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On aimerait le croire, mais quel que soit le vainqueur, le camp du « oui » ou le camp du « non », la question grecque ne sera pas réglée. Dans une tribune publiée samedi, l’ancien Président de la Commission européenne, Jacques Delors, expliquait clairement que « la Grèce va rester un problème européen ». Et même si le « non » l’emporte, il « va falloir négocier » comme le déclarait dimanche matin Emmanuel Macron.
Jacques Delors appelle à poursuivre l’odyssée avec Athènes http://lemde.fr/1IB0Qus
Les Grecs votent aujourd’hui sur un double registre. Un premier registre qui les dépasse : les conditions du vote ont été déterminées par un bras de fer politique où tous les coups étaient apparemment permis. Alexis Tsipras a utilisé l’arme référendaire comme une manœuvre de dernière minute. Ses créanciers européens ont décidé, dans la foulée, de fermer les crédits et de ne même pas accorder un délai supplémentaire jusqu’au référendum. Ainsi, les banques grecques étaient cette semaine sous une pression énorme. Et les électeurs aussi…
Le second registre est celui, plus large, de l’appartenance à l’euro. Ce n’est pas la question qui est formellement posée aux électeurs. Sur les bulletins de vote, c’est une question bien technique, à dire vrai, qui est posée. Mais nul n’ignore l’impact du résultat.
Si le « oui » l’emporte, Tsipras sera délégitimé. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les plus hauts dirigeants européens se sont permis cette semaine de rompre, sans vergogne, la traditionnelle réserve qu’un vote démocratique exige d’ordinaire. Tout le monde interprétera le résultat comme la volonté d’un peuple d’accepter les sacrifices nécessaires pourvu que le pays ne quitte pas la monnaie unique. Si le « non » l’emporte, on entre en terre inconnue. Tsipras serait renforcé, et la négociation entre Bruxelles et Athènes fortement compromise. Au point de laisser la Grèce couler au large de l’euro ?
A moins que la Chancelière ait perdu toute référence historique, il serait suicidaire pour l’Union européenne, et la zone euro en particulier, de laisser la Grèce quitter l’euro. Notamment pour des raisons stratégiques. Un pays des Balkans en faillite, secoué par des désordres sociaux, soumis aux appétits criminels les plus divers, contraint de chercher hors de l’UE de l’oxygène et notamment à Moscou, un pays ciblé déjà par les trafiquants d’êtres humains au point d’être devenu depuis trois mois la première destination des migrants en Méditerranée… c’est un scénario qui a de quoi donner des frissons aux responsables européens. Même si le « non » l’emporte, la rupture totale avec un Alexis Tsipras qui serait renforcé est inenvisageable.
Dans un tel contexte, on mesure combien le choix des électeurs grecs est conditionné, faussé même, par des enjeux politiques qui dépassent largement le cadre de la question soumise à référendum. En consultant les Grecs, Tsipras espérait obtenir un mandat pour être plus fort dans la négociation. Mais le choix qu’ont les électeurs, qui ne peuvent pas depuis une semaine retirer leur argent, c’est l’austérité ou le chaos. Quel que soit le vainqueur, même si la pratique démocratique fait toujours plaisir lorsque l’on voit des électeurs grecs rentrer un dimanche matin de leur île pour voter, le résultat aura un goût amer.
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