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Raspoutine, un traître à réhabiliter ?

 
Raspoutine, un traître à réhabiliter ?
le Lundi 19 Août 2013 à 10:00

Raspoutine, moine originaire des steppes sibériennes à la réputation de saint homme guérisseur, arrive en 1904 à Saint-Pétersbourg, la ville des tsars où règne Nicolas II. Mystique et supersticieuse, la tsarine Alexandra le convoque . A partir de là, il aura ses entrées au palais.

Grigori Raspoutine, vers 1900.

Raspoutine naquit en 1872 à Pokrovskoïe, bourgade perdue dans la taïga sibérienne.

Quelques dizaines de maisons construites avec des troncs d'arbres, selon l'ancestrale tradition russe, y entouraient une église de bois semblable à toutes celles dont les coupoles surplombent ce rude pays. La neige s'y accumulait au fil des mois.

Dès son jeune âge, Raspoutine avait été remarqué pour son exceptionnelle puissance physique et son endurance, qualités qui lui valurent de survivre aux poursuites et aux coups des paysans furieux à qui il avait volé des chevaux. Cette vie aurait pu durer longtemps si son père, souffrant, ne lui avait demandé de faire pour lui un pèlerinage.

Parti de Sibérie besace au dos, Raspoutine couvrit des kilomètres sur les routes sans fin de la Russie, quémandant un peu de nourriture et un gîte pour la nuit. Ainsi alla-t-il de village en village, d'église en église, de monastère en monastère.

Au palais impérial

A partir de 1908, Raspoutine fut régulièrement reçu au palais. Celui-ci tutoyait le tsar et son épouse et les appelait petit père et petite mère. Nicolas lui baisait la main et Grigori lui rendait son baiser.

Très vite  Raspoutine annonça  à cette tsarine inquiète :

"Toi, ton mari et tes enfants, vivrez tant que je vivrai. Quand je partirai, vous me suivrez de peu."

Cette phrase, qui avait toute l'allure d'une prophétie, lui assura un ascendant immédiat sur cette tsarine sans cesse à la poursuite de la Russie éternelle.

Son pouvoir agissait dès qu'on était en contact direct avec lui. Son regard subjuguait comme il effrayait tous ses contemporains. C'était un regard insaisissable, agité, qui vous transperçait comme une lame. C'était un regard à la fois pénétrant et rassurant, naïf et malin, fixe et lointain. Mais lorsque son discours s'enhardissait, un magnétisme incontestable s'échappait de ses pupilles. 

Raspoutine, le guérisseur

Les preuves de ses succès thérapeutiques furent nombreuses. Le tsarévitch fils du tsar Nicolas II était atteint d'hémophilie et la moindre égratignure pouvait lui être fatale. Seul Raspoutine parvenait à faire cesser une effusion de sang chez le petit garçon. Il lui arriva même de le soulager par téléphone.

Grâce aux rapports des services secrets du tsar, nous avons la possibilité de suivre Raspoutine, parfois minute par minute. La police joua auprès de lui un rôle ambigu dès qu'il apparut à la cour.

 Entre 1910 et 1914, l'influence de Raspoutine sur le couple impérial ne cessa de se renforcer, jusque dans la nomination des ministres les plus importants. Les historiens "officiels" voulurent accréditer la version selon laquelle il tirait bénéfice de ses interventions. Rien n'atteste l'existence  de "pots-de-vin", et ses comptes bancaires, pratiquement vides à sa mort ainsi que sa famille laissée sans ressources, sont la preuve qu'il ne s'est pas enrichi au contact du tsar.

Raspoutine, l'Antéchrist

En 1914, quand la guerre mondiale éclata, Raspoutine était à son zénith. Il vivait entre sa femme et ses trois enfants et soufflait à l'oreille de son tsar les noms des ministres à nommer ou des fonctionnaires condamnés à tomber en disgrâce. Les deux années  suivantes virent ainsi défiler plus de trente ministres. Certains aristocrates, comme le Prince Youssoupov, inventèrent alors un complot international dont Raspoutine aurait été l'instrument et dont les inspirateurs étaient, selon eux, tantôt les Allemands, tantôt les milieux sionistes.

L'idée d'un complot mondial visant à détruire la Russie réapparaissait ainsi avec Raspoutine et les rumeurs dont il était l'objet. Et l'entourage du couple impérial de dénoncer en Raspoutine l'Antéchrist.

Cependant, ce ne fut pas un complot mondial qui accéléra la chute de l'Empire, mais celui d'un groupe d'aristocrates proches de Nicolas II.

Raspoutine savait que la guerre contre l'Allemagne serait calamiteuse pour la Russie.

Le parti de la morale et du bon sens ne fut pas le seul à vouloir éliminer Raspoutine, le parti de la guerre prit une part décisive dans le complot. L'idée qu'il fallait en finir avec cet homme avait déjà germé dans bien des têtes. Les rapports de police le confirment. Une première tentative d'assassinat faillit bien réussir le 29 juin 1914. Un rapport du ministère de l'Intérieur relate ainsi : "Alors que Raspoutine sortait de chez lui, une femme s'approcha de lui, mendiant quelques pièces. Elle a sorti un couteau et l'a poignardé".

Mais, pendant ce temps,  Le prince Félix Youssoupov fomentait un second assinat, qui mis un terme définitif à la carrière de courtisan de Raspoutine.

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