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Pour beaucoup d'Américains, le candidat républicain reste bien «une énigme enveloppée dans un mystère», selon la célèbre formule de Winston Churchill. Voilà en effet tout le problème de Romney.
Pour gagner la primaire républicaine contre les Rick Santorum, Ron Paul, Newt Gingrich, sous l'œil des hystériques Michelle Bachman et Sarah Palin, il a dû cajoler les franges libertariennes et antisociales de son parti. Or ce monde-là, celui des agités du Tea Party, ce n'est pas le monde de Romney. Au début de ce siècle, en 2002, quand il était gouverneur du Massachusetts, Romney n'était pas contre l'avortement. Comment peut-il aujourd'hui se déclarer solidaire du programme d'un Parti républicain qui bannit l'interruption de grossesse même en cas de viol ou d'inceste ?
A la même époque, il osait s'attaquer au lobby des armes à feu et rendre plus difficile, dans son Etat de la Nouvelle-Angleterre, l'accès à ces fusils que des malades mentaux utilisent pour massacrer des gens qui vont au cinéma ou au centre commercial. Aujourd'hui, il va draguer les voix des militants de la National Rifle Association, le lobby des armes à feu, dont il n'a pourtant jamais été membre. Et comment prendre vraiment au sérieux un homme qui, toujours quand il dirigeait son Etat, imposa un système d'assurance médicale obligatoire pour tous ? Obama s'en est d'ailleurs largement inspiré pour instituer le même système au niveau fédéral...
S'il était encore en vie, Romney père aurait sans doute un peu honte des reniements de son fils. Car George Romney, ancien grand patron dans l'industrie automobile, élu trois fois gouverneur du Michigan, républicain modéré, dénonçait certes, comme son fils aujourd'hui candidat, le «centralisme destructeur» des démocrates et le «déclin moral de l'Amérique» des années 60. Mais il était pour les droits civiques des Noirs ; il créa des impôts nouveaux dans son Etat, inventa un salaire minimum. Dans son parti, il s'opposa à Barry Goldwater, héraut de la droite extrême lors de la présidentielle de 1964 et, quand il se présenta lui-même à la primaire républicaine de 1968, il ne transigea pas, lui, avec les Santorum et les Palin de l'époque. Il prit, d'ailleurs, une veste monumentale.
Son fils s'en est souvenu. A la différence de son père, il a gagné, lui, l'investiture de son parti, mais en reniant son «moi» profond, ses véritables convictions, en brouillant son image au point de la rendre illisible. Ses contorsions rhétoriques font parfois pitié tellement on le sent mal à l'aise dans cette marmite un peu glauque qu'est devenu le Parti républicain.