PIP (PPP), qui représente plus de 1 000 patientes, s'est félicité de l'interpellation de M.Mas. «C'est la reconnaissance de leur statut de victime, c'est un grand soulagement, déclare l'avocat, estimant qu'avec cet acte «l'instruction a véritablement commencé».
La présidente de l'association PPP, Alexandra Blachère, être reçue vendredi chez la juge. Une autre plaignante, Murielle Ajello, présidente du Mouvement de défense des femmes porteuses d'implants et de prothèses (MDFPIP), a été entendue jeudi par la magistrate. A ce stade, plus de 2 500 plaintes ont été reçues. De 400 000 à 500 000 femmes seraient porteuses d'implants PIP dans le monde, ce qui a donné un caractère international à ce scandale sanitaire.
Pour certaines victimes et proches de victimes, la remise en liberté sous contrôle judiciaire de M. Mas est incompréhensible. «Je ne crois pas que cet homme-là devrait être en liberté, c'est injuste, il n'a jamais cessé de dénigrer les personnes qu'il a empoisonnées», affirme Katia Colombo, la soeur d'Edwige Ligoneche, une ancienne porteuse d'implants PIP, décédée à 53 ans le 23 novembre à Marseille d'un lymphome. Même incompréhension pour Muriel Meyblum, qui porte des prothèses PIP et habite Saint-Raphaël (Var). Elle ne comprend pas qu'il ait été relâché «après quelques heures de garde à vue»: «c'est un odieux personnage», dit-elle.
En France, 20 cas de cancers, dont 16 du sein, ont été enregistrés chez des porteuses d'implants PIP sans qu'un lien de causalité ne soit établi. Face aux risques de ruptures et d'irritations présentés par ces prothèses, les autorités ont recommandé aux 30.000 femmes concernées de se faire retirer ces implants.
Dans cette affaire, un autre volet est consacré à l'aspect «tromperie aggravée». Une enquête préliminaire, close depuis octobre 2011, devrait donner lieu à un procès correctionnel d'ici fin 2012.
Vidéo. Jean-Claude Mas interpellé dans le Var
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